lundi 3 octobre 2022
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Alexandra Dovgan : une enfant du siècle

Un festival, c’est aussi l’occasion de découvrir les nouveaux talents. C’était le cas à La Roque-d’Anthéron avec la performance d’Alexandra Dovgan, née en 2007

L’engouement pour les jeunes prodiges ne se lasse pas. On est toujours surpris, subjugués par l’aisance technique, l’expression de ces musiciens à l’aube de leur vie. Il y a quelque chose du collectionneur chez les programmateurs qui trouvent la perle rare, le diamant brut à façonner peut-être. Les Pygmalion ne sont jamais très loin… Même si l’intégrité des démarches artistiques n’est absolument pas à remettre en cause. Quoi qu’il en soit, la fascination exercée par les capacités hors normes séduit. Le public se presse au parc du Château de Florans pour écouter Alexandra Dovgan, née en 2007 mais déjà lauréate de maints concours internationaux, dans un programme exigeant qui lui est familier. Le concert débute par la Sonate Op. 31 n° 2, « La Tempête » où un Beethoven-Prospero (le compositeur donnait comme clé de lecture à cette œuvre la pièce de Shakespeare) fait face aux éléments contraires et, armé du pouvoir magique de la musique, maîtrise les déchaînements de la nature, dissipant les illusions afin de tracer de nouvelles routes. La maîtrise technique est indéniable, malgré sans doute un usage un peu excessif parfois de la pédale.

Tissage savant

L’agilité, les attaques franches, offrent une lecture très classique, un peu lisse que l’on retrouvera dans le Carnaval de Vienne de Schumann. Remarquablement exécuté mais sans la folie pétillante de ce Faschingsschwank aus Wien, Phantasiebilder für das Pianoforte en allemand dont le terme Schwank qui signifie « facétie » caractérise la volonté de traiter ce carnaval par allusions et émotions. Le compositeur s’amuse d’ailleurs au jeu des citations. Un fragment de La Marseillaise, des échos de Schubert, un motif de Haydn (Quatuor op. 76 n° 2 Les Quintes), un extrait du menuet de la Sonate op. 31 de Beethoven se conjuguent à l’expérience humaine de Schumann qui a fui à Vienne, le père de Clara hostile à leurs projets de mariage.

Alexandra Dovgan © Valentine Chauvin 2022

Il fallait attendre la deuxième partie du concert consacrée aux quatre Ballades de Chopin pour que la jeune pianiste donne toute sa dimension. Le tissage savant des mélodies, le passage d’un registre à l’autre, l’alliance entre liberté et rigueur, trouvent, sous les doigts d’Alexandra Dovgan, leur voix, leur fragrance poétique. En bis, elle offre la douceur de deux rappels aux accents bucoliques, le Prélude op. 32 n° 12 en sol dièse mineur de Rachmaninov et Le rappel des oiseaux de Rameau. Délicatesse des trilles, toute une gent ailée palpite sous la conque. Un talent virtuose qui ne peut que s’affermir et prendre de la profondeur avec le temps. La petite fée, si fine dans sa robe verte de princesse, saura moirer son jeu d’autres reflets que l’on viendra de nouveau applaudir.

MARYVONNE COLOMBANI

Concert donné le 16 août, à l’auditorium du parc du Château de Florans, dans le cadre du Festival international de piano de La Roque-d’Anthéron.

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