Au Mucem, ce jeudi 15 octobre au matin, la salle était bien remplie de collégiens et lycéens, même si deux lycées étaient « occupés ailleurs » nous précisait l’équipe d’Aflam. Le film de Suzannah Mirghani qui, en visio depuis le Qatar, a échangé avec les élèves après la projection, les a fortement intéressés, vu le silence attentif dans la salle. Et ce n’est pas étonnant : ce premier long métrage de la réalisatrice soudanaise est à la fois un récit d’apprentissage, une chronique familiale, une dénonciation du poids des traditions patriarcales – mariages forcés, excisions – et du colonialisme britannique.
Les cicatrices du Nil
Un village qui vit au rythme du coton, « du coton vierge cueilli par des filles vierges ». Des jeunes filles, dans les champs, éclairées de soleil, qui travaillent et chantent. Parmi elles, Nafisa (Mihad Murtada), solaire, à la répartie vive, petite fille d’Al-Sit (Rahba Mohamed Mahmoud), la propriétaire des champs de coton, véritable légende : elle aurait lutté héroïquement contre les colonisateurs britanniques. Pas simple pour Nafisa qui l’admire mais subit ses injonctions et ses interdits. Elle écrit des poèmes, rêve de partir avec Babiker (Talaat Farid), un jeune homme qu’elle aime et qui construit un bateau au bord du Nil. Le Nil, interdit, où les jeunes filles se baignent en cachette.
Un jour arrive dans le village, M. Tajini, (Hassan Kamala) un industriel qui vit à Londres. Il revient sur les terres de sa famille avec l’intention de cultiver du coton génétiquement modifié et d’épouser une fille du village. Un gendre idéal pour la mère de Nafisa qui va… cuisiner pour lui. La résistance commence pour Nafisa…
La caméra de la chef opératrice Fridah Marzouk a su capter les émotions de la jeune fille, son visage rayonnant, sa joie de vivre, ses éclats de colère mais aussi filmer les bords du Nil, le village aux couleurs ocres, les tenues blanches, les mains d’Al-Sit, marquées de cicatrices qui nous rappelle que l’excision est toujours pratiquée. Un film superbe que la musique d’Amine Bouhafa accompagne subtilement. Un film que Suzannah Mirghani voulait tourner au Soudan, comme son court Al-Sit (2020) mais qu’elle a dû tourner en Egypte à cause de la guerre civile qui a éclaté dans son pays en 2023. « Je souhaite que ce film soit un message d’espoir pour la jeunesse du monde entier ! » a lancé Suzannah Mirghani. Espérons-le !
ANNIE GAVA
Séance donnée le 15 octobre au Mucem, Marseille.






