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Festival de Pâques : trois soirs d’exception

Du récital intimiste au grand orchestre, le Festival de Pâques confirme son rang parmi les grands rendez-vous musicaux

Fujita, virtuosité et humilité
Il entre sur scène comme s’il s’excusait d’être là. Et pourtant, Mao Fujita compte parmi les pianistes les plus incroyables de sa génération. Encore étudiant à l’Université de musique de Tokyo en 2017, le jeune japonais remportait le premier prix du prestigieux Concours international Clara Haskil, en Suisse. Depuis, les récompenses s’accumulent, les scènes les plus prestigieuses s’ouvrent à lui, sans que rien ne semble altérer cette désarmante modestie.

Pour ce récital, Fujita avait conçu un programme d’une belle cohérence : une traversée de 120 ans de musique germanique, des premiers élans du romantisme à ses ultimes embrasements. De la Sonate n° 1 de Beethoven (op. 2), austère et foudroyante, aux Douze Variations de Berg, jusqu’aux Variations sérieuses de Mendelssohn, en passant par une courte pièce de Wagner, le pianiste a déroulé son fil conducteur avec rigueur et expressivité. La seconde partie, dominée par la monumentale Sonate n° 1 de Brahms, fut un sommet. Fujita y a déployé une puissance maîtrisée, un sens du phrasé qui laissent sans voix. L’Isoldes Liebestod de Wagner-Liszt, en conclusion a achevé de subjuguer la salle. Et comme pour prolonger l’enchantement, un bis tout en douceur : la Mélodie n° 1 de Rachmaninov, jouée avec une tendresse infinie.

Chamayou, l’élégance incarnée
Liszt et Wagner – beau-père et gendre, liés par l’admiration mutuelle autant que par la famille – étaient également au programme de cette seconde soirée. L’orchestre Les Siècles, dirigé par Jakob Lehmann, a ouvert les festivités avec Wagner : le Prélude et la Mort d’Isolde de Tristan, puis les pages de Parsifal : Prélude, Musique de transformation et Enchantement du Vendredi Saint. Lehmann conduit avec énergie, efficacité et rigueur, parfois au détriment de la nuance. Mais l’immense machinerie de l’orchestre Les Siècles est une formation solide et l’ensemble fait son effet.

Puis Bertrand Chamayou a pris place au piano pour les deux concertos de Liszt. Sa marque : la légèreté, l’élégance, l’efficacité, trois qualités qui épousent à merveille l’esprit lisztien. Le Concerto n° 1 en mi bémol majeur est une œuvre de combat, théâtrale dans ses contrastes. Chamayou y a tenu le rôle du héros virtuose avec une aisance souveraine. Le Concerto n° 2 en la majeur, plus introspectif et moins connu, est d’une tout autre nature : moins une joute entre soliste et orchestre qu’une longue conversation à bâtons rompus. Liszt y distribue généreusement les thèmes aux différents pupitres, et le piano tantôt chante, tantôt accompagne, tantôt commente. Le dialogue entre Chamayou et Robin Michael, violoncelle solo de l’orchestre Les Siècles, en est l’expression la plus poignante, presque un lied sans paroles. Une réussite ovationnée.

Passionnante « Passion »
La Passion selon saint Jean de Bach peut intimider par la densité de ses récitatifs. Sous la direction de Camille Delaforge, avec l’ensemble Il Caravaggio et le chœur Accentus, elle s’est révélée une expérience musicale captivante. Composée peu après l’installation de Bach à Leipzig, la Passion selon saint Jean est d’une immense force dramatique. Encore faut-il des interprètes capables d’en restituer l’élan et la profondeur. C’est pleinement le cas ici. La cheffe Camille Delaforge impose d’emblée une direction à la fois énergique et nuancée, épousant le discours narratif avec intelligence et enthousiasme. L’Évangéliste, incarné par le ténor Cyrille Dubois, est tout simplement remarquable : il confère au texte une musicalité, une douceur et une clarté qui tiennent l’auditeur en haleine d’un bout à l’autre. Les autres solistes sont à l’avenant. Marie Lys (soprano) et Marie-Nicole Lemieux (contralto) apportent chacune une belle couleur vocale. Les barytons Guilhem Worms (Jésus) et Mathieu Gourlet (Pilate) complètent un plateau de haute tenue. Le chœur Accentus, celui de Laurence Equilbey, illumine le célébrissime chœur d’ouverture Herr unser Herrscher, véritable torrent sonore qui lance l’œuvre avec une puissance et une pulsation irrésistible, avant de conclure dans le recueillement apaisant de Ruht wohl. Bach dans toute sa splendeur.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Les concerts se sont déroulés les 3, 5 et 7 avril au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence.

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