Hip-Hop Society : Plus hype que jamais 

Spectacles, ateliers, concerts… Jusqu’au 30 avril, la nouvelle édition de Hip-Hop Society s’annonce encore plus ouverte et foisonnante que les précédentes

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© X-DR

Grande manifestation née à l’occasion de MP2018, Hip-Hop Society, ce nouveau festival concocté par l’AMI et Radio Grenouille prenait son envol. Une aventure qui malgré les années d’urgence sanitaire a su perdurer. Correspondant à la dynamique pluridisciplinaire de l’AMI, Aide aux musiques innovatrices, le festival propose ateliers, résidences de création, accompagnement à la scène, spectacles, danse, jams, plateau-radio, concerts… et des nouveautés qui permettent de mettre en regard les esthétiques du jazz et du hip-hop, dessinant leurs filiations. 

Nouveautés 

Une jam coorganisée avec le festival Marseille Jazz des Cinq Continents et le Théâtre de l’Œuvre va confronter et unir le rap et le jazz. Côté rap, grâce à la présence de Dario Della Noce et sa trap glaciale, Amalia et ses freestyles fabriqués dans sa chambre mais pas seulement pour cette violoniste et amatrice d’air guitar, Awa Isoa et son rap créole nimbé d’influences traditionnelles antillaises. Et côté jazz, place au trio bouillonnant du multiinstrumentiste Cyril Benhamou et le jazz urbain et inventif du jeune batteur Timon Imbert en trio. La part expérimentale qui est présente dans tous les styles de musique (le « cracra ») sera cultivée avec talent par Normal Cracra (Blanche Lafuente et Sean Drewry) qui mêlent popping et improbables improvisations et Stark (Elarif Hassani) avec lequel ils mènent une résidence de création avec le chorégraphe Kader Attou au sein du studio de la Cie Accrorap à la Belle de Mai.

Scène locale et internationale

Si certains noms déjà cités sont familiers des scènes marseillaises (Amalia, Timon Imbert…), et que Hip-Hop Society offre une large place à la scène locale, sont invités pour cette édition plusieurs auteurs et auteures phares issu·e·s de la région Mena (Algérie, Maroc, Palestine, Liban) en partenariat avec SOS Méditerranée. On applaudira ainsi Tif et sa nostalgie joyeuse, Khtek (« ta sœur » en marocain) qui porte haut les couleurs du rap au Maroc et s’impose comme la « patronne » du hip-hop de son pays dans le classement des BBC Women 2020 avec une liberté vivifiante, Mehrak, rappeur et freestyler palestinien qui a trouvé dans le rap le moyen de conserver ses racines et son identité alors qu’il vivait dans le camp de Yarmouk en Syrie, Thawra qui puise dans son art multiple un support de guérison et le vecteur de sa colère, elle qui a dû quitter sa Syrie natale pour Amsterdam. Le rap se fait politique tout autant que véhicule d’émotions.

De la danse

Avec DJ Selecter The Punisher aux platines, pilier de la scène groove et collectionneur de 45 tours funk soul, une initiation danse hip-hop est proposée par Boogalock et Nath The Bat Piste.Avant une session open mic animée par MC MRbenoitD. Irrésistible pour les pieds et les corps, l’alliance du funk et du classic hip-hop vont vous donner une furieuse envie de bouger !

Le 30 avril voit une battle de danse qui promet d’entrer dans les annales. Elle met en compétition quatre catégories, enfants, ados, adultes (trois danseurs minimum, pas de maximum, sur une chorégraphie d’une durée de deux minutes trente minimum) et duos (adultes uniquement). Ce concours chorégraphique et battle hip-hop sont sujets à des pré-sélections au studio d’Accrorap à la Friche. 

À la jonction des arts

Des journées de résidences coachées par Dj Djel dans les studios de l’AMI conduisent sur la scène du Labobox en compagnie de l’équipe Shabba Radio, Remplissage Électrique et Yuuki. Un son suffisamment agressif permet de « remplir un graffiti en peu de temps » : les gestes suivent le rythme intense de la musique, les percussions cinglantes et les samples profonds effectuent des « remplissages électriques ». Déjà consacré comme star iconique, Yuuki associe à sa créativité une connaissance aigue des genres et des styles avant-gardistes pour en extraire un « contenu frais et dans l’air du temps ». Les musiques émergentes trouvent un écrin particulièrement judicieux avec Shabba Radio qui n’oublie pas pour autant les musiques traditionnelles et le talent des histoires.

Focus sur les studios de l’AMI

Outre l’atelier « Parle-moi du futur » animé par le rappeur Awa Isoa qui soutient de jeunes artistes dans leur travail d’écriture, les garages à l’AMI offrent grâce à Dj Djel (de la Fonky Family) des semaines de coaching scénique. Une autre résidence sous la double direction artistique de El Rass et Imhotep (IAM), propose une création qui associe deux artistes émergents de Marseille et de Tripoli. Une initiative qui s’inscrit dans le cadre du projet Inshirar, en coopération avec l’association Rumman (Tripoli-Liban), qui sera présentée en 2024 au Maarad Music Festival (Tripoli) et à Marseille dans le cadre de la prochaine édition de Hip-Hop Society

MARYVONNE COLOMBANI

Hip-Hop Society
Jusqu’au 30 avril
Friche la Belle de Mai, Marseille
hiphopsociety.fr