mercredi 29 mai 2024
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La guitare voyageuse de Thibault Cauvin 

Inlassable conteur, que ce soit avec les mots ou les notes, le guitariste faisait une halte à Aix-en-Provence dans le bel écrin du Conservatoire Darius Milhaud

Avec son itinéraire d’enfant gâté relaté dans son livre À cordes et à cœur (co-écrit avec François Deletraz), Thibault Cauvin arpente le monde avec maestria, remporte brillamment moult concours internationaux, abolit les frontières, passant d’Astor Piazzolla à Tom Jobim et séduit par son enthousiasme. Il rejoint d’un pas leste la chaise solitaire perdue au milieu du plateau et soudain l’espace se peuple de mondes, de musiques, de rêves et chacun se sent l’âme voyageuse, prêt à découvrir parfums, architectures, peuples, coutumes, lovés au cœur des cartes postales du globe-trotteur qui durant quinze ans a parcouru la planète, ne prenant que des billets simples.

S’accorder au monde

Le jeu fluide au point de faire oublier sa virtuosité aborde le monde, nous conduit de ville en ville, Oulan Bator, Calcutta, Istanbul, conjuguant à la magie des lieux le ton du conte : se profilent les foules animées, la douceur du soir condensée dans un raga, les chevauchées fantastiques de Gengis Khan sur ses chevaux de feu, les rencontres improbables d’un berger dans les coins reculés de montagnes inaccessibles… L’artiste désaccorde sa guitare tout en jouant, la transforme en sitar et nous voici en Inde, puis resserre les cordes et l’on s’évade dans la magie d’autres ailleurs. On croise Tom Jobim, Stéphane Grappelli, Mathias Duplessy, Carlo Domeniconi, Sébastien Vachez. La famille musicienne est mise à contribution : le compositeur Jordan Cauvin, frère de l’instrumentiste, est sollicité pour des arrangements qu’il refuse puis compose, poussé par l’insistance tenace de Thibault qui raconte : « je livre à mon frère des choses disparates et il me renvoie des partitions cinq étoiles ». Naissent sous ses doigts des pépites, une reprise malicieuse de Jeux interditsmon professeur de guitare refusait de faire jouer ce morceau tant il l’avait entendu ânonné et massacré par des générations d’élèves », sourit le guitariste), et une réinterprétation subtile et bouleversante des Trois Préludes de Jean-Sébastien Bach… Avec une pointe de rire dans la voix, Thibault Cauvin réaccorde sa guitare : « j’adore m’accorder, je pourrais faire tout un concert en ne faisant que ça ! ». Même les moments passés au réglage des cordes sont musicaux et prétexte aux mots ! Les légendes familiales se tissent : l’enfant Thibault demande un jour à son père, le compositeur et guitariste Philippe Cauvin, de lui composer le morceau le plus difficile de du monde. L’hyperbole souligne les mythologies personnelles, colore les vagabondages de la guitare. Inépuisable charme des histoires…

MARYVONNE COLOMBANI

Concert donné le 20 février au Conservatoire Darius Milhaud, Aix-en-Provence.

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