mercredi 24 avril 2024
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L’Astronef : un Ovni à Marseille

Installé au cœur du centre hospitalier Édouard Toulouse dédié à la santé mentale, le théâtre de l’Astronef propose toute l’année des ateliers, résidences et spectacles à destination de tous les publics. Entretien avec André Péri, comédien, infirmier psychiatrique et co-directeur du théâtre

Un théâtre au cœur d’un hôpital psychiatrique ce n’est pas banal. Comment est né ce projet ?
L’hôpital se construit en 1962, et tout de suite se met en place une compagnie de théâtre, le Couffin d’Édouard, qui associe le personnel de l’hôpital (soignant ou non), les patients et des artistes : l’idée est de soigner les gens par un retour à la société, ce que l’on appelle la sociothérapie, et l’art est un des moyens de la mettre en place. Ce système a duré jusque dans les années 1980, puis ça s’est essoufflé. Quand je suis arrivé dans les années 1990, avec ma double formation de comédien et d’infirmier psychiatrique, j’ai souhaité relancer ce projet. Nous avons travaillé avec le Théâtre Off [ancien théâtre sis au Vieux-Port de Marseille, ndlr], en lançant des ateliers où sont nés des spectacles, qui ont ensuite tourné dans les hôpitaux, les maisons de retraite… Puis, en allant plus loin et en mélangeant comédiens professionnels, patients et soignants, nous avons joué au Théâtre Off, à La Criée, et au Festival d’Avignon… Mais le temps passe, les gens changent, et ça a été difficile de se redynamiser après cette expérience… jusqu’en 2021, où nous avons pleinement relancé le théâtre [hors période Covid… ndlr], avec Clément Goguillot, Marie Laigneau-Bignon et beaucoup de gens autour de nous, c’est un collectif.  

Que sait-on, scientifiquement, de l’impact d’une pratique artistique sur le parcours de soin ?
Scientifique n’est pas le bon mot. Il y a des velléités de soigner la folie par des moyens modernes qui reviennent régulièrement – et celle-ci est à la mode en ce moment… Ce que l’on sait en revanche, c’est que travailler la psychothérapie institutionnelle et la sociothérapie a un vrai impact sur le quotidien des patients. La pratique artistique, c’est un moyen d’expression, d’aller vers l’autre, faire avec l’autre. Un mélange se fait, sans étiquette.

Du mélange et de la création artistique, c’est justement ce que vous faites avec le spectacle Le Monde de Don Quichotte, en cours de création à l’Astronef (à découvrir les 1er et 2 juin).
C’est la première création made in Astronef, en collaboration avec L’Officine théâtrale Barbacane, et soutenue par la Drac et l’Agence régionale de santé. Nous sommes en train de le mettre en place avec des ateliers théâtre en direction de tous les publics. Un premier avec des comédiens amateurs, débutants ou non, et un autre avec des patients et des soignants. À terme, on va les mélanger pour créer le spectacle. Il y aura aussi des ateliers de cirque, de scénographie, de musique – où les participants fabriqueront leurs propres instruments. Ce spectacle sera une déambulation dans le centre hospitalier à la rencontre du personnage de Don Quichotte.

Le théâtre assure aussi une programmation tout au long de l’année. Comment la construisez-vous ?
Tout d’abord on évite de faire quelque chose de trop ciblé, trop « psy » : on va voir des pièces et on marche au coup de cœur. On accueille par exemple la Compagnie Thespis et son spectacle L’Iliade – accessible aux amoureux d’Homère comme aux ados – que l’on a découvert cet été à Avignon (13 avril). Le 17 février on a La piqûre du taon de la compagnie Hangar Palace qui nous fait un vrai délire – on est au bon endroit pour ça – autour de Socrate. On a aussi un partenariat avec La Criée : le 1er mars avec Midi nous le dira, un spectacle autour du foot féminin, puis avec Nos Héroïnes que l’on accueille le 3 mai.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR NICOLAS SANTUCCI

Théâtre de l’Astronef
Centre hospitalier Édouard Toulouse
Marseille
astronef.org
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