Soleil rayonnant, ciel bleu, plage, graffiti : « Welcome to Marseille ? Nique Paris ». Le décor est planté dès le plan d’ouverture. Nul doute, nous sommes bien dans la Cité phocéenne, plus exactement au Bain des Dames, petit bout de plage proche de la Pointe Rouge. C’est dans cette ambiance de vacances qu’une bande de copines septuagénaires marseillaises se retrouve pour profiter de la chaleur de l’été et discuter. Leurs accents chantants plongent l’auditoire dans une série de chamailleries et de conversations qui traversent les âges. Pour sa première réalisation, Margaux Fournier livre une fresque, forcément non exhaustive, de Marseille, de ses habitantes et de leurs singularités. Si au départ, elle imaginait ce projet simplement pour internet, elle ne mesurait pas encore l’ampleur que prendrait Au bain des dames.
Une success story à la plage
En juin, alors en repérage sur les plages marseillaises, Margaux Fournier fait la rencontre de ce groupe et découvre chez elles des personnalités presque fictionnelles. Ni une ni deux, l’évidence est là. Si certain·es réalisateur·ices mettent des années à écrire, la réalisatrice marseillaise travaille quant à elle dans la spontanéité. Très vite, le projet naît au détour du hasard de cette rencontre.
À travers son visuel coloré, la plage s’impose comme un décor évident, évoquant à la fois des souvenirs d’enfance mais aussi symbole d’un espace réflexif où les corps sont de fait exposés. « La plage est un lieu où l’on est particulièrement vulnérable. On est presque nu, on dort, on se laisse aller. »
Vieillir sous le soleil
À coup de verve, la bande de copines parle de tout et de rien : de leurs corps, d’amour, de sexualité, du temps qui passe. « Je ne veux pas que ça dure, je n’ai pas envie de m’attacher », confie l’une d’entre elles en parlant d’un homme qu’elle a rencontré sur internet. Comme si, finalement, d’une tranche d’âge à l’autre, les conversations avaient peu changé.
Loin de livrer une vision faussement optimiste du vieillissement, la réalisatrice tisse une toile sensible et complexe autour de l’âge : la violence du regard social, les complexes, mais aussi la joie de vivre. « Vieillir n’est pas facile, et on ne peut pas demander aux femmes d’aimer chaque partie de leur corps. » Des corps parfois traversés par des violences et une génération marquée par le silence d’avoir été victime.
La caméra laisse une place importante à la parole. Au fil des séquences, le film prend une dimension politique autour du corps des femmes, du vieillissement et de leur place dans l’espace public. À l’heure où le cinéma manque encore de représentations de la vieillesse, Au bain des dames expose des portraits sensibles : des visages, des corps, des expressions qui n’ont rien à envier à d’autres. Un premier pas dans le monde du cinéma prometteur pour la réalisatrice marseillaise.
CARLA LORANG








