Le roman commence par une rencontre dans la rue en juin 2024 : devant l’immeuble de son psychanalyste, un inconnu, Joachim, demande à Félix d’écrire son histoire car lui-même, pourtant écrivain, n’arrive plus à produire. Jouant le jeu, Félix nous embarque à sa suite dans un récit fait de retours en arrière qui éclairent des pans du passé, expliquent le présent, analysent les vies amoureuses, les relations familiales…
Joachim, en couple avec Lucie, est devenu père en septembre 2018. Très angoissé par cette responsabilité – « On ne devient pas père, comme ça, en claquant des doigts » – il avait téléphoné à son frère ainé, Nathan, psychanalyste, père de deux enfants, qui le rassure : c’est normal que son frère soit stressé par la paternité surtout quand on appartient à une famille juive, non pratiquante, socialiste de longue tradition, que la question de la judéité a toujours interrogé.
Jeu de miroirs
Félix Moatti, lui-même juif d’origine tunisienne, présente avec beaucoup d’humour les traditions juives qui s’opposent à celles des goys. Joachim traite sa femme d’antisémite quand elle refuse la circoncision pour leur fils ; pourtant il pense qu’il n’a de juif que « ce prépuce ôté » qui lui a fait faire des cauchemars et se sent totalement français. En revanche son cousin d’une famille scrupuleusement pratiquante ne cherche qu’à partir en Israël pour retrouver ses origines et lui reproche d’être « plus français que les Français. »
On soupçonne Félix Moati d’avoir puisé son inspiration dans son entourage et l’actualité, de s’être observé dans un miroir déformant et d’avoir mélangé les images. Si, selon sa confidence, l’expérience de la paternité est à l’origine de son écriture, son sens de l’observation, son humour réjouissant et son intérêt pour le rôle des rencontres dans la vie nourrissent personnages et anecdotes avec la fantaisie des imprévus. Cependant, sous les cocasseries, surviennent les drames engendrés par les problèmes religieux et politiques mis en évidence par le voyage de la famille à Jérusalem pour des obsèques. Ainsi Félix Moati livre un récit attachant et sensible sous une enveloppe désinvolte.
CHRIS BOURGUE
Voir clair de Félix Moati
Éditions de l’Observatoire - 22 €






