mercredi 17 avril 2024
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Nicolas Philibert : des soins de toute beauté 

Présenté à la Berlinale cette année, Averroès et Rosa Parks est le deuxième volet du triptyque du réalisateur consacré à la psychiatrie. Un film qui parle autant des soignés, des soignants, que de la société

Ours d’or avec Sur l’Adamant en 2023, Nicolas Philibert revient à la Berlinale avec son nouveau film, Averroès et Rosa Parks. Le second volet de son triptyque sur la psychiatrie, qu’il nomme lui-même le contrechamp du premier, où il filmait un centre de jour installé sur une péniche dans le centre de Paris : « Il ne fallait pas que le bateau soit considéré comme un lieu isolé. C’est un peu comme si, après avoir filmé ce qui est sur le devant de la scène, je montrais cette fois les coulisses, les soubassements. » 

Il nous emmène pendant plus de deux heures à l’hôpital Esquirol, dans deux pavillons de Paris centre, Averroès au rez-de-chaussée et Rosa Parks à l’étage. Il nous permet de rencontrer une douzaine de patients, des personnes différentes des gens dits normaux ainsi que leurs  soignants. Des rencontres qui peuvent nous surprendre, nous questionner, nous dérouter, nous ouvrir les yeux. Des gens qui n’ont pas de filtres face à la violence du monde, ce qui les fait dérailler. Tel Noé, un professeur très cultivé qui parle près d’une douzaine de langues, qui a eu son premier « pétage de plombs » à 28 ans, en plein burn-out.  

Une image soignée

La caméra bienveillante dePhilibert filme les entretiens individuels où se dévoilent les fragilités, les obsessions, le passé qui a conduit ces hommes et ces femmes à franchir la frontière de la « normalité ». Les soignants ont aussi toute leur place : ils écoutent, questionnent, rassurent, font émerger la parole. « Filmer la parole c’est filmer des visages, des regards, des mimiques, des gestes, des silences, des rires, des hésitations, des raccourcis, des associations, des extrapolations, des manières d’occuper l’espace et d’en ouvrir de nouveaux », explique Nicolas Philibert. Un film sur l’écoute, la nôtre aussi, celle de spectateur enfermé dans la salle de cinéma, plongé dans un univers « un peu flippant, comme un pénitencier » qui peut refléter nos peurs de la solitude, de la maladie ou de la mort, qui nous renvoient à nos propres vulnérabilités. 

En 1996, Nicolas Philibert avait tourné La Moindre des choses sur la clinique psychiatrique de La Borde, nichée dans les environs de Blois : il y filmait patients et soignants qui préparaient la traditionnelle pièce de théâtre du 15 août. Il vient de finir son quatrième film sur la psychiatrie : La machine à écrire et autres sources de tracas où il a accompagné des soignants bricoleurs au domicile de quelques patients, troisième volet du triptyque. Car comme l’explique le réalisateur, « la psychiatrie est une loupe, un miroir grossissant qui en dit beaucoup à la fois sur l’âme humaine et sur l’état d’une société. »

ANNIE GAVA

Averroès et Rosa Parks, de Nicolas Philibert
En salles le 13 mars 
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