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Budget de la culture en Région Sud : « Une baisse en trompe l’œil »

Renaud Muselier (Renaissance) s’explique sur la baisse de 13 % du budget consacré à la culture, votée par le Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Et le président de la Région Sud d’expliquer également son soutien à Richard Martin, directeur du Théâtre Toursky à Marseille. Entretien

Dans un communiqué de presse paru le 22 février, vous affirmez que la situation de Richard Martin est « inédite et unique ». Est-ce parce qu’il est le cofondateur du Théâtre Toursky et qu’il le dirige depuis plus de 50 ans ? Est-ce parce qu’il est au cœur d’un quartier populaire, ce qui est le cas de nombreux équipements marseillais ?

Renaud Muselier. La personnalité de Richard Martin est singulière en effet. Nous savons tous qu’il a « inventé » le Toursky, d’abord en le baptisant du nom d’un poète tout juste disparu, ce qui est un symbole fort et fixe un cap artistique exigeant, ensuite en faisant d’une salle de quartier en déshérence le cœur battant de Saint-Mauront. L’homme et son théâtre sont indissociables. Quand on touche au second, on atteint inévitablement le premier. Il n’y a plus beaucoup d’artistes en France et dans le monde qui ont fondé leur outil de travail et noué une relation aussi durable et fusionnelle avec leur public. On peut dire que Richard Martin excède, aux deux sens du terme : il dépasse et il outrepasse. Chacun le sait et nous devons accepter cette situation pour ce qu’elle est : une exception culturelle. J’ajoute que mon message du 22 février émane aussi du médecin que je suis : comment accepter sans réagir l’hospitalisation d’un homme de bientôt 80 ans qui décide de mettre sa vie en danger ?

Vous proposez votre médiation et reprochez à la Ville de Marseille une « baisse de subvention pénalisante » qui n’aurait pas été annoncée. De son côté, l’adjoint à la culture, Jean-Marc Coppola, affirme qu’il se trouve « face à un mur », et qu’il ne demande qu’une mise en conformité avec la loi : la Compagnie Richard Martin occupe le Théâtre Toursky sans convention d’occupation depuis 2014, et la commission de sécurité a émis un avis négatif . Que pourrait apporter votre médiation dans ce contexte ? Pensez-vous que la Région pourrait elle-même compenser la baisse de subvention de la Ville (80 000€), ainsi que celle du Département (15 000€) ?

La Ville de Marseille est propriétaire des murs du Toursky et son principal financeur. Il n’appartient donc pas à la Région Sud, qui apporte 220 000€ par an au théâtre et n’a pas l’intention de diminuer sa contribution, de se substituer à elle. C’est pourquoi j’ai simplement proposé une médiation. Dans cette affaire, il y a des éléments budgétaires et administratifs à reprendre et des réformes à entreprendre. Or le point d’achoppement actuel ne vient pas de ces nécessaires ajustements mais de la manière dont ils sont présentés. On parle d’occupation sans titre ou d’âge du capitaine : ces mots sont forts et blessants. Il me semble que garantir la pérennité du projet de Richard Martin est un préalable à toute discussion sur la mise en conformité de son lieu et de ses statuts, par ailleurs indispensable. Je propose de participer à un tour de table avec l’ensemble des collectivités et l’État pour redire l’importance que, tous, nous accordons à ce théâtre et à son fondateur, et pour fixer un calendrier de réformes et des modalités de mise en œuvre négociés et acceptés par tous.

« Richard Martin excède, aux deux sens du terme : il dépasse et il outrepasse »

Renaud Muselier

Depuis le début de votre mandature, vous avez apporté un soutien marqué aux acteurs et opérateurs culturels de la Région, en sauvant les Chorégies d’Orange, en maintenant le budget de la culture chaque année. Pourtant le budget primitif 2023 qui vient d’être voté accuse une baisse de près de 13% du budget de la culture, 62 millions en 2023 au lieu de 71,2 millions en 2022. Comment expliquez-vous ce recul ?

Tout budget se décompose entre fonctionnement et investissement. Celui de la culture n’échappe pas à cette règle. Si vous l’avez bien lu, vous aurez noté que le budget de fonctionnement 2023 est strictement identique à celui de 2022, soit 42 millions d’euros. La baisse dont vous parlez ne concerne que l’investissement (-9,2M€) et c’est tout à fait logique : d’une année sur l’autre, de grands équipements qui mobilisent d’importants crédits pluriannuels finissent par sortir de terre. En l’occurrence, nous avons ouvert Cosquer Méditerranée le 4 juin 2022 et mis un terme à un chantier ambitieux qui débouche sur l’un des plus grands succès scientifique, culturel et touristique que Marseille ait connu. Loin d’être un recul, ce chiffre en diminution est le symbole de l’achèvement d’une reconversion en tous points exemplaire, celle de la Villa Méditerranée transformée en centre d’interprétation archéologique ouvert à tous. L’année 2023 marque donc une pause dans nos investissements culturels mais c’est une baisse budgétaire en trompe l’œil : dès 2024 s’ouvrira le chantier de la transformation du Dock des Suds en Cité régionale et méditerranéenne du cinéma et nous réinjecterons d’importants crédits dans ce but.

D’autres collectivités territoriales, dont la Région Rhône-Alpes, accusent des baisses très importantes, expliquant que les collectivités territoriales sont privées de ressources fiscales et doivent faire des choix. Pourtant le budget global de la Région Sud est en hausse de plus de 17%, et la baisse du budget de la culture va à contresens de cette augmentation. Les opérateurs culturels vont-ils souffrir de cette baisse des investissements ?

Pour les théâtres, les scènes musicales, les centres d’art, les compagnies et ensembles artistiques indépendants, les producteurs de cinéma et d’audiovisuel, les libraires, les éditeurs, les festivals et manifestations culturelles de toutes tailles et de toutes disciplines artistiques, partout sur le territoire régional, c’est le fonctionnement qui prime. C’est pour cette raison que, malgré une crise énergétique qui n’a pas épargné la collectivité régionale (chauffer nos lycées par exemple nous coûtera 90 millions d’€ de plus que l’an dernier), j’ai décidé de sanctuariser le budget de création, de diffusion et d’accompagnement au quotidien, de toutes les filières culturelles. Cela n’exclut pas des choix qui entraînent une augmentation budgétaire pour les uns et une baisse pour les autres mais cela s’appelle de la politique et la grande majorité des acteurs verra le soutien de la Région reconduit. Je ne laisserai personne dire à nouveau que la culture n’est pas essentielle.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SUZANNE CANESSA

Qui parle d’âge du capitaine ?
Joint par téléphone, Jean-Marc Coppola déclare qu’il a annoncé à la Compagnie Richard Martin dès 2021 que la baisse de 80 000 euros opérée en 2022 était pérenne, et qu’il n’y a donc aucune surprise cette année. Par ailleurs, s’il a bien souligné que Richard Martin et sa compagnie ne possédaient pas le Théâtre Toursky et n’en avaient pas « les droits et les titres de propriété », il n’a jamais parlé d’« âge du capitaine » ni, comme on le lui reproche ailleurs, de « directeur vieillissant  ». Ces propos rapportés à tort lui sont attribués dès la déclaration constitutive du comité de soutien, présidé par Christian Poitevin. Jean-Marc Coppola nous précise que celui-ci s’est depuis retiré dudit comité en déclarant « L’Association des amis de Richard Martin et le comité se sont fait rouler dans la farine ». L’adjoint à la culture de Marseille indique également que le compositeur et mandoliniste Vincent Beer-Demander, un des rares artistes marseillais dont le Théâtre Toursky affiche le soutien, se déclare « furieux » et « très en colère » de voir son nom utilisé ainsi sans qu’il n’ait rien signé. Il demande depuis dix jours son retrait de la liste des soutiens, sans effet.
Dans un article paru le 25 février sur le site de presse Destimed, Richard Martin, remercie Renaud Muselier de « rétablir la vérité ». Il semblerait que cela ne soit pas le cas, au moins pour l’expression « l’âge du capitaine ».
S.C.
Suzanne Canessa
Suzanne Canessa
Docteure en littérature comparée, passionnée de langues, Suzanne a consacré sa thèse de doctorat à Jean-Sébastien Bach. Elle enseigne le français, la littérature et l’histoire de l’Opéra à l’Institute for American Universities et à Sciences Po Aix. Collaboratrice régulière du journal Zébuline, elle publie dans les rubriques Musiques, Livres, Cinéma, Spectacle vivant et Arts Visuels.
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