lundi 15 juillet 2024
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Des femmes et des cigarettes

Les Rencontres à l’échelle ont accueilli l’acteur Bachir Tlili pour le solo performance Akerman/Habiba. Un hommage aux femmes de sa vie

Sur un bureau, un ordinateur allumé, un poste de radio et des enceintes. Par terre, en vrac, un sachet en plastique, des paquets de cigarettes ; des Marlboro rouge. La photo d’une femme d’un certain âge dans une djellaba orange occupe le mur du fond. Elle est assise et l’on devine une maison du Maghreb. Puis la scène s’éclaire au son de je tire ma révérence de Véronique Sanson. L’acteur apparaît et reste un long moment statique, concentré. Sa présence, intense, puissante, raconte en silence : voilà qui je suis, voilà ce qui m’a construit… Et détruit. Il tient deux bouquets, « en hommage » à deux femmes qui, elles aussi, ont choisi, de tirer leur révérence.

La première, c’est Chantal Akerman, l’iconique réalisatrice belge « née le 6 juin 1950 et morte le 10 octobre 2015 », la seconde « c’est ma mère, Leila Tlili née le 13 juillet 1969, décédée le 6 décembre 2009. » Il y a du Xavier Dolan chez Bachir Tlili qui détaille chaque itinéraire avec une précision méticuleuse. Il évoque cette femme élancée aux cheveux noirs qui avait toujours un sac plastique contenant des Marlboro rouge, un livre de Stephen King « et un porte-monnaie même si de l’argent, elle n’en avait pas ». Le décor fait pénétrer dans l’intimité d’un appartement et dans l’intériorité d’une pensée endeuillée. À la radio, les émissions se succèdent : on y parle féminisme, César Franck… On entend aussi une voix de femme lointaine, grésillant ; celle de Chantal Akerman peut-être. 

Bachir se dirige vers la sortie du théâtre, reste un moment appuyé contre la porte entrouverte. Il tire sur sa cigarette, en regardant le ciel. Soudain, la photo figée de Habiba s’anime. Le long plan séquence s’attarde sur le visage de cette grand-mère dont on voit désormais le turban qui entoure ses cheveux, les boucles d’oreille et les bracelets. Dans son regard qui suit l’objectif, on lit la résignation, l’humilité mais aussi la sagesse de celles qui connaissent tous les drames que la vie réserve.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Akerman/Habiba a été donné dans le cadre des Rencontres à l’échelle le 6 juin à la Friche la Belle de Mai, Marseille.
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