vendredi 24 mai 2024
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Nelson Goerner l’enchanteur

Nelson Goerner: un triomphe à La Roque d'Anthéron

Deux concertos de Rachmaninov dans la même soirée, même pas peur ! L’immense pianiste Nelson Goerner interpréta les Concertos pour piano et orchestre n° 3 et 4 du compositeur russe aux côtés du Sinfonia Varsovia avec la puissance et la verve poétiques qui lui sont propres 

Une annonce en début de concert précisait le changement de programme : l’ordre chronologique serait bouleversé et le quatrième concerto précèderait le troisième, cette apogée du romantisme.

Certes, le quatrième concerto en sol mineur, est d’une facture très intéressante, se détache de l’humus romantique, esquisse de nouvelles voies, répond à des inspirations multiples, se fait l’écho des ébauches écrites en Russie (Rachmaninov le créera en 1927 à Philadelphie aux USA) et pourtant il est d’une grande sobriété par rapport aux œuvres précédentes. L’écriture somptueuse de la partition réservée à l’orchestre pour ce concerto mal aimé lui donne la capacité d’un dialogue foisonnant avec le piano. Et quel piano ! Une émotion à fleur de peau, sans excès, d’une élégance bouleversante… L’artiste soliste accorde tout son sens à l’œuvre, en dessine l’ossature, la transcende, alchimie virtuose qui sera mise au service du Concerto n° 3 en ré mineur. En tout cas, on est loin de la critique américaine qui affirmait « l’écriture orchestrale a la richesse du nougat et la partie de piano rutile de mille effets éculés » (in feuille de salle remarquablement concoctée par Marie-Aude Roux) ! 

Le Concerto n° 3 était porté par la verve intelligente de Nelson Goerner dont les mains volent littéralement sur le clavier, emporte l’orchestre dans sa fougue. Ses échanges de regards avec les instruments solistes qui dialoguent avec lui soulignaient l’osmose entre l’œuvre et les musiciens. Les cadences offertes au piano, démentes de difficultés (la première déjà monstrueuse est suivie par une seconde qui est un véritable Everest pianistique !), en laissent goûter toute la brillance. Si le thème initial est d’une allure simple, les superpositions de voix, la complexité de la structure, le tissage aux expansions chatoyantes, la richesse des motifs rythmiques, le foisonnement des variations pianistiques, tout concourt à l’expression d’un lyrisme aux formes multiples, envoûtant dans ses orages comme dans ses danses légères. Le jeu ancré et aérien du poète du piano qu’est Nelson Goerner subjugue, son sens aigu des nuances, ses phrasés signifiants, touchent, bouleversent, transportent, au point que l’on ne sait plus si l’orchestre dirigé avec passion par Aziz Shokhakimov le suit dans la finesse extrême de son interprétation. Les grands élans de l’ensemble suffisent à construire un écrin au sublime. On est submergé par la beauté. 

Alors que Rachmaninov, lors de la première représentation de son œuvre avait été incapable de jouer un bis, présentant ses mains meurtries au public, Nelson Goerner, après deux concertos virtuoses, eut encore la force de faire agir la magie avec le Nocturne n° 20 en ut dièse mineur (opus Posthume) de Chopin, l’essence même de la poésie !

MARYVONNE COLOMBANI

Concert donné le 12 août au parc de Florans dans le cadre du Festival international de piano de La Roque d’Anthéron  

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