dimanche 14 juillet 2024
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Au Frac Sud, la danse des conteneurs 

La chorégraphie des marchandises de Romana Schmalisch et Robert Schlicht danse en boucle sur l’écran du plateau expérimental du Frac Sud depuis le 6 octobre et jusqu’au 5 novembre prochain

La chorégraphie des marchandises est la dernière proposition en date de Romana Schmalisch et Robert Schlicht, artistes et réalisateurs qui vivent et travaillent en Allemagne, lié à leur projet À la pêche à l’épave, né de leur résidence au Frac Sud en 2021. Trois rendez-vous ont déjà eu lieu : au Vidéodrome 2, en octobre 2020, une présentation du premier long-métrage de Gerhard Friedl Wolff von Amerongen a-t-il commis des infractions en matière de faillite ? Au Musée d’Histoire de Marseille, fin janvier 2023, une performance cinématographique, Le fétiche du conteneur, où les artistes intervenaient en compagnie de l’acteur Robert Rizzo et du critique Nicolas Feodoroff. Et quelques jours après, au Frac Sud, la table-ronde Containers unchained, à laquelle participaient, à côté des deux artistes, Sergio Bologna (historien du mouvement ouvrier et de la société industrielle), Delphine Mercier (sociologue, Cnrs) et Michel Peraldi (anthropologue et sociologue, Cnrs). Deux autres rendez-vous sont à venir : le 2 novembre à Montévidéo pour Le Fétiche du conteneur, épisode 2, et le 6 novembre à 16h au MucemLab, une lecture proposée par les deux artistes.

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Romana Schmalisch et Robert Schlicht revendiquent un travail autour de la notion de la représentation et de la réalité du travail dans des sociétés capitalistes. Et dans La chorégraphie des marchandises, il s’agit de visibilité et d’invisibilité : car aujourd’hui, « bien que 80 % des marchandises internationales qui vont et viennent entre les continents soient transportées dans des conteneurs, le conteneur lui-même reste pratiquement invisible ». Dans leur film on ne voit donc aucune marchandise, mais on voit les conteneurs, leurs aires portuaires de stockage, les machines qui les déplacent, les bateaux qui les transportent. Le film est organisé en neuf séquences, sans titre, le plus souvent en split screen (écran divisé). Accompagnées par une voix off, qui, avant de s’adresser directement aux spectateurs sur un ton de méditation-relaxation, invitant à une forme de noyade angoissante mais tranquille dans les profondeurs de la faillite globale, propose un conte métaphorique. L’aliénation d’un homme autonome (« pêche, chasse, construisait ses meubles, se suffisait à lui-même ») par la marchandise, voire sa substitution (« choisir un objet c’est exprimer un peu de soi », « vous vivez avec vos meubles, vous êtes vos meubles »). Puis la crise. Sur l’écran se combinent, des plans vertigineux et monumentaux de terminaux et de porte-conteneurs, se jouxtent des mouvements de portiques, bals aériens, translations rectilignes, horizontales et verticales. Tout un système célibataire et fascinant, semblant fonctionner par lui-même, pour lui-même. L’humanité apparaît à travers la présence, dans les dernières séquences, sur quelques notes de piano, d’un danseur parcourant les espaces, frôlant de sa main les parois métalliques, dansant au milieu d’un paysage désertique, à côté d’une petite oasis de cyprès préservés.

MARC VOIRY

La chorégraphie des marchandises
Jusqu’au 6 novembre
Frac Sud, Marseille
fracsud.org
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