vendredi 19 juillet 2024
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Traversée déjantée

Après avoir déjà croqué Ruy Blas ou Cyrano de Bergerac, les Moutons Noirs s’attaquent désormais à l’histoire du Titanic. Ils en livrent une lecture burlesque, sans oublier de soulever des interrogations contemporaines

Dès l’entrée dans le vaste hall du théâtre des Salins, le public est accueilli par le capitaine, les membres de l’équipage et un trio musical aux accents jazzy. Embarquement imminent. Des sirènes annoncent le départ. On est prié de regagner sa place à bord. Et voilà, c’est parti pour une folle traversée à bord du paquebot légendaire de la White Star Line, le fameux Titanic. 

Depuis 2010, la compagnie des Moutons Noirs revisite les classiques. À sa façon, immersive, burlesque, décalée. Après L’Avare, Ruy Blas et Cyrano (dont quelques échos se font entendre dans le nouveau spectacle), voici donc leur version de Titanic. Comme le déclare Axel Drhey, l’auteur, cette idée est venue de « l’envie de réunir les nombreux artistes avec lesquels [il] travaille depuis plusieurs années au sein de [sa] compagnie, dans un spectacle choral, festif et joyeux. Un vrai théâtre de troupe. » Sur scène, neuf comédiens (chanteurs, danseurs) et trois musiciens live.

Briser la glace
De l’histoire extraordinaire du Titanic, fortement ancrée dans la mémoire collective, surtout depuis le film de James Cameron (1997), les Moutons Noirs proposent une lecture résolument comique et engagée. Car ce voyage et ce naufrage symbolisent la fin d’un monde, et ne sont pas sans lien avec certaines interrogations actuelles cruciales : comme le Titanic naviguant à toute vapeur vers l’iceberg fatal, ne sommes-nous pas tous en train de foncer dans le mur ? Cette question, et d’autres, sur la place des femmes, les inégalités sociales… sont posées au fil d’une succession alerte de scènes (jouées sur le plateau et dans la salle), d’intermèdes musicaux, chantés, dansés, souvent avec une énergie remarquable.

On sourit du ridicule de certains personnages : le capitaine, d’une incompétence et d’une fatuité à toute épreuve, le riche fiancé, d’une arrogance insupportable… On rit de la version parodique – et en trois exemplaires ! – de l’inoubliable scène à la proue du navire. Et pourtant, dans ce spectacle qui fait participer la salle et ne manque pas de trouvailles ingénieuses, on a un peu de mal à embarquer totalement. Serait-on resté trop midinette pour apprécier à sa juste valeur cette version décalée du mélo de Cameron ? Peut-être.

FRED ROBERT

Titanic a été joué les 6 et 7 janvier au théâtre Les Salins, scène nationale de Martigues.
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