mercredi 15 avril 2026
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Truly Naked : Porno et sentiments

Le premier long métrage de la réalisatrice américano-hollandaise Muriel d’Ansembourg, sélectionné à la Berlinale 2026, raconte une histoire d’amour authentique dans l’environnement factice de l'industrie du sexe

Truly Naked est un film doux sur un sujet dur. Qui joue la carte de la tendresse, de l’émotion et de la complexité dans un milieu dominé par le Phallus triomphant. A la fois, récit d’apprentissage et comédie sentimentale, subtilement féministe, il révèle, comme l’annonce le titre, « un vrai Nu », qui ne sera pas seulement de chair.

Alec (Caolán O’Gorman) est un enfant du porno comme on peut l’être de la balle. Ses parents se sont rencontrés sur un tournage X. Sa mère est morte depuis longtemps. Il vit avec son père Dylan (Andrew Howard) qui continue à produire et commercialiser des films porno amateurs. Malgré sa belle cinquantaine (et grâce au viagra), il y joue le partenaire sexuel de jeunes femmes. Alec, devenu un adolescent de 17 ans, introverti, timide et chaste, filme et monte les scènes, très doué et imaginatif dans ce travail. Hors de chez lui, il est le lycéen british, blazer cravate, harcelé par les bandes machos de sa classe. Il souffre de n’avoir pas d’amis. Mais comment en avoir quand sa maison sert de studio X et que des godes anaux peuvent traîner dans les lavabos ? Il cache autant qu’il le peut la nature de la petite entreprise familiale. Par souci de mixité, un de ses professeurs le contraint à s’associer à une fille de sa classe, Nina (Safiya Benaddi) pour un exposé sur l’addiction aux films porno en ligne. Un pas après l’autre, les deux ados avancent maladroitement, sur la carte du tendre, découvrent leurs secrets respectifs. Dans le décor romantique des falaises littorales anglaises, ou au creux de lits partagés, ils dénudent leur cœur.

Nina voit dans la représentation des pénétrations et des jaillissements de sperme, une célébration du patriarcat, une aliénation des femmes qui cherchent toujours à être aimées même sans plaisir. Une des « comédiennes » fétiches de Dylan, Lizzie (interprétée par une véritable actrice porno Alessa Savage, également consultante sur le film) y voit un jeu sans tabou. Entre deux séances, Lizzie crée et vend des tee-shirts aux inscriptions féministes militantes. Elle affirme à Nina avoir trouvé dans ce milieu une certaine liberté et une acceptation -rare dans nos sociétés, de ce qu’elle était.

Pour réaliser son projet, la réalisatrice s’est entourée de femmes. Philine Janssens, l’indispensable coordinatrice d’intimité. Et Myrthe Mosterman, la chef op dont la photo trouve un équilibre parfait entre la lumière naturelle des espaces publics ou naturels, et celle crue des scènes de sexe, entre le rouge organique d’une chair de pieuvre et le clair-obscur des échanges entre les deux ados.

Les yeux grands fermés

Muriel d’Ansembourg aborde ici, sans didactisme, les questions du consentement, des rapports filiaux, des premières fois adolescentes, du désir. Elle brosse le portrait d’un père atypique que son fils « paterne », entraîné dans la logique de la concurrence effrénée du X, capable d’aller trop loin pour sauver son affaire. Le film d’initiation se marque de moments très forts -voire dérangeants qu’on ne divulgachera pas.

Il propose surtout une réflexion sur la représentation. Il s’agira souvent pour nos deux ados de fermer les yeux pour se faire confiance et mieux voir, de s’éloigner de l’image enregistrée pour ressentir l’authenticité du moment. Dans une des plus belles scènes de Truly Naked, la caméra qui serre de près Nina et Alec, dans l’obscurité d’une chambre, suit leurs doigts parcourant sur une feuille jaunie, les points saillants d’un texte en braille. Mystère d’une écriture qu’ils ne comprennent pas. Découverte de ce qui devient rencontre, lien, caresse.

ELISE PADOVANI

Truly Naked de Muriel d’Ansembourg

En salle le 15 avril

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