samedi 13 avril 2024
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Au-dessus des barbelés

Portée par des comédien·nes brillant·es, Léa Menahem donne une adaptation réussie du Grand Cachier de la romancière Agota Kristof

Depuis ses années de lycée, Léa Menahem a gardé le souvenir du choc ressenti à la lecture de l’œuvre d’Agota Kristof. Cette romancière hongroise qui, dans La trilogie des jumeaux, raconte l’histoire de Claus et Lucas, plongés dans la période douloureuse d’une guerre destructrice. Pas de nom de pays, pas de dates précises, mais des indices qui désignent l’enfer de la Seconde Guerre mondiale dans un pays de l’Est. Cette volonté de ne rien identifier donne plus de poids aux événements qui prennent une dimension universelle. 

Univers destructeur

Dans Le Grand Cahier, Léa Menahem a choisi de donner à sa création l’aspect d’un conte cruel centré autour de la méchante sorcière des récits qui font peur : c’est la grand-mère, formidable Cécile Bournay, à laquelle sa fille vient confier ses jumeaux pour les mettre à l’abri des périls de la guerre. Les deux comédiens, excellents Gaspard Liberelle et Jimmy Marais, se déplacent dans un ensemble parfait, habillés de costumes identiques, avec les mêmes gestes, les mêmes expressions selon une rigoureuse chorégraphie. Battus, traités de « fils de chienne », ils décident de s’endurcir, se livrant à des actes violents l’un sur l’autre, consignant leurs progrès dans un grand cahier et s’obligeant à oublier les mots de l’enfance et de l’amour. L’essentiel, pour eux, est de résister et de grandir dans un univers destructeur et indigne.

Au cours de leurs apprentissages, ils croisent des personnages hauts en couleurs dont plusieurs sont joués par Mikaël Treguer, caméléon extraordinaire, qui les assume avec une parfaite maîtrise, aidé par les masques délicats de Patricia Gattepaille – on ne les voit pas tout de suite tant ils se fondent dans le visage. De courts tableaux se succèdent dans une astucieuse scénographie de Delphine Sabouraud, qui a installé des panneaux translucides permettant entrées et sorties, jeux de clair-obscur, intrusions du dehors avec, notamment à la fin, la présence inquiétante de barbelés concentrationnaires.

CHRIS BOURGUE

Le Grand Cahier a été joué du 15 au 18 mars au Théâtre Joliette, Marseille. 
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