En 2022, sortait en France Hive (La Ruche), un film touchant de la cinéaste kosovare Blerta Basholli sur le combat d’une femme après la guerre du Kosovo. La réalisatrice revient cette année avec Dua, inspiré de sa propre adolescence dans un pays en guerre, et déjà récompensé du prix SACD à la Semaine de la Critique.
Dua Gashi a 13 ans et, comme toutes les adolescentes, parle des garçons, d’un futur premier baiser. Cadette d’une fratrie de quatre enfants, elle attend avec impatience que son corps se transforme. On danse, on écoute de la musique. Mais on est à Pristina au Kosovo, à la fin des années 1990, et les tensions grandissent entre Serbes et Albanais.
Dans la salle de classe, on accueille de jeunes réfugiés d’une zone de combat. Humiliations ordinaires, contrôles policiers, répression féroce des manifestations étudiantes : le climat de peur s’installe et des familles quittent le pays. La mort de la sœur d’une de ses amies, abattue dans une rue de Pristina par la police serbe, rend la menace encore plus présente pour Dua.
Conscience et insouciance
Elle se lie d’amitié avec Maki (Vlera Bilalli), réfugiée d’une autre région qui l’initie au judo. Son conseil pour gagner : « Pense à la bête qui est en toi ». Dua et son frère Vegim (Andi Bajgora) pensent à rejoindre l’UÇK, l’armée de libération du Kosovo. « Tout le monde n’est pas né pour se battre », rétorque la mère (Yllka Gashi). Mais Dua a la rage…
Pour son premier rôle, Pinea Matoshi insuffle à Dua une présence saisissante. Son regard en dit long sans qu’elle ait besoin de parler. La caméra de la talentueuse directrice de la photo Lucie Baudinaud ne la lâche pas, scrutant son visage comme un paysage changeant au fil des émotions, la suivant dans les rues de la ville en de longs plans séquences.
La scène où, après la fermeture forcée de l’école, avec sa sœur Tina (Kaona Sylejmani), elle chante et danse dans leur chambre au rythme de Brazen de Skunk Anansie – « Pourquoi ne pleures tu pas quand je te blesse et quand la colère grandit en toi… » – traduit la rage et la soif de vivre de cette jeune adolescente. Et les oscillations entre l’insouciance et la conscience du danger se plus en plus prégnant.
« Je voulais montrer la complexité de la vie d’adolescents en temps de guerre, […] montrer qu’ils sont comme tous les ados du monde. Ils ont leurs rêves et leurs problèmes », précise Blerta Basholli. C’est réussi.
ANNIE GAVA
Dua a été présenté le 18 octobre
dans le cadre du festival Cinemed au Centre Rabelais, Montpellier
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