dimanche 25 septembre 2022
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Terre en vue à la Villa Datris

La Fondation Villa Datris s’affiche en tête de proue de l’engouement grandissant autour de la céramique : une centaine d’artistes y sont exposés dans une réjouissante profusion

Happée par l’œuvre de Jean-Baptiste Bernadet, une voix émue surgit de derrière notre dos : « C’est magnifique, hein ? ». Danièle Kapel-Marcovici, fondatrice et présidente de la Fondation Villa Datris, s’émerveille et partage. Cette générosité si sincère donne à chacune des expositions annuelles qu’elle présente une saveur bien particulière. On entre autant dans l’univers des artistes et des thématiques choisi·e·s que dans la sensibilité toujours très fraiche de cette entrepreneuse passionnée de sculpture contemporaine.

Untitled, (Sign, 2019), donc. Un disque d’un mètre de diamètre, pierre de lave émaillée aux couleurs irisées, aux pleins et creux qui pourraient être la carte d’un monde sans lieux. Un organisme en mutation, quelque chose qui pulse, se développerait dans un ralenti que l’œil chercherait à attraper. C’est bien cet effet très archaïque, provoqué par la matière terre et l’élément feu, qui est convoqué dans Toucher terre. Art ancestral dont les artistes se sont saisis à pleines mains, courant atemporel qui semble pourtant réunir cet été les aspirations des curateurs, tant les expositions mettent la glaise cuite à l’honneur en 2022.

Urgence

LINDNER Claire, The Fall © photo Bertrand Hugues

À la Villa Datris, cent trente-cinq pièces sont présentées, en six thématiques (matière en mutation, fragile, vivante…), provenant de la collection de la Fondation ou prêtées. Pas de hiérarchie entre les cent trois artistes ; Caroline Achaintre, Picasso, Léger, Johan Creten, Théo Mercier, Penone, Barthélémy Toguo côtoient des noms moins connus, et les œuvres dialoguent parfaitement entre elles. On retrouve avec bonheur le très pertinent Antoine Renard – vu récemment au Crac de Sète – et son interprétation en impression 3D de La Petite Danseuse de quatorze ans de Degas (Impressions, après Degas, 2020). Les couches produites par l’imprimante (céramique, émail), les accrocs, la couleur de la terre (dégradé d’ocres), transforment le modèle en une sorte de momie parfumée – l’artiste utilise des fragrances dans nombre de ses travaux. La fillette a perdu son tutu et sa natte. C’est un corps, un fantôme (de l’histoire de l’art) qui continue de questionner.

Autre corps, tout en veines aux couleurs chatoyantes, Frère Javel (2010) de Michel Gouéry. Incroyable de technicité, c’est un écorché contemporain, homme creux devenu concrétions, revenu d’une Atlantide oubliée.

Parmi toutes les œuvres présentées, les deux pièces de Rodolphe Huguet portent la plus grande charge politique. Pièges à rêves (2018) est un morceau de grillage où des empreintes de doigts (en terre cuite) s’agrippent ; percutant. Sans titre (WARchitecture, 2017-18), une valise éventrée ceinte de tuiles fondues, maison de fortune, porte toute l’urgence de notre monde qui s’enflamme.

ANNA ZISMAN

Toucher terre 
Jusqu’au 1er novembre
Fondation Villa Datris, L’Isle-sur-la-Sorgue
04 90 95 23 70 fondationvilladatris.com
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