Zébuline. L’an dernier, vous avez présenté des longs métrages sur l’émancipation, la quête de la liberté, des films qui repoussent les frontières face à une société étriquée. Quelles thématiques se dégagent pour cette 14e édition ?
Sylvia Vaudano. Il y a dans tous les films un fil, une quête de sens de l’existence, la question du combat pour sortir de toutes les frontières, intimes et autres. Des personnages qui luttent pour la liberté, des héros et héroïnes des temps modernes. Il y a une variété de genres, un biopic, un thriller, un film musical… des films coup de poing qui nous amènent à réfléchir et à rêver quelque chose d’un peu mieux. Le cinéma et la culture, c’est fait pour ça, non ?
La séance de courts métrages était centrée autour des utopies. Est-ce-que l’on retrouve cette thématique cette année ?
Dans le format court, il y a toujours un instantané de nos problématiques actuelles. Des films qui ouvrent de nouveaux horizons, qui ont du souffle et nous emmènent vers un ailleurs. Ils viennent cette année d’Iran, de Bulgarie, de Belgique et de France.
La dernière édition était en octobre 2024, pourquoi cette 14e arrive-t-elle si vite ? Avez-vous réduit le nombre de films ?
En fait on reprend nos dates « historiques » modifiées au moment du Covid pour sauver une édition. Les dates à la rentrée avec un été au milieu c’était compliqué. On a eu le courage de changer cette année, en guettant les films pendant qu’on programmait pour octobre… un vrai challenge ! On maintient le même nombre de séances sauf celle à l’Université qu’on ne peut refaire. Il y a sept avant premières et un inédit.
Pourquoi avoir choisi Mikado de Baya Kasmi en ouverture ?
C’est une cinéaste que l’on suit. On l’avait découverte au festival Court Bouillon avec son court J’aurais pu être une pute – qu’on projettera aussi –, puis avec son premier long Youssef a du sucés, programmé dans notre rendez-vous mensuel du Club nouv.o.monde. On aime bien ce ton léger qui la caractérise. Mikado commence comme un road movie. Une famille qui vit en marge et qui, en panne sur la route, va être accueillie par une autre famille. Toutes leur certitudes vont en être ébranlées. Des problématiques actuelles abordées avec délicatesse.
Un film français pour commencer : quels autres pays sont représentés ?
Une dizaine de pays. Par exemple l’Iran, avec un très joli film de Raha Amirfazli et Alireza Ghasemi, Au pays de nos frères. D’Afghanistan aussi, avec Le diable n’existe pas, un film en trois parties sur des migrants afghans, que l’on suit sur trois générations. Une merveille de réalisation. Il y aura aussi un film irlandais, Kneecap de Rich Peppiatt :une forme déjantée qui soulève une thématique actuelle : la préservation de son identité culturelle avec un groupe de musiciens qui se bat pour pouvoir rapper dans sa langue natale. Une fiction inspirée par le réel, destinée à toutes les générations.
La rencontre avec le public est très importante à nouv.o.monde et les films sont toujours accompagnés. Quel·le·s seront vos invité·e·s ?
On a le plaisir d’accueillir Faouzi Bensaïdi avec un film inédit, Jours d’été, une adaptation de La Cerisaie de Tchékhov. Son cinéma me surprend toujours avec cette virtuosité de mise en scène qu’on lui connait. Une façon de filmer où on sent son appartenance au théâtre.
On recevra le comédien Bruno Raffaelli, qui joue dans Bergers de la réalisatrice canadienne Sophie Deraspe. C’est l’histoire d’un jeune homme qui décide de lâcher son métier de publicitaire au Canada pour devenir berger en Provence. Marielle Gros, productrice et réalisatrice, animera la rencontre avec le comédien et une bergère, qui, pour la première fois, voyait un film aussi juste sur son métier.
Julie Rocton, spécialiste du Sri Lanka, viendra pour Little Jaffna, le superbe film de Lawrence Valin, un thriller dans la communauté tamoule.
La dernière question, toujours la plus difficile : quel est votre coup de cœur ?
Le film iranien m’a bouleversée et les films de Faouzi Bensaidi : il y a un peu de Jacques Tati et quelque chose du cinéma italien (Dino Risi, Ettore Scola…). Je suis sensible à cet humour grinçant… Mais je les aime tous, ces films !
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR ANNIE GAVA
nouv.o.monde
Du 4 au 9 mars
Rousset et Aix-en-Provence
filmsdelta.com/nouv-o-monde
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