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AccueilCritiquesCapra : Fuir par l’imaginaire 

Capra : Fuir par l’imaginaire 

Jeanne Candel invente le monde intérieur déjanté d’une autrice à la mémoire qui flanche

« Une chèvre passe 23 heures de sa journée à chercher comment s’enfuir de son enclos, et la dernière à le faire ». Cette expression inventée est la raison pour laquelle Capra, autrice qui déteste écrire et protagoniste de la nouvelle création de Jeanne Candel, a choisi ce nom de plume. Elle trouve que cela décrit bien l’acte d’écrire. 

Un jour, une amie lui a offert un livre de François Le Lionnais, La Peinture à Dora, dans lequel l’auteur raconte comment, pour survivre à l’horreur des camps, il décrivait à un ami des tableaux de maîtres, et s’enfuyait dedans. Parfois, il faisait aussi s’entrechoquer les toiles, les fusionnait, invitait son ami à se saisir d’une pomme dans une nature morte pour aller pique-niquer dans un Vermeer. 

« Cette toute petite chose »

La mémoire, celle qui permet de retenir des choses et celle qui permet de donner une existence aux morts et aux choses disparues, est au cœur de la pièce, CAPRA (une chèvre). Candel et ses acteurices y explorent, tout en fantaisie, le lien qui unit mémoire et cette « toute petite chose » qu’est l’imagination. 

À partir de ces questionnements de départ, Candel enchaîne les saynètes plus ou moins absurdes, parfois mélancoliques, toujours délicieuses. Capra travaille aussi sur un recueil de poème autour d’un mystérieux suicide collectif de nonnes grecques, au XIVe siècle. Mais se suivent aussi le récit du mythe d’Œdipe par un conteur aveugle et sa fille muette, un étonnant cours de batterie, une session de ventre-et-glisse, une histoire d’amour entre un troubadour et une nonne – une de celle qui s’est suicidée… 

Le lien entre ces vignettes déjantées et le récit cadre n’est pas toujours évident, il faut juste se laisser porter, s’abandonner à l’univers drôle et décousu qui se révèle devant les yeux du public dans un joyeux bazar d’accessoires, de musique et de manipulation à vue. La chèvre cherche à s’enfuir par l’imaginaire, et on est heureux d’être de la partie. 

CHLOÉ MACAIRE

CAPRA (une chèvre) 
Jusqu’au 25 juillet 
Lycée Mistral, Avignon

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