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Dupouy, à la croisée du poétique et du politique

Sur les traces de Robert Franck, Gary Winogrand ou Lee Friedlander, Raphaël Dupouy a fait de sa vie un road-movie. L’exposition L’Envers du décor à La Garde (83) lui est consacrée

Raphaël Dupouy a fait son premier « tour du monde » en 1989, il avait 26 ans. Et déjà il photographiait tout ce qu’il découvrait. Sa préférence ? Les mégalopoles : New York, Shangaï, Tokyo… dont il révèle l’extraordinaire vitalité dans un corpus d’images « agitées » où le mouvement est omniprésent. Celui de la vie et du temps qui passe, celui de la fureur et de la vitesse des métros et des avenues bondés, des fast-food et des enseignes électriques, dans un savant exercice photographique qui croise temps réel et symbolique. Une sorte de fuite en avant permanente qui l’a projeté sur les routes à la rencontre d’autres modes de vie. 

Palpitation intérieure

Son autoportrait en noir et blanc, en argentique comme il se doit, en témoigne dès 1989. 

Depuis, le photographe n’a jamais cessé de voyager, à Londres, Lisbonne, Tunis, entre deux parenthèses au Lavandou, son port d’attache, habité par la même envie « de mettre du sens dans ses prises de vue ». Et qu’importe l’appareil car le sujet lui importe plus que les performances technologiques : « c’est la mise en abime du réel qui m’intéresse depuis mes débuts ». Un champ d’expérimentations infinies qu’il poursuit en traquant des visages, des vitrines, des autos, des tags et autres graffitis qu’il aime à superposer. C’est ce que l’on croit au premier rager : la superposition, la reconstruction, l’inversion. Mais c’est tout autre chose dans l’intention comme dans le processus, il s’agit pour lui de flouter le réel, de lui apporter une autre dimension, plus poétique ou plus onirique, moins documentaire, en travaillant sur le temps d’exposition de la pellicule. Avec « une part d’aléatoire totalement revendiquée », notamment dans la multi-impression au moment de la prise de vue, qui donne à ses tirages un supplément d’âme. Une palpitation intérieure. Seule exception dans son exposition L’Envers du décor, l’île de Port-Cros, là encore une réalité tronquée, annonciatrice d’un nouveau rêve : arpenter l’île pour en offrir sa propre vision subjective, sensible. Loin du tumulte des villes.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

L’Envers du décor
Jusqu’au 24 juin
Espace Cravero, La Garde (83)
04 94 08 69 47
le-pradet.fr
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