mercredi 21 février 2024
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Acteurs·rices vs adultosaures

Rebecca Chaillon tapage et bouleverse en donnant les clefs de la scène à de très jeunes performers épatants. Qui vivent vite, fort, à fond

Autrice performeuse, Rebecca Chaillon porte depuis cinq ans la voix des afro-descendants, des féministes, des queers, des pro-sex, des jeunes qui vivent aujourd’hui la révolution anthropologique de la définition du genre, et de l’intersectionnalité du combat contre le patriarcat. Et sa première œuvre pour jeune public, Plutôt vomir que faillir, spectacle sur l’âge du collège joué et coécrit par des acteur·rices de 19 à 24 ans, fait partie de ceux qui vous marquent. Imparfait, inégal, déroutant, raté même par moment, granguignolesque, puis incroyablement juste et fort. S’adressant à des ados, pétri de leurs références, de One Piece à Blair Witch en passant par le ketchup et « parcours soupe », il joue aussi de leurs dégoûts, du bouton qui éclate et pus qui dégouline, à la purée froide ingérée à la louche, la moutarde dans les narines, les aisselles pileuses exhibées… 

Nouveau monde
Le public jeune, à Cavaillon, réagit à fond, les mouvements de dégout succèdent à l’enthousiasme et à l’hilarité, la volonté de descendre jouer avec eux, chanter avec eux, les rejoindre. Bien sûr, les moments de texte écrits par Rebecca Chaillon sont fracassants, listant les tares de la famille, des adultosaures parents ou professeurs qui ne voient rien, ne comprennent rien, obstinément, à la magnifique et déroutante explosion des corps et des codes que vivent les ados. À la magnifique et déroutante révolution des genres et des identités sexuelles que vivent aujourd’hui nos sociétés. 

Mais il y a aussi, surtout, les moments des performeur·e·s sur scène, homosexuels, pansexuels ou indéterminés, arabe invisible ou guyanaise déracinée sans racine, noire et gay enfermée dans sa chambre. Chacun·e jouant iel-même, incroyablement mûr·e et critique, évoluant sur un immense plateau de cantine, autour de fours micro-ondes renfermant des rêves et des souvenirs, dans les couloirs et les placards d’un collège monstrueux peuplé de monstres imaginaires. Tous les quatre incroyables, et Zakary Bairi, le plus jeune, crevant véritablement la scène…  

SARAH LYNCH

Plutôt vomir que faillir a été joué à La Garance, scène nationale de Cavaillon, les 5 et 6 janvier.
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