jeudi 1 décembre 2022
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Les voix de la lutte et de la transmission

Qu’ils évoquent les traditions populaires du Sud de l’Italie, la résistance vigneronne dans le Languedoc ou la poésie perse, les artistes à l’affiche du festival De Vives Voix nourrissent notre humanité.

Alors qu’un rejeton du fascisme accède au pouvoir en Italie, des voix, d’autres voies, résonnent dans l’auditorium de la Maison du chant. D’abord avec la joyeuse bande de La Buonasera, venue célébrer la sortie de son quatrième album, Piazza Aperta (lire notre article). Une place ouverte au brassage des traditions orales du répertoire chanté de la moitié sud de la botte italienne. Au chant et aux compositions originales Xavier Rebut qu’accompagne la voix baladeuse et le tambourin de Germana Mastropasqua. Villanelles, sérénades et autres sont jouées avec grâce par un trio de musiciens composé d’Anne-Sophie Chamayou au violon, Maïeul Clairefond à la contrebasse et Sébastien Spessa (Marsapoli, ex-Còr de la Plana) aux guitares. Nous plongeant dans le bouillonnement des rues d’une Italie populaire et métissée, La Buonasera livre le récit vivant et vivifiant d’un art de vivre et de partage universel, que ses experts en collectage restituent pour le pérenniser. Dans le même esprit de transmission d’un patrimoine populaire, A Vuci longa nous emmène dans les campagnes siciliennes. Trio vocal féminin réunissant Oriana Civile et Catherine Catella autour de Maura Guerrera (Les Dames de la Joliette), la formation explore la polyvocalité des paysannes de la province de Messine, sur l’île italienne, dont les journées rythmées par le travail dans les champs libèrent les humeurs et les sentiments. De chants à une, deux voix ou plus qu’elles ont décortiqués à partir de rares enregistrements, les chanteuses travaillent à l’assemblage complexe de timbres élégamment nasillards et d’amplitudes vocales qui se confrontent et dont l’harmonisation provoque une puissance tellurique. Et avec quelle maîtrise ! Bonifiée par une interprétation a cappella et sans sonorisation.

Avec les vignerons de l’Aude
« Viure e trabalhar al país » (Vivre et travailler au pays). C’est la seule exigence des vignerons et leurs familles qui, quinze années durant, ont milité au sein des Comités d’actions viticoles, dans l’Aude. Une aventure sociale et humaine que Marie Courmes (La Mal Coiffée) et Laurent Cavalié ont reconstruite en un « spectacle-veillée », à travers chants, poèmes et témoignages. Du collectage pour un recollage d’une histoire de résistance et de dignité, encore vivace dans la mémoire des protagonistes toujours vivants de cette époque pas si lointaine (1961-1976).  Originaires du même territoire, les deux artistes ont décidé de ne pas laisser se dissoudre le souvenir de cette lutte violente et inventive, dans une histoire officielle et institutionnelle qui n’a été que mépris et instrumentalisation à l’égard de ces hommes et femmes de courage et de valeur. Puisant dans le répertoire de Laurent Cavalié mais aussi dans la poésie occitane de Claude Marti, lui-même acteur du mouvement, le récit est truffé d’épisodes littéralement épiques. Ici, l’arrestation d’un manifestant qui déclenche le rassemblement de dix-mille personnes outillées de torches devant la gendarmerie. Là, des rails et des camions citernes détruits à l’explosif. Ou encore cette opération d’une ingéniosité folle, à peine croyable, qui consistera à faire disparaître toute indication routière au moment du chassé-croisé des vacanciers de l’été puis à bloquer l’axe principal pour que la cohorte d’automobilistes en direction de la sacro-sainte plage se perde et s’entasse sur les voies sinueuses et étroites du massif des Corbières. Échappée enjouée du spectacle, une narration par Marie Courmes d’un apéro chez un habitant qui se transforme en fête interminable où villageois·ses et vendangeurs espagnols mettent en acte l’utopie concrète de la solidarité ouvrière, par-delà les nationalités. Comme souvent avec Cavalié et sa complice de La Mal Coiffée, les histoires les plus authentiques n’ont pas besoin d’artifice pour transporter et émouvoir : des textes emplis d’humanité et un instrument sans nom, le « Padenou ». Inventé par le luthier Camille Paicheler et Laurent Cavalié, il ne comporte que trois cordes en boyau et permet de jouer la percussion tout en développant un jeu de basse à la fois rythmique et mélodique. L’absence de frette permet quant à elle de choisir la hauteur de la note, celle qui convient à la voix comme à la couleur modale de la chanson.

L’Iran au cœur
Si elles ne sont pas explicitement lisibles sur les partitions, une forme de lutte et d’espérance s’immisce dans les silences, les respirations, les effluves et entrelacs perso-méditerranéens du Souffle des roses, l’épopée musicale guidée par la chanteuse Françoise Atlan et la musicienne Shadi Fathi. Un des moments les plus exaltants de cette 18e édition du festival De Vives Voix. Par l’excellence des interprètes, la portée de leur message artistique et l’intensité du témoignage de la soliste franco-iranienne, Shadi Fathi, de retour de d’Iran où elle vécut de l’intérieur, géographiquement et personnellement, les jours qui construisent quelle qu’en soit l’issue, l’Iran de demain.

LUDOVIC TOMAS 

Le souffle des roses a été joué le 17 octobre à la Cité de la Musique, La Buonasera s’est produite le 22, A Vuci longa le 30 tandis que N’I A Pro a été présenté le 28, à la Maison du chant, à Marseille
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