vendredi 12 avril 2024
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Les chiens

Dans un texte d’une vérité redoutable, publié par Mediapart, Nicolas Mathieu, prix Goncourt 2018, pointe l’indécence du coup de force ordonné par Emmanuel Macron pour imposer sa réforme des retraites. « Savez-vous quelle réserve de rage vous venez de libérer ? », demande-t-il au président de la République. Les manifestations spontanées en réaction à l’annonce du 49.3 de trop ne sont pas un dernier coup de sang de contestataires radicalisés mais la réponse légitime d’un peuple majoritaire face à une meute dirigeante qui incarne, de la manière la plus cynique, la réalité de la lutte des classes au XXIe siècle. Une caste politique et économique qui s’acharne à dépecer le pacte social tels des charognards dont la bave souille, à chaque coup de crocs dans les oripeaux démocratiques, nos espoirs d’humanité. 

Les générations que l’on voudrait condamner à travailler jusqu’à 64 ans refusent de courber l’échine devant un monarque orgueilleux pour lequel de maigres troupes s’abaissent à monnayer un soutien.

Les yeux dans les yeux

« Savez-vous qu’ils vont mourir un peu plus et de votre main et qu’ailleurs, l’argent coule à ne plus savoir qu’en faire ? », interroge encore avec clairvoyance l’écrivain. Celles et ceux qui vont mourir par le fait du prince ne le saluent pas, elles et ils luttent parce qu’elles et ils sont dignes. 

Et si les images de la colère choquent et scandalisent les bourreaux, qu’ils sortent des palais du pouvoir pour justifier leur propre violence. Qu’ils osent, les yeux dans les yeux, argumenter en faveur de leur outrage « républicain » face aux êtres que leurs lois abîment, aux familles qu’elles pressurent et aux jeunes qu’elles privent d’illusions.

« Avez-vous pensé au boulevard que vous avez ouvert devant ceux qui prospèrent sur le dépit, la colère, le ressentiment ? », alerte enfin Nicolas Mathieu. Ce boulevard est celui sur lequel le pouvoir actuel laisse consciencieusement s’entasser ses réformes ordurières dont l’odeur pestilentielle encourage les basses œuvres de l’extrême droite. Prenant le risque qu’aux chiens succèdent les rats.

LUDOVIC TOMAS

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