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Comment reconstituer l’indicible

Après Les Filles d'Olfa, , Kaouther Ben Hania présente, avec La Voix de Hind Rajab, un film indispensable de résistance face à la barbarie

Le 29 janvier 2024, Hind Rajab, une petite Palestinienne de 6 ans est en voiture avec sa famille qui tente de fuir Gaza. Pris pour cible par l’armée israélienne, six membres de sa famille meurent et Hind Rajab reste coincée à l’intérieur du véhicule. Elle contacte par téléphone Le Croissant Rouge Palestinien, espérant être sauvée. Tout en essayant de la maintenir en ligne, ses interlocuteurs, Omar A. Alqam etNisreen Jeries Qawas font tout leur possible pour qu’une ambulance lui parvienne. En vain ! L’ambulance envoyée sur place, aussi, a été détruite et ses deux secouristes tués. Kaouther Ben Hania a fait de cette tragédie un film dont on sort en larmes. Un film qui laisse à tout jamais des traces dans notre conscience et dans notre cœur. Un film dont je ne ferai pas la critique : le geste de Kaouther Ben Hania est un acte de résistance, un geste face à l’impuissance qu’on peut ressentir devant une tragédie. A Cinemed, devant une salle comble, qui l’a longuement applaudie et où elle a obtenu à la fois le Prix du public et celui de la Critique,  celle qui en 2023 avait réalisé Les Filles d’Olfa (https://journalzebuline.fr/les-filles-dolfa-la-tunisie-dans-lentre-deux/) a expliqué avec émotion son projet et La Voix de Hind Rajab.

« J’ai entendu cette voix dont quelques extraits circulaient sur Internet et pendant une fraction de seconde, j’ai eu l’impression qu’elle me demandait de l’aider. Un sentiment d’impuissance m’a envahie : impossibilité de l’aider. Cette voix me hantait. J’avais appris que le Croissant Rouge avait enregistré toute la conversation. J’ai commencé à me dire que je devais faire un film face à ce sentiment d’impuissance. Je ne voulais pas que cette enfant devienne un numéro, je voulais lui donner un visage et une voix. J’ai joint le Croissant Rouge pour pouvoir écouter tout l’enregistrement et cela a été une des choses que j’ai écoutées, la plus dure de ma vie. J’ai contacté la famille de Hind et j’ai parlé avec sa mère qui était encore à Gaza, une personne admirable : « Ce film ne se fera que si vous le désirez. C’est votre décision » lui ai-je dit ; elle a été tout de suite partie prenante du film. J’ai rencontré les personnes du Croissant Rouge qui m’ont raconté leur journée et ont aussi  intégré le projet.

L’écriture du film

 J’ai envoyé le premier jet du scénario et on a beaucoup dialogué.  Idem pour les acteurs. J’ai écouté la voix en février, ai reçu l’enregistrement en juillet et on a tourné en novembre. Je sentais l’urgence de le faire. L’écriture n’a pas pris beaucoup de temps. Ils m’ont beaucoup parlé : c’était important de voir ce qu’ils avaient ressenti. Au cœur il y a la voix et il fallait trouver la bonne forme pour faire ce film ; j’ai croisé les différents éléments, la retranscription de la voix et les témoignages Je voulais quelque chose de vertigineux, comment retranscrire l’impuissance vertigineuse.

Les choix de mise en scène

J’ai souhaité faire appel à des comédiens. C’est un film de reconstitution ; il me fallait des interprètes ; je ne pouvais pas faire appel à eux pour qu’ils rejouent ce qu’ils avaient vécu. C’est un film en huit clos : je voulais raconter du point de vue de ceux qui ont reçu l’appel.  On les voit dans un open space. Et on a le son qui est le hors- champ, le bombardement, la voiture assiégée.  Les spectateurs sont là, avec eux avant que la mort n’arrive. On aurait pu la sauver. Pourquoi n’a-t-on pas pu ? J’aurais aimé ne pas faire de film mais cette histoire a eu lieu. On a tourné en Tunisie puisque l’espace du huis clos est un décor. Les comédiens (Saja Kilani, Motaz Malhees, Clara Khoury, Amer Hlehel) sont palestiniens et partagent cette tragédie. Il y a eu des moments si intenses qu’ils avaient du mal à jouer…

Fiction ou documentaire se demanderont peut-être certains. Un film qui en rejette les frontières, et surtout un film de résistance face à la barbarie. Un film indispensable.

Le public de la Mostra de Venise où a eu lieu la première projection l’a bien compris en faisant à Kaouther une standing ovation de 23 minutes. La Voix de Hind Rajab y a obtenu le Grand Prix du Jury et représentera la Tunisie aux Oscars 2026 

Annie Gava

En salles le 17 novembre

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