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« Black-Out », arrêt sur image et papiers froissés

Dans Black-Out, Paul de Brancion dessine avec finesse et originalité un constat sans concession de notre époque

Organisateur de festivals, universitaire, éditeur, romancier, essayiste, poète, Paul de Brancion multiplie les casquettes et va même jusqu’à se livrer à des travaux transversaux avec des musiciens comme Thierry Pécou ou Jean-Louis Petit pour n’en citer que deux. Sa dernière publication a choisi l’écrin de la collection Calepins aux éditions Plaine Page, mêlant photographies, montages et textes pour un Black-Out qui offre en exergue une citation de Bernard Pingaud (Inventaire) qui met en doute tout ce que nous allons lire : « ce que veut dire un auteur ne se confond jamais avec ce qu’il dit ». 

La précaution oratoire s’assortit d’un préambule décrivant les principes de composition et de conception de l’ouvrage, « un écrit d’insomnie » à l’ombre de séries télévisées, en particulier Prison Break, regardée « pendant toute l’écriture de Black-Out. » « Un poème par épisode », mais sans relation aucune avec la teneur des dits épisodes, dont le pouvoir addictif s’arrête là. En regard de chaque poème, comme une note d’autorité universitaire, un hommage aux auteurs qui l’ont précédé, une citation d’un écrivain classique se retrouve comme une annotation posée en travers au bord des pages. La relation au réel se voit alors questionnée en différentes strates au fil de trois grands chapitres, CortexNature videY a-t-il un son ?. Se dessine un constat sans concession de notre époque, de ses apparences de cohérence, et d’une « cervelle trop petite / dans un cortex trop grand » alors que « tout est d’insouciance pesante »…  

Poésie politique

Dans Le château des étoiles qui brosse la vie de l’astronome Tycho Brahé, Paul de Brancion écrit à propos des premières émotions poétiques du savant, « le poète rieur est roi sur terre et sur les mers ». Le rire se mue en sidération devant l’entrée insensible de notre monde en dystopie par ses accélérations vides, ses égoïsmes, son culte de l’argent, et si le deuxième titre sonne comme un pied de nez aux mots d’Aristote, « la nature a horreur du vide », il montre les mots changer progressivement de fonction, la violence s’ajouter à l’ignorance. Le langage titube et se perd dans ce monde en fin de course de Y a-t-il un son ?. Les illustrations reprennent des photographies extraites de « séries culte » et de films tout aussi cultissimes, depuis Prison breakFriendsDawson, et se voient « augmentées » d’intrus venus de la BD ou des dessins animés en catapultages souvent cocasses qui apportent une légèreté ironique à l’ensemble. Le mythique cheval de Gandalf, Gripoil, se voit naseau contre naseau avec Jolly Jumper, la tout aussi « mythique » monture du cowboy solitaire Lucky Luke. Puissamment ancré dans les problématiques de notre contemporanéité, le texte poétique a une indéniable dimension politique. « La poésie est une arme chargée de futur » disait Gabriel Celaya, le poète rieur est aussi le voyant rimbaldien…

MARYVONNE COLOMBANI

Black-Out, de Paul de Brancion

Éditions Plaine Page – 15 €

Ce livre a été présenté lors de la quinzième édition des Eauditives

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