jeudi 1 décembre 2022
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En bobine Simone

Après ses biopics sur Piaf et Grace Kelly, Olivier Dahan filme un monument politique, Simone Veil, incarnée par Elsa Zylberstein

« Pour tout vous dire, je n’aime pas trop ça, les biopics … » L’aveu lâché au bout de quelques minutes par Olivier Dahan a de quoi nous faire sourire. Le réalisateur qui a popularisé le genre en France avec La Môme en 2008, et renchéri avec Grace de Monaco six ans plus tard, s’est pourtant heurté à ses limites. « Harvey Weinstein n’était pas très content de mon travail. Il voulait que je fasse apparaître Grace Kelly à l’écran, comme dans ces génériques qui confrontent les acteurs à ceux qu’ils incarnent. Je trouvais ça franchement con … Et je me suis fait taper sur les doigts !»

Une histoire hors du commun

Suite à cette dernière expérience désastreuse, Dahan s’était promis d’arrêter le cinéma. C’est la comédienne Elsa Zylberstein qui l’a convaincu d’y revenir avec ce projet de film autour de Simone Veil. La comédienne, qui a bien connu la politicienne, avait à cœur de porter sa vie hors du commun à l’écran. « Lorsque je l’ai connue, j’étais très impressionnée mais aussi très intimidée par elle. Nous avions déjeuné ensemble. Nous parlions beaucoup au téléphone – d’Hannah Arendt, notamment. Je serais beaucoup mieux armée pour la comprendre, pour échanger avec elle aujourd’hui. Mais j’ai au moins la chance de pouvoir emporter toujours un peu d’elle avec moi. On dit souvent qu’un acteur doit savoir se défaire de son personnage : j’ai complètement refusé de me défaire d’elle ! ». Pour l’atteindre, la comprendre, Elsa Zylberstein s’est attelée à une année « d’immersion, d’incantation, même ! Je m’étais fait faire des cassettes par Tomatis, comme pour apprendre une langue étrangère. Je voulais comprendre son phrasé, si particulier, si identifiable. Phrasé qui changeait largement selon le lieu : le privé, le monde professionnel, les conférences de presse … Je suis également partie à la rencontre de tous ceux qui l’avaient connue et avaient tant de choses à raconter sur elle. Cette projection des Justes d’Agnès Varda pendant laquelle elle avait hoqueté sans arrêt … ce genre de choses. »

Un film politique ?

Séduit par le sujet et la passion communicative de Zylberstein, Dahan s’empare de la vie de Simone Veil et la remodèle avec soin, en superposant comme à son habitude plusieurs temporalités : « les biopics sont des genres très sommaires : ils sont plus faciles à monter … J’ai tendance à me méfier de la chronologie. La tordre, la faire sauter permet d’échapper au factuel ».  Le personnage sera ainsi incarné, d’un bout à l’autre du film, par Elsa Zylberstein mais aussi par la plus jeune Rebecca Marder. Les traumatismes mais aussi les moments heureux de la jeunesse se télescopent ainsi avec les combats menés par la magistrate, puis la femme politique aguerrie. « Je ne voulais pas faire un film politicien mais un film politique. Un film qui traite de la question de la mémoire, de la parole. » Et touche en cela à un bégaiement de l’Histoire, dont Dahan, fils d’un juif rapatrié d’Algérie et ex-membre actif de la Licra, est particulièrement féru. C’est d’ailleurs à ce père disparu qu’il dédie ce long-métrage non sans faiblesses, mais indéniablement sincère. Moins « indécrottablement pessimiste » que son metteur en scène, Elsa Zylberstein s’avoue à son tour pétrifiée par la remise en cause du droit à l’avortement, « dont on voit qu’il a constitué le nœud de sa vie politique, mais aussi un jalon de l’Histoire du XXème siècle. Une Histoire qui va progressivement du monstrueux vers la  lumière. » Mais dont l’assombrissement semble aujourd’hui tangible.

SUZANNE CANESSA

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