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Hercule, héros d’opérette

C’est une pépite de l’opérette française que Musicatreize remet à l’honneur au Théâtre de l’Odéon

Les Travaux d’Hercule de Claude Terrasse, créé le 7 mars 1901 au Théâtre des Bouffes-Parisiens, retrouve la scène dans une version réorchestrée et adaptée, aussi légère que politiquement mordante. Quand il compose Les Travaux d’Hercule, Claude Terrasse (1867-1923) est au sommet de sa gloire. Surnommé « Le Prince de l’opérette », cet enfant prodige entré au Conservatoire de Paris à douze ans a troqué l’orgue de La Trinité pour les planches, fréquentant Alfred Jarry – dont il signe la musique d’Ubu-Roi – et se liant d’amitié avec Erik Satie. Ses opérettes au ton absurde et corrosif conquièrent le Paris du tournant du siècle. Le compositeur a été considéré de son vivant comme le digne successeur de Jacques Offenbach. Pour ce titre, il s’est associé à deux librettistes : Robert de Flers et Gaston Arman de Cavaillet, dont le cercle d’amis comptait Proust, Zola et Anatole France. Ensemble, ils concoctent cette satire féroce sur les mystifications et les hommes de pouvoir.

Notre héros, Hercule, est un roi adulé. Vantard, sa popularité tient davantage à la communication, qu’aux travaux légendaires qu’il est sensé accomplir. Lorsqu’Augias, richissime homme d’affaires, le gifle en public, Hercule… se dérobe. Son épouse Omphale, lasse d’un mariage non consommé, succombe au charme d’Augias. C’est ce dernier qui, vêtu d’une masse et de la peau de lion dérobée à Hercule, terrassera les monstres de l’Hydre de Lerne au Taureau de Crète, tandis qu’Hercule, réveillé de sa sieste, récolte les acclamations sans comprendre pourquoi. La farce atteint son comble en Lydie, où Hercule est contraint d’accomplir un treizième travail pour le moins singulier.

Hercule moderne

Roland Hayrabedian, directeur et âme de Musicatreize, s’est visiblement bien amusé à adapter le livret pour ancrer la pièce dans notre époque tout en conservant l’esprit bouffe et satirique. Pour cette recréation, le compositeur Jean-Christophe Marti, déjà compagnon de route de Musicatreize, a taillé une orchestration sur mesure : un quatuor instrumental réunissant accordéon, percussion, clarinette et violoncelle – les musiciens de l’Orchestre BruMe –, autour duquel dix chanteurs de Musicatreize endossent à la fois les rôles solistes et le chœur. Patrice Balter campe un Hercule jouissif, Céline Bouchard une Omphale désabusée, Xavier de Lignerolles un Augias retors, Alice Fagard et Juan José Medina complètent la distribution. À la baguette : Hoviv Hayrabedian, fils de Roland, prend les rênes de l’ensemble, comme un geste symbolique de transmission cher au Centre National d’Art Vocal. Cette formule semi-scénique, sans décors lourds ni machinerie complexe, est conçue pour pouvoir, ensuite, tourner dans des lieux qui accueillent rarement la musique classique.

Ce spectacle fait écho au vaste cycle Les Douze travaux d’Hercule que Musicatreize déploie depuis 2023 : douze allégories pour la planète, commandées à douze compositeurs et compositrices, de Zad Moultaka à Edith Canat de Chizy, en passant par Ivan Fedele ou Benjamin Dupé. Les Travaux d’Hercule en est le pendant festif et populaire.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Les Travaux d’Hercule
2 avril
Théâtre de l’Odéon, Marseille

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