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« Des machines de guerre contre l’infamie »

Paul-Aimé William est doctorant sur l’implantation et le devenir des expressions de l’art contemporain sur le territoire guyanais. Triangle-Astérides l’a invité à concevoir et présenter une programmation de vidéos et performances le 3 février à La Friche dans le cadre de Un champ d’îles, temps fort consacré à l’Outre-mer.

Zébuline. Comment avez-vous conçu ce programme de performances ? Pouvez-vous expliciter son titre « Co/mission, grande conspiration » ?
Paul-Aimé William
. Avec Triangle-Astérides on discute depuis un an pour prévoir cet événement autour du monde imaginaire de la Guyane. Le terme de « co/mission » est multiple. Premièrement, cette notion de « mission partagée » est couramment utilisée dans le monde de l’art, comme à la Tate Britain. Elle est aussi un pied de nez à la notion de « transmission » qui fait défaut en Guyane. « Co/mission » va commencer à partir d’une présentation de feu Jerry René Corail, et de sa performance Incandescence. Quant au terme de « grande conspiration », il est lui aussi multiple. On le retrouve dans le concept de manigance chez Malcom Ferdinand, mais la « conspiration » renvoie aussi à l’essai Le Grand Camouflage de Suzanne Césaire. L’inspiration principale reste le communisme noir. L’idéologie présentée par Marx et Engels comme « un spectre qui hante l’Europe », est en quelque sorte une « conspiration » qui s’oppose à l’anti-noirceur et à la reproduction du capitalisme racial et au marché de l’art. Les œuvres que je vais présenter sont des machines de guerre qui sont là pour contrer toute cette infamie. Les artistes invités s’exprimeront sur plusieurs formes. Gwladys Gambie présentera son film, Alice Dubon dansera et il y aura une discussion avec le curateur David Démétrius.

En quoi la recherche sur l’art contemporain en Guyane est-elle importante ?
Elle est importante parce qu’elle n’est pas faite, du moins pas académiquement. Une des premières personnes qui a commencé à écrire sur le sujet est une artiste guyanaise, Roseman Robinot. Elle trace tous les points forts que je prolongerai dans ma thèse. Pour autant, dans mon travail, je n’attends pas grand-chose des institutions. Celles-ci sont intégrées à l’État colonial. Ainsi mon directeur de thèse, Carlo Célius, est une sommité de l’histoire de l’art haïtienne, mais c’est moi le doctorant guyanais, qui suis convié, c’est-à-dire quelqu’un issu des prétendues « colonies réussies » de l’Empire français.

Quel regard portez-vous sur l’état du secteur de la recherche en France ?
On est pauvres ! J’ai pu faire de la recherche aux États-Unis et là-bas, mis à part ce qui concerne les frais d’inscription, c’est le luxe. La plupart des universitaires qui sont passés par là ne veulent pas partir. Moi j’ai voulu parce que je porte un discours radical, je préfère parler de mon sol. La pensée, pour reprendre un terme de Glissant, vient des petites villes, des petits lieux, comme la Guyane. Ce qui m’intéresse c’est de construire mes propres institutions noires qui puissent élever ma communauté.

ENTRETIEN RÉALISE PAR RENAUD GUISSANI

Programmation de vidéos et performances par le chercheur Paul-Aimé William dans le cadre de Un champ d’îles - Temps Fort Outre-mer
3 février
Friche La Belle de Mai, Marseille
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