vendredi 1 mars 2024
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Les grandes traversées de Hamdi Dridi

Le chorégraphe Hamdi Dridi présentait OM(s) de Ménage au Théâtre Jean Vilar dans le cadre la saison de Montpellier Danse, une toute nouvelle création à la croisée des chemins

Cette dernière création de Hamdi Dridi, installé avec sa Cie Chantiers Publics à Montpellier depuis 2005, témoigne d’un travail de recherche en dehors des sentiers battus autant que d’une envie de donner corps à ce qu’il appelle « l’être ensemble ». Sur scène : deux femmes et deux hommes. Des corps qui interrogent. Ils portent des foulards colorés sur la tête, leurs habits font penser à des vêtements de travail, tout en restant assez difficilement identifiables. Ils esquissent quelques pas. Les gestes sont répétitifs, se rapprochant parfois du sol. Mais pourquoi faire ? La finalité importe peu. Le spectateur se surprend surtout à trouver le corps qui danse intensément musical. Les mains, les bras, les pieds… La percussion de ces derniers amplifie la rythmique sur un plateau en résonance. Les quatre danseurs le traversent en tous sens, plus ou moins lentement, plus ou moins coordonnés, plus ou moins seuls. Métissée, la chorégraphie puise sans complexe dans la danse contemporaine, le hip hop et les danses traditionnelles.

L’homme qui danse

Les pas s’échappent des styles, s’évadent en dehors de frontières définies, scandent leur propre mélopée en se jouant des répétitions. Les danseurs s’arrêtent. C’est la fin. Vraiment ? Non, seulement un leurre, celui du silence soudain et des gestes temporairement figés. C’est là que la traversée commence vraiment. La transe prend forme, s’amplifie, prend encore plus de libertés. Les gestes sortent de leur contexte, le mouvement commence et s’interrompt quand on ne s’y attend pas. Tout comme la batterie jouée en live par l’un des artistes. Pourtant, la ritournelle deviendrait presque lassante si Hamdi Dridi ne s’était pas lancé dans un solo à ce moment-là. Tout prend sens en un phrasé. L’écriture chorégraphique, la rythmique obsessionnelle, l’élan des corps. Le chorégraphe-danseur ondule, saute, scande son langage gestuel inspiré des gestes ouvriers avec volupté, nous emportant avec lui. Il est l’homme qui marche, l’homme qui danse, l’homme qui fait le ménage, une particularité partagée (certes à différents niveaux d’équité) par la grande majorité des humains de la planète si on y réfléchit bien. À travers cet artiste, dont le parcours relie avec talent Tunisie et France, tout devient transhumance entre les continents, les cultures, les frontières.

ALICE ROLLAND

OM(s) de Ménage a été présenté les 11 et 12 janvier au Théâtre Jean Vilar dans le cadre la saison de Montpellier Danse
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