lundi 3 octobre 2022
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À propos d’une humanité liée

Surnommé le « medium des stars », Jean Testanière revient dans son premier roman sur son parcours de vie, entre narration et introspection

On pourrait penser au premier abord que le livre de Jean Testanière, Et si la vie n’était qu’un début ?, n’est qu’une reprise facile de thèmes chers à Marc Lévy (la première de couverture est programmatique) ou d’éditions plus ou moins illuminées pondues par les escrocs et charlatans de tous poils qui exploitent à loisir les foules crédules. Il n’en est rien. Adeptes du paranormal : fuyez, vous seriez déçus ! Le texte tient davantage de la confession, du retour sur soi, dépouillé de toute volonté littéraire. L’auteur parle de lui à la première personne, simplement, énonce, faits, observations, souvenirs, rencontres. D’abord il y a l’étonnement, la peur, face à des capacités qu’il ne comprend pas, ne maîtrise pas : enfant, il subit littéralement des visions qu’il ne saisit pas comme telles. Il raconte ainsi à ses condisciples une remise de devoirs scolaires qui n’a pas eu lieu encore. En proie à la peur de  ce qui lui arrive, objet de suspicion quant à ses affirmations, le jeune garçon essaie toutes les stratégies possibles pour cacher ce qu’il considère alors comme une anormalité.

Auxiliaires de vie

Entre le soutien indéfectible de sa famille, des amitiés fortes, l’intervention de personnes « voyantes », Jean se construit, s’accepte, développe ses dons de clairvoyance. Jamais il n’en fera commerce. Le mystère de ces fulgurances, de cette complicité involontaire avec ceux qui ne sont plus mais qui apparaissent, parlent, toujours dans la bienveillance, reste entier. Le livre tourne aussi autour de l’insondable, de l’impossible, de l’irrationnel. Le scripteur ne ment pas, il expose avec un étonnement toujours neuf ce qu’il ressent, perçoit. Cet émerveillement du monde est particulièrement touchant. La confession devient une déclaration d’amour à l’humanité, à certains êtres précis aussi. Il y a les anonymes, mais aussi des noms connus (fort connus même) qui émaillent le récit, artistes, politiques. Leurs inquiétudes leur redonnent la dimension humaine que la starification leur avait fait perdre. C’est une histoire d’espérance que nous livre Jean Testanière, animé par la certitude de l’existence du monde des esprits. Grâce à ce long retour en arrière à la fois narratif et introspectif, il apprivoise l’idée de la mort qui l’a tant bouleversé : il perd son père alors qu’il n’a que six ans. Dépassant l’opposition traditionnelle entre la connaissance et la croyance, il se sert des verbes que sont « savoir » et « croire » comme « les deux auxiliaires qui (lui) permettent de conjuguer la vie à tous les temps, les couleurs primaires que servent à créer toutes les teintes, (ses) deux piliers fondateurs ». La croyance en un autre univers où les esprits perdurent, « autre forme de vie qui succède à notre existence terrestre », devient le socle d’une déclaration d’amour universel. La collation de témoignages en fin de livre semble être là pour soutenir le petit garçon que personne ne croyait et l’assurer de la pertinence de son propos.

MARYVONNE COLOMBANI

Et si la vie n’était qu’un début ?, Jean Testanière 
Éditions XO
19,90 €
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