vendredi 21 juin 2024
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Babel Minots sonne l’heure de la « Révolution »

Pour son neuvième exercice, le festival marseillais semble s’imposer comme l’événement incontournable des musiques adressées au jeune public en France. Entretien avec Mehdi Haddjeri, son directeur

Zébuline. Déjà près de dix ans que le Babel Minots existe. Quel bilan tirez-vous de cette aventure ?

Mehdi Haddjeri. On s’est rendus compte, en neuf ans, que l’idée de créer un événement national de ce type, à Marseille, répondait à un besoin. Le secteur de l’enfance, les producteurs de spectacles, les artistes… Tous ont eu envie de se rassembler autour de la musique pour le jeune public, de réfléchir à son développement. C’est simple : cette année les rencontres professionnelles réuniront plus de 150 personnes, venues des quatre coins de France. Nous n’en avons jamais eu autant. Idem pour les spectacles, quasiment tous à guichets fermés. Nous avons dû refuser 10 000 enfants, c’est énorme.

Cela vous conduit-il à songer à un changement d’échelle ?

En tant que directeur, je ne suis pas pour basculer dans une éventuelle crise de croissance. L’idée serait plutôt de s’appliquer à faire toujours mieux, dans une progression maîtrisée. Même si les chiffres sont parlants et nous amènent à nous poser pas mal de questions politiques, il faut rester tranquilles !

En parlant de politique, le thème de cette année est bien vif. Lorsque vous avez choisi « la révolution », quel message avez-vous voulu faire passer ?

Je suis un artiste né à Marseille, qui a la chance, par la musique, de voir le monde. Ma démarche en tant que directeur, la démarche de Babel Minots, ne peut être que politique, et poétique, parce qu’on parle d’art. Chaque année, nous choisissons un thème fort. En l’expliquant aux enfants et aux grands, par des actions culturelles, de médiation, tout un travail en amont avec les enseignants, les éducateurs… Parce que la révolution se situe à plein de niveaux, et si on ne l’explique pas, cela peut être mal compris. On n’en parle pas de la même façon aux 0-3 ans et aux adolescents. Nous ne sommes pas là pour faire du prosélytisme, c’est important ! Mais l’art et la musique peuvent aller là où les programmes scolaires ne vont pas. Le fait de proposer des spectacles en crèche, dans les librairies, les bibliothèques, etc., est déjà une forme de révolution.

Babel Minots © X-DR

L’un de vos partenaires, la Sacem, déplore par la voix de son représentant, Serge Perathoner, que « le répertoire jeune public manque encore de reconnaissance et de visibilité ». Au vu des chiffres que vous mentionnez, n’y a-t-il pas cependant une nette progression ?

Complètement. On remarque que le nombre et la qualité des propositions augmentent. Les artistes et les producteurs ont compris au fil du temps que ce n’est pas parce que l’on s’adresse à des enfants que l’on ne peut pas travailler avec les mêmes exigences que pour un spectacle tout public. On se retrouve avec des œuvres superbement écrites, magiques. Mais c’est encore un secteur qui doit évoluer, se structurer… parce qu’il est encore jeune ! Cela fait, quoi ? 12, 15 ans au maximum que ces formes-là intéressent. Il y a encore plein de choses à inventer. À Babel Minots, on essaie d’inciter les professionnels à sortir des schémas en cours sur les musiques actuelles depuis une quarantaine d’années.

À l’occasion du festival, les enfants mettent aussi la main à la pâte. De « petits chroniqueurs »* qui réalisent des interviews d’artistes, des ateliers beatbox, la création d’un orchestre en objets de récup’… Voulez-vous nous parler de cette approche pédagogique ?

Nous discutons beaucoup avec les instituteurs, les professionnels de l’enfance. À l’issue de la crise sanitaire, au vu des traumas liés notamment à la surconsommation d’écrans, nous leur avons dit : « il faut inciter les enfants à sortir, se retrouver, aller voir des spectacles vivants ». Sans être spécialistes – durant la période Covid, bien trop de gens se sont déclarés spécialistes de tout et n’importe quoi –  mais en tant qu’artistes, nous ne pouvions proposer que cela.

Y a-t-il une action qui vous tienne particulièrement à cœur ?

Pendant le festival, l’action culturelle principale s’appelle la Cité des Minots. C’est un gros projet entre Marseille et l’Île-de-France (là-bas, il s’appelle la Cité de Marmots), avec de nombreuses classes élémentaires, l’appui des rectorats et des inspections académiques. On organise une gigantesque chorale. Cette année, elle porte sur les chants algériens de l’exil, un aspect historique qui n’apparaît pas dans les programmes scolaires. La musique permet d’aborder le thème de l’immigration, c’était important pour moi. Les restitutions se feront au Silo les 13 et 14 juin.

Avez-vous déjà réfléchi au thème de l’édition prochaine, pour célébrer les dix ans du festival ?

Bien tenté, mais je ne vais pas vous donner de scoop ! Cependant sans vous en dire plus, comme ce sera une année olympique, nous allons essayer d’être subversifs, tout en respectant le thème des olympiades.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR GAËLLE CLOAREC

* Des articles des « petits chroniqueurs » seront publiés dans le numéro de Zébuline l’hebdo d’après-festival

Home Sweet Home 8 ©️ Laurent Meunier

Dernières places

Les tickets pour les 44 représentations dans 21 lieux culturels marseillais de l’édition 2023 s’étant envolés, il ne reste plus que quatre propositions où il est encore loisible de réserver. La première, Nefertiti, est gratuite : le Collectif Koa vient de Montpellier pour un concert illustré centré sur la figure de la reine d’Égypte, destiné aux 7 ans et plus (21 mars, à la Friche la Belle de Mai). Les autres sont à tout petits prix, à commencer par Versant Vivant, spectacle musical à voir à partir de 6 ans (29 mars, au Mucem). Simon Kansara illustre en direct les créations plastiques d’Émilie Tarascou, délicats paysages naturels avec animaux. Et enfin, deux sessions cinématographiques pour découvrir ou revoir en famille des classiques intemporels : la splendide comédie musicale de Jacques Demy, Les demoiselles de Rochefort (26 mars, au cinéma Le Gyptis, à partir de 8 ans), et Pierre et le loup, dans la touchante version de Suzie Templeton (2 avril, au cinéma La Baleine, dès 7 ans). 

G.C.

Babel Minots
Du 21 mars au 2 avril
Divers lieux, Marseille
04 91 62 49 77 
babelminots.com
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