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Résister à l’effacement 

Le Gué – Culture sous guerre, exposition inaugurée à l’occasion du Temps fort Le Voyage en Ukraine à La Friche la Belle de Mai, une exposition combative à voir jusqu’au 1er mars

Le Gué, c’est en ukrainien la lettre « Ґ », une lettre dont la barre horizontale prolongée d’un crochet ascendant le distingue du « Г » russe. Lettre effacée en 1933 par l’impérialisme soviétique, retrouvée en 1990 à la faveur de l’indépendance. Le symbole d’une résistance sur lequel s’appuie le designer graphique Paul Gilonne, directeur artistique de UUS Studio, implanté à La Friche, pour concevoir cette exposition autour de lieux culturels en Ukraine qui continuent de faire vivre les arts et la culture « alors même que l’agresseur cherche à rendre à nouveau invisible l’identité d’un pays résolument tourné vers l’Europe, dans son espace de création, de pensée et de valeurs ». 

Artistes au front

L’exposition se déploie à travers un affichage aux résonnances plastiques constructivistes, utilisant les couleurs bleue et jaune du drapeau ukrainien, mêlant photographies et textes, intégrant quelques vidéos et exposant quelques livres.

La première partie met principalement en perspective la « Renaissance fusillée » par le pouvoir stalinien au tournant des années 1930, pour qui « l’ukrainisation du communisme », menée par des intellectuels et artistes russes, menaçait l’unité de l’URSS, avec l’implication depuis 2022 de nombreux artistes ukrainiens dans la guerre. Avec des focus, pour la « Renaissance fusillée », sur le linguiste et lexicographe Hryhorii Holoskevych, sur Mykhailo Semenko, théoricien du « pan-futurisme », ou Les Kurbas, fondateur de la troupe de théâtre Berezil, arrêtés, déportés et tués. Et pour aujourd’hui, sur le poète Maksym Kryvtsov, tué en janvier 2024 dans la région de Kharkiv, Anastasia Shevchenko, chanteuse et médecin de combat sur le front, ou Marharyta Polovinko, artiste qui, à la fin de l’année 2024, a rejoint les forces armées ukrainiennes, tout en continuant son cycle de dessin lié à la peur et à l’effacement, commencée au crayon et à la gomme, se poursuivant aujourd’hui avec du sang.

Abris 

Tout en parcourant cette histoire, l’exposition passe en revue une dizaine de lieux culturels très actifs. Tels que le Mystetskyi Arsenal qui accueille en ce moment l’exposition Vasyl Stus. Tant que nous sommes ici, tout ira bien dédiée à ce poète et figure de la résistance antisoviétique. La galerie The Naked Room, qui présentait dans son espace jusqu’au 8 janvier dernier The new frontiers of my body d’Elena Subach, artiste et photographe, autour de la rééducation aquatique de vétérans et de civils amputés.

Ou bien encore Izolvatsia, friche industrielle à Donetsk, devenue un lieu de référence pour l’avant-garde artistique dans le Donbass, qui en juin 2014, lors de l’occupation de la ville par des milices contrôlées par la Russie, a été saisi et transformé en un centre de détention. Aujourd’hui, la fondation Izolvatsia poursuit ses activités en exil à Kyïv et est notamment l’une des chevilles ouvrières de la saison Le Voyage en Ukraine en France.

Cœur et périphérie

On entre et on sort del’exposition devant un affichage présentant des photographies du drapeau européen, flottant sur des bâtiments officiels, à côté du drapeau ukrainien, accompagnées d’un texte L’Europe, à la recherche de son cœur signé Yevgen Satko – designer typographique contemporain, fondateur et directeur général de Rentafont, plateforme ukrainienne indépendante dédiée à la promotion des polices ukrainiennes. Il écrit que l’Ukraine n’est pas à la périphérie de L’Europe, mais au contraire « un miroir dans lequel L’Europe peut à nouveau voir son propre cœur ». 

MARC VOIRY

Le Gué – Culture sous guerre
Jusqu’au 1er mars
La Friche La Belle de Mai, Marseille

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