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De beaux restes au Pavillon Noir

La vieillesse, source inouïe d’inspiration pour Angelin Preljocaj et Rachid Ouramdane

C’est à un programme très engageant que les deux chorégraphes se sont attelés, sur commande de la Fondation Aterballetto. Soit mener une réflexion dansée sur les corps âgés, ou du moins faire danser les « corps vieillissants ». La proposition de Rachid Ouramdane, donnée en ouverture du programme, explore l’imaginaire du music-hall. Elle doit beaucoup aux qualités de ses interprètes : à la grâce et au sourire d’Herma Vos qui a fait ses armes comme meneuse de revue au Lido ; à la dextérité de Darryl E. Woods, acrobatique et encore aérien sur ses pas de claquette et déhanchés jazz. Après quelques pas de cha-cha-cha encore vigoureux, le couple se déphase, s’étire en poses douloureuses, en regards lointains. La dissonance s’installe, sur une réappropriation lo-fi du célèbre Send in the clowns de Sondheim, déclamé avec conviction. Le Jour Nouveau appelé de ses vœux par le duo n’adviendra cependant jamais : à l’éclat réel et émouvant des premiers pas répond une fatigue feinte, préfigurant pour ses interprètes une fin aussi artificielle que cruelle.

De vie et de désir

Photo © Christophe Bernard

Cette morbidité teintée de fausse pudeur cède ensuite le pas à une exploration de tout autre ampleur. La Birthday Party d’Angelin Preljocaj est d’une vitalité, d’une générosité et d’une cohérence bouleversantes. Elle tire le meilleur de ce qui aurait pourtant pu causer l’échec du projet : la diversité de sa distribution, rassemblant huit non danseurs, amateurs et ex-professionnels âgés de 67 à 80 ans. La beauté du geste, l’équilibre des ensembles sautent d’autant plus aux yeux qu’ils proviennent de corps imparfaits et dissemblables. Le langage chorégraphique gagne en créativité et en épure ce qu’il perd en vélocité. Le temps, obsession récurrente du chorégraphe, trouve une place particulière : la marche inaugurale, au ralenti, de ses interprètes est aussi réjouissante que majestueuse, sublimée par les costumes. De même que la dépiction, discours de Simone de Beauvoir à l’appui, de l’usure des muscles et des esprits au travail, et de leur nécessaire respiration. Mais la fatigue, la dégradation demeurent hors-champs : même allongés, dépouillés de masques en tous genres, les corps restent éveillés, comme galvanisés par des décharges de vie et de désir. L’ébullition, le festif ne sont jamais loin, dans les pas aériens et amples de la danseuse florentine Sabina Cesaroni ou dans ceux, plus déchaînés et punk, d’Elli Medeiros. Rien que pour la revoir, en combinaison de cuir, entonner le Birthday Party qu’elle chantait déjà avec malice en 1976 avec ses Stinky Toys, l’opus vaut le détour. Mais c’est évidemment la délicatesse de pas-de-deux intimes et minimalistes qui emportent : celui unissant la doyenne du groupe Marie-Thérèse Priou et Roberto Maria Macchi restera, notamment, longtemps en mémoire.

SUZANNE CANESSA

Spectacle vu le 2 mars, lors de sa première, au Pavillon Noir.
À venir 
Over Dance est joué le 3 mars à 20 h et le 4 mars à 19 h au Pavillon Noir, à Aix-en-Provence.

Suzanne Canessa
Suzanne Canessa
Docteure en littérature comparée, passionnée de langues, Suzanne a consacré sa thèse de doctorat à Jean-Sébastien Bach. Elle enseigne le français, la littérature et l’histoire de l’Opéra à l’Institute for American Universities et à Sciences Po Aix. Collaboratrice régulière du journal Zébuline, elle publie dans les rubriques Musiques, Livres, Cinéma, Spectacle vivant et Arts Visuels.
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