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Le Western imaginaire de Cathy Escoffier

Conçu à l’occasion d’une résidence artistique au Moulin à Jazz à Vitrolles en 2025, la pianiste marseillaise présente un nouvel album en forme de conte enjazzé, entremêlant récit parlé et plages musicales

« Du fait de mes origines italiennes, je suis une fan de Sergio Leone et du western spaghetti, en particulier de la psychologie des personnages, qui ont souvent comme un sens de la justice intérieure ». Le répertoire d’Ennio Morricone est d’ailleurs une source d’inspiration pour certaines compositions de Cathy Escoffier, en particulier sur le titre éponyme. Il commence comme une marche lancinante pour aller vers une cavalcade endiablée aux accents symphoniques, après un solo de piano fondant de délicatesse de la leadeuse, qui passe ensuite aux accords acidulés du Fender Rhodes. Les arrangements de l’octet réuni sur le disque, confiés à Christophe Dal Sasso, esquissent les portraits des personnages qui se succèdent au fil des plages, avec des contradictions soulignées par des délicats traits d’orchestre ou des échanges révélateurs de conflits intérieurs.

Le mercenaire et la justicière

Le premier titre, Proverbe amérindien, est construit autour d’une mélodie originale amérindienne. Quand il s’agit de tirer le portrait de Harry le mercenaire, c’est dans le métal progressif du groupe Messhuggah qu’elle a puisé son inspiration, un peu à la manière d’un Tigran Hamasyan, non sans partir d’une clave aux contours latins, sur laquelle se pose, dans une séquence éthérée, un fondant solo de clarinette, comme révélant la sensibilité d’un personnage faussement dur. Les morceaux sont d’ailleurs conçus pour exister indépendamment du texte.

« Dans notre société, on est un peu comme dans un western : on doit se tenir à nos principes. » Conçu dans une période de sa vie où le monde est bouleversé par la guerre en Ukraine, les conflits sociaux en France, et où sa propre vie devient un combat suite à des bouleversements dans sa vie familiale, elle conçoit le portrait de Serket, la justicière égarée comme une pièce autobiographique. Sur cette composition douce et angulaire, la flûte de Dal Sasso émerge comme un charme envoutant, et la pianiste déroule des accords d’une tendresse infinie. C’est d’ailleurs le dessinateur Laurent Pascal, concepteur d’un roman graphique de douze pages inspiré du récit écrit par Cathy Escoffier, qui a suggéré à cette dernière de renouer avec ce nom de justicière. Signalons qu’elle est signataire d’une tribune récente contre les violences sexistes et sexuelles encore trop présentes dans le milieu du jazz.

LAURENT DUSSUTOUR

Un Western imaginaire, de Cathy Escoffier

Le Mouton Atonal

Avec : Christophe Dal Sasso – flûtes & arrangements ; Chloé Cailleton – voix & narration
Thomas Savy – clarinettes ; Cécile Hardouin – basson ; Camille Lebrequier – cor d’harmonie ; Mathias Allamane – contrebasse ; Karl Jannuska – batterie


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