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Ce sont des humains qui se noient

Chaque année, depuis 2014, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants se noient en Méditerranée, aux portes de l’Europe. Un total, très certainement sous-estimé, de 30000 vies. Entre la Libye et l’Italie, les vies s’éteignent dans le silence et l’indifférence. Les 700 morts du dernier naufrage suffisent à peine à émouvoir l’Europe quelques jours, et non à mettre en place, enfin, des moyens et des lois pour sauver en mer.

L’Europe ne le veut pas. Elle refuse d’accueillir ces naufragés en détresse fuyant souvent l’esclavage et la guerre, ces exilées violées pour plus de 90% d’entre elles pendant leur trajet, alors même qu’elles fuient souvent violences et mariages forcés.

À l’autre bout de la planète, dans les eaux de Mayotte, île stratégique pour le commerce français, les kwasa-kwasa, petits bateaux de pêche dont notre chef de l’État avait déclaré qu’ils « pêchent peu mais ramènent surtout du Comorien », chavirent fréquemment. 1000 morts par an, estime-t-on à la louche. Ceux qui ont réussi à passer sont expulsés par la force publique française. Comment ne pas dire coloniale, quand les hôpitaux français proposent aux Comoriennes la stérilisation ?

Capacité de compassion

Sur les routes d’exil vers l’Europe, ou ses appendices coloniaux, les morts sont littéralement innombrables. Mais au lieu de susciter la compassion de l’Europe c’est la panique qui s’empare de tous. Comme les Américains, qui ont basculé vers Trump et son mur contre le Mexique, les Italiens renouent avec le fascisme, les Grecs ne secourent plus ceux qui se noient, l’extrême droite allemande elle-même resurgit et tend le bras. Quant à la France, elle arrête les militants écologistes, interdit leur soulèvement face à une planète qui s’asphyxie. Les discours xénophobes s’y banalisent, la droite franchissant aujourd’hui allègrement les frontières de l’indécence raciste.

L’Europe en aurait-elle fini avec l’Humanisme, qui est sa valeur fondamentale depuis la Renaissance ? Qui a permis de s’affranchir de l’esclavage, de l’indigénat, de la colonisation, des procès en hérésie, de la minoration des femmes, de la pénalisation de l’homosexualité ? De transformer les sujets assujettis en citoyens représentés ?

La réponse repose dans notre capacité de résistance culturelle. Dans notre manière de reconnaître la valeur et l’humanité de ceux qui sont issus de l’histoire coloniale de la France, et d’accueillir les victimes de la politique françafricaine. Sur nos scènes, comme le font le Festival de Marseille, Africa Fête, les Rencontres à l’Échelle. En exposant, comme le fait la Pride, la réalité des réfugiés LGBTQI dont l’Europe doit garantir la sécurité. Et en soutenant le concert de SOS Méditerranée, qui a sauvé des milliers de vies, mais reste en butte à ceux qui préfèrent que les hommes se noient.

AGNÈS FRESCHEL

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