mercredi 12 août 2026
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Baroque napolitain avec Emmanuelle Haïm

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© CAROLINE DOUTRE

Après Paris et Londres, Naples s’impose au XVIIIe siècle comme une capitale musicale incontournable. Ses conservatoires attirent les jeunes talents de toute l’Italie, façonnant la tradition baroque qui allait rayonner en Europe. C’est ce voyage dans le temps que nous a proposé le Concert d’Astrée, sous la direction d’Emmanuelle Haïm, avec la soprano Emőke Baráth et le contre-ténor Carlo Vistoli.

La soirée s’est ouverte avec le Concerto à 4 pour cordes N°5 en la majeur de Francesco Durante dans lequel la virtuosité instrumentale se déploie dans un équilibre parfait entre Presto, Largo et Allegro. Le programme se poursuit avec le Salve Regina pour alto et cordes en la majeur de Domenico Scarlatti. L’élégance, le phrasé délicat, et la subtilité du Contre-ténor italien Carlo Vistoli séduisent, même si l’acoustique sans réverbération du Grand Théâtre de Provence se révèle peu favorable aux solos d’œuvres sacrés. L’ensemble instrumental, un peu trop fort, écrase -et c’est dommage- les notes graves de cet artiste d’exception. 

C’est au tour d’Emóke Baráth de monter sur scène pour interpréter le Salve Regina pour soprano et cordes en fa majeur de Leonardo Leo. Le choix de Baráth, au timbre charnu et corsé mais aux aigus, oh combien chatoyants, s’avère particulièrement judicieux dans cette pièce aux accents opératiques et aux éclats lyriques. 

Pergolèse immortel

Après l’entracte, Pietro Antonio Locatelli nous entraîne dans une atmosphère plus sombre avec sa Sinfonia funèbre en Fa mineur, prélude idéal à l’apothéose de la soirée : le Stabat Mater de Giovanni Battista Pergolèse, monument de la musique baroque. 

On aurait pu craindre que la voix de Vistoli soit éclipsée par la puissance de Barath. Il n’en est rien. L’équilibre et la connexion dans les duos sont parfaites en particulier dans le Sancta mater, istud agas de toute beauté.Le contre-ténor excelle dans le très technique Quae moerabat et Barath est spécialement convaincante dans son interprétation du Vidit suum dulcem natum exprimant la souffrance et l’affliction. Depuis l’orgue, Emmanuelle Haïm dirige son ensemble qui, s’il paraît bien sage aux aficionados d’un baroque flamboyant, révéle toute la clarté et la structure -et probablement la justesse historique- de cette œuvre. L’émotion est là, mais toujours contenue, retenue, pudique. Le contraste entre un Quando corpus morietur à tempo lent et l’éclatant Amen fait cependant vibrer, en apothéose, la dimension dramatique et spirituelle de l’œuvre.

Lors du bis, le public quitte Naples avec deux duos du maître Haendel : le premier, tiré de La Résurrection et composé à Rome, le second, extrait d’Esther et écrit à Londres. Ils rappellent combien la circulation des artistes et des œuvres en Europe a nourri la richesse du baroque. 

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le Concert s’est déroulé le 22 novembre au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence.

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Un Français comme les autres

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© X-DR

Un Français comme les autres (ou Bleu + Bleu = 4) est un seul en scène présenté par la Cie Le Pied Nu, implantée à Marseille depuis plus de trente ans. Un spectacle qui est passé par le dernier Festival d’Avignon et qui propose, autour du récit de vie d’un petit garçon né à Marseille, tiraillé entre France et Algérie, une réflexion sur l’identité et l’enracinement. Un récit dans lequel Mohamed Adi déroule ses souvenirs d’enfance des années 1960, alternant anecdotes cocasses et moments plus poignants, le tout en français, arabe et provençal. Et interroge l’appartenance : être « franco-algérien » plutôt que « seulement » français ou algérien. La célébration d’une identité métisse dans une France multiple.

Marc Voiry

4 décembre
L'Harmonie de l'Estaque, Marseille 

[PRIMED] : Alice par-ci, par là

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D’emblée le film se déclare à la première personne : c’est la réalisatrice qui parle « je me suis cachée derrière ma caméra » dit-elle. Et si on l’entend poser des questions et répondre à ceux qui lui parlent, elle demeurera hors champ.

Ce qu’elle regarde, c’est Alice. Par ci, par là.

Elle la suit de ses 17 ans à ses 27 ans. Dix ans de hauts et de bas. Elle filme son fils, Aristo qui grandit, son mari Dorian qui vieillit. Aristo et Dorian par ci, par là, eux aussi. Seuls, quand elle tente de s’échapper de sa vie et disparaît de la leur. Ou avec elle, pour le meilleur et souvent le pire. Lieux contraints, appartements étroits, désordonnés, surchargés des peintures, dessins, papiers de Dorian et Alice, tous deux artistes.

Alice avait 15 ans quand elle a rencontré Dorian de 35 ans son aîné, marié et déjà père. Elle boit, se drogue, a contracté l’Hépatite C à cause des seringues. A seize ans, encore lycéenne, elle a un enfant de lui. Sa mère a refusé qu’elle avorte et Dorian a divorcé pour l’épouser. Le couple tire le diable par la queue et quelques années suffisent pour qu’il se déchire. Alice voit mourir ses rêves d’entrée aux Beaux-Arts. Elle se sent prise au piège. La fatalité familiale semble la frapper. Les traumatismes intergénérationnels resurgissent. Sa mère s’est mariée pour échapper à sa mère, elle ne désirait pas Alice. Elle l’a sacrifiée à sa carrière de journaliste, la laissant à la merci d’une grand-mère autoritaire qui n’était pas avare de coups et l’a totalement soustraite à ses parents.

Une enfance incurable

Les blessures de l’enfance guérissent-elles un jour ? « En sortant d’un passé sombre peut-on marcher vers la lumière ? » Peut-on aimer quand on n’a connu que le désamour ?  

Alice traîne son mal être. Quand elle est « présentable », elle fait des webcams porno pour payer les traitements médicaux de Dorian et nourrir son fils. Son visage d’enfant aux yeux cernés, se marque au fil du temps ; aux piercings -nez, lèvre, sourcil, s’ajoutent des tatouages faciaux ; ses cheveux passent du blond au brun, du vert au rose. Elle aime Aristo mais n’hésite pas à l’abandonner pour suivre un homme dont elle tombe amoureuse, ne gardant avec elle que sa chienne Laika. Alice est là. Alice n’est plus là. On, off. Est-elle une mauvaise mère ? Dorian assure son rôle de père au quotidien mais n’hésite pas quand il est acculé, à utiliser son enfant pour obtenir de l’argent. Aristo se trouve au milieu des disputes de ses parents, un père trop vieux, une mère trop intermittente : quel homme deviendra-t-il ? A aucun moment, la réalisatrice ne porte de jugement, elle saisit les gestes qui disent la tendresse, les regards qui disent la détresse. Elle nous place dans l’intimité des blessures de chacun et nous sommes si proches d’Alice que nous ne pouvons que compatir à sa souffrance. Comme Isabela Tent, nous regardons Alice et Alice nous regarde dans tous les sens du terme nous renvoyant à nos émotions et à notre fragilité.

ELISE PADOVANI

Le film a été projeté le 3 décembre à la Mairie du 1/7

en salle le 10 décembre 2025

CABO NEGRO : en attendant Jonathan

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Soundouss (Oumaïma Barid) et Jaâfar (Youness Beyej), deux étudiants homosexuels de Casablanca arrivent dans la station balnéaire de Cabo Negro, située à une heure de Tanger sur la côte nord du Maroc, non loin de Ceuta. Une amitié fraternelle et complice unit les jeunes gens. Pour ce séjour, Soundouss a laissé derrière elle, sa petite amie Nadia dont elle est très amoureuse. Jaâfar a les clés d’une villa cossue louée par Jonathan, leur riche professeur américain dont il est l’amant et qui doit les rejoindre. Mais Jonathan n’arrive toujours pas et ne répond plus au téléphone. Sans un sou, ils décident d’attendre quand même, et de profiter de ces vacances. Sur ce scénario a minima, qui préfère l’ellipse et le fragment aux explications politiques ou psychologiques, le film va suivre son cours, jalonné de rencontres, de bains de mer, de siestes et de repas partagés.

C’est doux, lent, et triste et … lumineux. Doux comme la relation qui unit Soundouss et Jaâfar.

Lent, s’étirant comme l’attente désœuvrée de leur hôte américain qui les abandonne.Triste, parce que, derrière ce séjour au soleil dans cette belle maison, malgré le bonheur de cet ici-maintenant, se profilent les fantômes du passé de ces deux jeunes gens, leur parcours difficile d’homosexuels dans une société homophobe, leurs blessures d’enfance. Jaâfar abusé à 9 ans, condamné par un père, qui est enterré là, à Cabo Negro, et pour lequel il prie.  Soundouss qui sent bien qu’elle aime, plus qu’elle n’est aimée. Tous deux essuyant les regards désapprobateurs des commerçants, des passants

Triste, parce qu’au-delà de leur cas personnel, on lit le désespoir de toute une jeunesse à l’avenir compromis. Pendant ces quelques jours, ils rencontreront des Migrants africains, un franco-marocain gay, rejeté par les siens, venu voir la tombe de sa Grand-mère bien aimée, un ex-taulard détruit dans son âme, la femme de ménage de Jonathan qui comptait sur son salaire saisonnier pour nourrir ses enfants, l’odieux propriétaire marocain de la villa exigeant son loyer en nature, et les clients de la nuit dans les bois, auxquels Soundouss et Jafaâr vendent leurs corps.

Lumière sur

 Le réalisateur ne montrera jamais rien de cette violence-là, de cette misère-là, de ce sordide-là, il filme en plans fixes, la lumière de ses personnages. Leur hospitalité chaleureuse, leur détachement dans les transactions de prostitution, les papillons ou les fleurs colorées sur les petites robes de Soundouss, leur joie de retrouver les rêves de cinéma à travers un catalogue de vieux films égyptiens. Deux beaux enfants dans un monde cruel qui se tiennent la main pour avoir moins peur et conjurer le mauvais sort.

« Je suis marocain et gay, dit Abdellah Taïa ,  Il est très important pour moi de mettre dans mes livres et mes films des personnages LGBTQ+ … Je refuse l’exclusion qu’on nous impose. L’amour qu’on n’a pas reçu de nos parents, de notre pays, je l’ai inventé et je l’ai fait rentrer dans Cabo Negro »

ELISE PADOVANI

Cabo Negro de Abdellah Taïa

En salles le 3 décembre

Phèdre

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Phèdre © Meghann Stanley

Habituée à réviser ses classiques, Muriel Mayette-Holtz retrouve Racine après Molière et propose une mise en scène où elle mêle slam et alexandrins. Portée par cinq comédien·nes, Phèdre raconte l’histoire d’une reine déchirée qui croyant Thésée mort, tombe éperdument amoureuse de son beau-fils Hippolyte. Encouragée par Œnone, elle finit par lui avouer son désir. Finalement, le retour inattendu du roi fait basculer la tragédie… entre « passion interdite et destin implacable ».

C.L.
Du 4 au 6 décembre
Le Liberté, Scène natinale deToulon

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Liliana Butter Not

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Liliana Butter Not © Loic Nys

Le temps d’une représentation, Marjorie Margo Chou Caillé se travestit et tente de devenir le sosie de sa chanteuse serbe tzigane préférée, Ljiljana Buttler. S’en suit une confidence dialoguée entre les deux femmes à travers un seul corps. Elles réussissent à toucher l’intime en explorant les sensations de déracinement, les troubles de leurs identités, parlent de destinées, d’enfermement et de lutte intérieure. Si être le sosie d’une femme que personne ne connaît pourrait paraître peu intéressant, Margo Chou transforme ses récits en véritables moments de partage.

C.L.
4 décembre
Théâtre des Halles
, Avignon

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Le Lac des cygnes

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Le Lac des Cygnes © Christophe Raynaud de Lage

C’est un ultra-classique de la danse. Le Lac des Cygnes, composé par Tchaïkovski est repris partout, tout le temps, dans monde. À l’Alpilium ce 4 décembre, il est réarrangé dans une partition musicale moderne par Florence Caillon, et interprété par six danseurs, vêtus de tutus noirs et blancs, bien sûr. Acrobatie et poésie se mêlent pour offrir un spectacle à la frontière entre cirque et danse classique. La compagnie L’Éolienne joue avec les codes et invite le public à découvrir ou redécouvrir ce ballet mythique.

C.L.
4 décembre

L’Alpilium, Saint-Rémy-de-Provence

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Kareen Guiock Thuram

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Kareen Guiock Thuram © Alice Lemarin

Reprendre Nina Simone. Voilà le défi auquel s’est donnée la chanteuse et journaliste française Kareen Guiock Thuram. Élue « Révélation » par Jazz Magazine et Jazz News en 2023 avec son album Nina, elle figure dans le top 10 des albums de l’année sur Jazz Radio. Kareen Guiock Thuram interprète avec sensibilité le répertoire mythique de la grande chanteuse, comme Little Girl Blue, Love Me or Leave Me ou encore I Loves You, Porgy. Sur scène, un piano, une basse et une batterie accompagnent la voix chaleureuse de Kareen Guiock Thuram.

 C.L.
5 décembre
Théâtre la Colonne, Miramas

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Figaro on air

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Figaro on air © Julien Barrillet

Adaptation du Mariage de Figaro, Figaro on air se regarde, mais surtout s’écoute attentivement. Muni de casques audio, le public est invité à une expérience sonore unique. La comédienne et metteuse en scène Audrey Bonnefoy offre un récit intime et un parti pris scénique et dramaturgique d’un nouveau genre : le théâtre-podcast. La dramaturge propose ainsi une mise en scène où les comédien·nes sont placé·es autour de micros d’une émission enregistrée en direct. Le public est alors invité à se laisser surprendre par les rebondissements chuchotés au creux de leurs oreilles.

C.L.
4 décembre
Espace 233, Istres

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Venus Rising

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Venus Rising © X-DR

Venus Rising est née d’une envie : celle de construire un répertoire autour de femmes compositrices. Puis il y a l’écriture d’un texte de l’auteure-compositrice canadienne Kyrie Kristmanson sur les Trobairitz, premières compositrices de musique profane occidentale connues et retenues par l’histoire. À partir de inspiration médiévale est née la construction d’un répertoire, mais aussi un travail de réhabilitation du travail des femmes compositrices. Une justice enfin rendue à ces œuvres méconnues, d’une grande richesse poétique. Une proposition intemporelle qui fait dialoguer des œuvres parfois séparées de 800 ans, offrant une plongée dans un « univers cosmique indéfini ».

 C.L.
9 décembre
Liberté, Scène nationale de Toulon

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