Nicolas Meizonnet, maire depuis quelques jours, ne perd pas de temps. Son premier acte, dans cette ville administrée par la gauche depuis 12 ans, est d’annuler l’exposition de Sylvain Brino, puis de convoquer les directeurs de Jazz à Vauvert pour parler de l’avenir, incertain, de leur manifestation.
Les acteurs culturels du territoire se sont aussitôt mobilisés et ont lancé une pétition qui a recueilli en 3 jours des centaines de signatures, et a été relayée par Libération. La maison d’édition Au Diable Vauvert est particulièrement active dans cette mobilisation, et craint elle-même pour son avenir.
Entretien avec Lucas Galian, un des salarié·es de la petite maison indépendante, très active, et précieuse pour l’édition militante.
Zébuline. Quelle est cette exposition qui est annulée, et pourquoi la défendez-vous ?
Lucas Galian. Chroniques vauverdoises, une exposition commandée par la mairie, dont le financement et l’organisation ont été votés, a été annulée par un simple post du maire, quelques jours après son élection. Il n’a pas retiré le post depuis…
Le motif est explicite et politique. Pourtant l’exposition de photographies en noir et blanc, de scènes de fêtes, de marché, de repas, du quotidiens vauverdois, qui est un de ses sujets depuis des années, n’a rien de politique. Sylvain Brino a été professeur aux Beaux-Arts, il est un artiste reconnu pour son regard de photographe humaniste. Mais il est aussi, par ailleurs, une personnalité de gauche à Vauvert. Nicolas Meizonnet le décrit comme « un militant LFI » et le censure à ce titre.
Le festival Jazz à Vauvert est également menacé. Il n’y a rien d’officiel mais la déléguée à la culture aurait déjà menacé, en off, d’annuler le festival.

Et votre maison d’édition ?
Si le maire annule une exposition photographie apolitique, on imagine ce qu’il fera avec nous ! Nous sommes une maison d’édition clairement queer, féministe et décolonisée, très politique, nous avons édité Che Guevara, Octavia Butler, Angela Davis, le livre de campagne de Vincent Bouget, le nouveau maire communiste de Nimes… nous nous faisons peu d’illusions !
Est-ce que vous dépendez de la mairie ?
Notre association, Les avocats du Diable, reçoit une subvention de la Ville, de l’ordre de 2000 euros. Ce n’est pas notre financement principal, qui vient de la région Occitanie, du département du Gard et des financements du livre. Mais notre activité se déroule dans un bâtiment de la ville, en particulier les résidences d’écriture, deux appartements où nous recevons des auteurs importants. Virginie Despentes y a écrit une partie de Vernon Subutex, nous avons mené, avec les auteurices, des actions dans les écoles, au pied des immeubles, dans les prisons, sur tout le territoire, pour démocratiser la lecture. Nous tenons aussi des événements…Nous ne pourrons pas continuer cette activité de résistance culturelle, d’indépendance de la pensée, de visibilisation des invisibilisé.es, avec une mairie aussi radicalement hostile.
Votre pétition précise que « le totalitarisme commence toujours par tenter de contrôler la culture ». Pensez-vous qu’il est nécessaire de mobiliser sur ce sujet ?
Oui, la menace RN est en marche, le monde va mal, nous devons réagir, Vauvert n’est qu’un exemple, qu’il faut transformer, pour nous, en combat, et en victoire.
Entretien réalisé par AGNÈS FRESCHEL
Pour signer la pétition
www.change.org/p/stop-à-la-censure-culturelle-par-le-rn-à-vauvert
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