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Glenn Ligon : les mots pour le peindre

À Nîmes, le Carré d’Art présente la première exposition personnelle en France de l’artiste américain Glenn Ligon. Panorama d’une œuvre politique

Les stores autour du hall du deuxième étage du Carré d’Art sont relevés. Le bâtiment va fêter ses trente ans l’année prochaine, et la monographie consacrée à Glenn Ligon est en quelque sorte, aussi, un hommage à son architecture, l’une des créations phare de Norman Foster. Son directeur Jean-Marc Prévost a choisi de laisser la série de néons peints « America » jouer sur les reflets des parois de verre, magnifiant l’espace en l’émancipant de sa fonction de white cube. Déclinaison des sept lettres en capitales lumineuses, détourées en noir ou blanc – ou points rouges pour l’installation présentée à l’entrée. À lire en miroir, (Ruckenfigur, 2009) comme si nous étions derrière le néon. Le Newyorkais, né en 1960, dit s’être inspiré du célèbre tableau Le Voyageur contemplant une mer de nuages de Caspar David Friedrich. Ainsi, AMERICA (plus de 3 mètres de haut) se découvre comme si ce mot, avec toute l’histoire et les symboles qu’il porte, se tournait pour contempler… le mur. Et nous serions là, spectateurs de ce destin clinquant et lumineux, qui va droit dans l’impasse. Double America (2012) se reflète lui-même, blanc sur noir, fragile Narcisse, et le dernier (Untitled, 2008) clignote, désuète enseigne, disque rayé, adoré, trop entendu.

Force sourde

Glenn Ligon joue avec les mots depuis ses débuts. Emprunter ceux des autres, les sortir de leur contexte, les contraindre à exprimer autre chose ou souligner le sens sous-jacent qu’ils diffusent : dans ses toiles couvertes de lettres où l’encre dégouline des contours des pochoirs qu’il utilise, où la peinture donne du relief, où le traitement sérigraphique crée une troisième dimension, c’est une réflexion sur la place du Noir, du déclassé, de l’homosexuel qui est à l’œuvre. Le titre de l’exposition, Post-Noir évoque sa volonté de se situer en dehors de ce qui enfermé, en particulier le fait même justement d’être noir. Noir, il l’est, homosexuel aussi, et l’une des figures qui le nourrissent est l’écrivain James Baldwin. Le Carré d’Art présente la dernière pièce de sa série Stranger, qui reproduit l’intégralité de l’essai publié en 1953, Stranger in the village. Sur près de vingt mètres de long et trois mètres de hauteur, ce texte, issu de l’expérience de l’écrivain qui s’était retrouvé seul noir dans un village suisse où jamais aucun n’était passé, claque sur la rétine. Vibrants, les caractères (au pochoir, toujours, partiellement recouverts de poussière de charbon) apparaissent ou se fondent sur la toile. Une vague qui submerge, lisible autant qu’illisible, d’une force sourde. Elle est éclatante dans toiles de la série Coloring : l’artiste a donné à des écoliers des illustrations de figures « typiques » afrocentrées des années 60-70, qui les ont coloriées. Agrandies, réinterprétées sans se départir de la liberté du geste enfantin, les images sont chargées d’une joyeuse subversion qui balaie la médiocrité des messages d’origine.

ANNA ZISMAN

Post-Noir, Glenn Ligon 
Jusqu’au 20 novembre
Carré d’art, Nîmes
carreartmusee.com
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