mercredi 17 avril 2024
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Music & Cinema : une ouverture, coup de poing

Le rendez-vous marseillais s’est ouvert ce 1er avril à Artplexe, avec notamment la projection d’un premier film : Dissidente, de Pier-Philippe Chevigny

C’est dans la salle-amiral de l’Artplexe, comble pour l’occasion, que s’est ouvert ce lundi de Pâques le festival Music et Cinéma (MCM), marseillais depuis trois ans déjà. 25 ans d’existence : des noces d’argent, symbole d’une relation durable au socle solide. Un anniversaire commenté avec l’accent canadien par la pétillante et irrésistible maîtresse de cérémonie, venue de Montréal, Geneviève Venne. Puis, en duo, par la déléguée générale de MCM, Gaëlle Rodeville et le président d’Alcimé, Jacques Sapiega. Intervention de Jean-Marc Coppola, adjoint à la Culture. Présentation du foisonnant programme, des jurys, rappel des rendez-vous, remerciements et expression d’une légitime fierté rétrospective pour avoir rendu possibles tant de confluences « cinémato-musicales » depuis tant de temps.

Si le film de la soirée, Dissidente de Pier-Philippe Chevigny projeté en sa présence, ne donnait pas beaucoup de place à la musique, il s’inscrivait dans la veine humaniste, sociale et politique, chère au festival. Premier long métrage du réalisateur québécois, un vrai coup de poing qui nous a laissés KO !

Dissidente : qui rompt avec une autorité établie. Synonyme : insoumis, révolté, rebelle. La dissidente, c’est Ariane (Ariane Castellanos) qui revient dans son milieu d’enfance où elle commence un emploi de traductrice espagnole pour une entreprise québécoise employant des ouvriers guatémaltèques. Comme la jeune femme, suivie au plus près par la caméra, nous voilà plongés, dans un univers impitoyable que nous découvrons à ses côtés. Immersion dans la violence de l’exploitation au travail. Gestes répétitifs et harassants de l’ensilage, heures supplémentaires imposées, droits élémentaires déniés. Ces hommes, venus là dans le cadre d’un programme d’immigration saisonnière, ne savent pas ce qu’ils ont signé, ne maitrisant pas la lecture. Ils sont surveillés, menacés par les chefs et même exploités par leurs propres collègues. Ariane doit payer ses dettes pour sauver sa maison, et comme ces travailleurs, elle est prise dans un étau, soumise au chantage du licenciement. Au départ, elle obéit  à son chef à l’oreillette greffée sur l’oreille, un de ses anciens collègues d’apprentissage, « une des brutes de l’école, devenue directeur d’usine !», lui  même astreint à la logique du rendement, des actionnaires et du système capitaliste.

La conscience d’Ariane

Peu à peu, Ariane prend conscience, essaie de faire changer les choses, de soulager les corps meurtris en modifiant l’organisation du travail. Elle se rapproche de ces hommes, invitée à leurs fêtes, initiée à la musique de son père, guatémaltèque comme eux, qu’elle n’a pas connu. Et un jour, tout comme dans La Promesse des Frères Dardenne, un accident fait craqueler  le système : un ouvrier sommé de se remettre au travail, alors que son corps est meurtri, absorbe des cachets anti douleur pour tenir le coup. Trou dans l’estomac, vomissements de sang, des soins très douloureux et un lien qui le raccroche à la vie : les mains d’Ariane tentant de l’apaiser. Une scène très dure qui fait vivre au spectateur la souffrance de ces nouveaux esclaves.

Ariane Castellanos,tout en retenue,  incarne à la perfection cette femme « dissidente ». On pense à Zita Hanrot dans Rouge de Farid Bentoumi ou à Isabelle Huppert dans La Syndicalistede Jean- Paul Salomé (https://journalzebuline.fr/scandale-nucleaire/)

Ce film sous tension, nourri d’une réalité documentaire, qui s’inscrit dans la lignée de Ken Loach ou des Frères Dardenne ne laissera personne indifférent.

ANNIE GAVA ET ÉLISE PADOVANI

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