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« La diffusion de la création artistique est libre »

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© X-DR

Rachida Dati a créé en avril 2025 un poste de Haute fonctionnaire pour la Liberté de création au ministère de la Culture, et y a nommé Juliette Mant, adjointe à la culture d’Arcueil. Une nomination qui en dit long sur la nécessité, pour les programmateurs, les collectivités et les artistes, de pouvoir en rappeler la loi, et préserver un droit fondamental. Celui-ci a été défini en 2005 dans la Convention de l’Unesco sur la liberté artistique, qui regroupe un ensemble de droits protégés en droit international. Dont « le droit à la création sans censure ni intimidation ».

Des inquiétudes nouvelles

Si ce droit peine à s’installer pour tous·tes, la France était à peu près, depuis la fin de la guerre d’Algérie, préservée de la censure artistique. Mais « L’ordonnance Dieudonné », comme le rappelle Juliette Mant, est venue changer la donne : le 9 janvier 2014, l’humoriste, condamné auparavant pour antisémitisme, a vu son spectacle Le Mur interdit à Nantes au motif de « trouble à l’ordre public » parce qu’il « porte atteinte à la dignité humaine » et à la « cohésion nationale ». 

Cette mesure, qui allait à l’encontre de la décision précédente du tribunal administratif, a été imposée par le ministre Manuel Valls, et a immédiatement suscité l’inquiétude des magistrats : comment garantir que ces concepts flous, entre les mains de forces réactionnaires ou fascisantes qui exercent localement le pouvoir, n’en viennent pas à interdire l’immoralité, la critique politique, l’évocation de la guerre génocidaire à Gaza, le « blasphème », la nudité, les représentations de l’homosexualité ou du queer, le « wokisme » ? 

J’veux du queer !

Comme l’explique Alexie Lorca, adjointe à la culture de Montreuil, « le problème est qu’il est difficile de faire comprendre aux féministes, aux antiracistes, qu’interdire une œuvre artistique au prétexte des valeurs réactionnaires qu’elle diffuse est dangereux pour la démocratie ».

En effet, ceux qui voudraient interdire la Mégère apprivoisée ou Tarzan (où les singes sont plus malins que les Noirs) mesurent-ils qu’ils attaquent aussi la liberté des artistes qui expriment des concepts émancipateurs ? On ne peut pas interdire les artistes russes, les compagnies israéliennes, y compris ceux qui soutiennent leur gouvernement, sans prendre le risque de vouer au silence les Palestiniens sous prétexte d’un risque de trouble à l’ordre public. Sans prendre le risque d’une censure d’extrême droite.

Délit d’entrave

Aymeric Sasseau, adjoint à la culture de Nantes, souligne que la loi est appliquée avec plus ou moins de célérité et de rigueur. Les responsables d’un bar associatif lors d’un festival organisé dans sa ville ont été convoqués par la police et ont dû répondre d’un tag ACAB (All cops are bastards)  en « 72h chrono ». En revanche les intégristes catholiques qui ont empêché, « par une manifestation violente assortie de coups de pieds », le concert de l’organiste Anna von Hausswolff en décembre 2021 à Nantes d’abord, puis à Paris, ne sont toujours pas inquiétés.

AGNÈS FRESCHEL

Soutenir le peuple palestinien, illégal en France ? 
Le 2 juillet dernier, le préfet de Haute-Loire interdisait un rassemblement de soutien au peuple palestinien organisé à Chambon-sur-Lignon. Quelques jours plus tard, le 9 juillet, Victor Cachard, libraire de la petite ville, recevait cette lettre de la préfecture :
« Par arrêté préfectoral du 2 juillet 2025 j’ai interdit, au titre du code de la sécurité intérieure, tout rassemblement de soutien au peuple palestinien […] eu égard au risque de troubles de l’ordre public. En dépit de cette interdiction le rassemblement s’est tenu le 4 juillet et vous avez été identifié comme l’un des organisateurs ». 
S’ensuivent l’évocation de 6 mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amendes, et la menace d’un signalement au Procureur de la République. Un cas qui ne relève pas de la liberté artistique mais de la liberté de manifestation. Cependant la menace sur un libraire qui organise des débats s’est exprimé clairement, et sans trouble à l’ordre public constaté lors de cette manifestation « illégale ». Illégalisée ? A.F.

Quand la bise fut venue

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Non, l’hiver n’est pas encore là ! Mais Zébuline prend quelques semaines de vacances, et vous pourrez retrouver vos hebdos à partir du 27 août. Et pas d’inquiétude, on continue à arpenter les festivals et publier nos critiques ici même. Vous pouvez aussi prendre le temps de lire nos deux magazines d’été sortis en juin et juillet. Bref on vous dit bonnes vacances, on s’y adonne un peu nous-mêmes. Et on vous claque la bise, sans vous mettre de vent.

Combien de bises, d’ailleurs ? À Avignon on vous en assène trois. Les bucco-rhodaniens, bien qu’habitant les Bouches-du-Rhône, sont adeptes du deux bises, et laissent en suspens les bisous vauclusiens, sans compter les Belges qui pratiquent l’unibise, et les bouches parisiennes qui partent dans l’autre sens au risque de l’effleurement inopiné des lèvres… 

D’ailleurs, depuis le COVID, la bise, fauteuse de troubles à la santé publique, avait reculé dans les usages, soulageant toutes celles qui se voient imposer, l’été, les joues poisseuses des inconnu.e.s qu’une étrange règle leur réserve. Car entre hommes inconnus on se serre la main, et les garçons choisissent quels garçons les embrassent. Peut-être le consentement pourrait commencer là, en cessant de différencier  celles à qui on impose sa bouche, parfois désirée, et ceux à qui on fait sentir sa poigne ? 

Avis de coup de vent

D’autres bises, pourtant, s’annoncent à la rentrée, en attendant un hiver que l’on espère pas trop glacial. Ce sont de véritables ouragans qui vont s’abattre sur les finances des collectivités publiques astreintes à des coupes sans précédents, alors que l’État distribue 211 milliards d’aides aux entreprises, sans contrepartie, par an, et que les économistes les plus sérieux conseillent à la France d’augmenter les impôts des plus riches et de taxer le capital, dans un pays où une poignée de milliardaires n’a jamais possédé autant, ni délocalisé et désindustrialisé aussi tranquillement.

Un d’entre ces profiteurs qui veulent reconquérir et reconstruire une France chrétienne débarrassée des Sarrazins, finance un spectacle où des drapeaux nazis s’affichent sur un monument patrimonial,  Stérin peaufine son projet Périclès, tandis que Bolloré continue de mettre la main sur les médias et la ministre de la Culture (qui vient d’être renvoyé au tribunal correctionnel pour corruption) de détruire le service public d’information et la décentralisation culturelle. 

Ce sont les œuvres, la création, les patrimoines et matrimoines divers, les combats des invisibilisé·e·s qui sont attaqués violemment. Mais qui s’imposent aussi, fièrement, sur toutes nos scènes. Il est grand temps, pour les forces progressistes, artistiques et politiques, de faire tourner les vents, et éclater nos tempêtes. À la rentrée ?  

Agnès Freschel


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Les Rolling Stones au Lavandou 

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© Dominique Tarlé

Au départ il ne devait y rester qu’un jour, il y resta 6 mois. En 1971, les Rolling Stones sont à l’apogée de leur carrière. Le groupe existe depuis 9 ans, ils viennent de sortir l’album Sticky Fingers, mais pour échapper au fisc anglais les rockeurs posent leurs valises dans une des plus belles maisons de la Côte d’Azur… la Villa Nellcote. C’est ici que le jeune photographe Dominique Tarlé les rejoints, et c’est ici qu’il signera une des plus impressionnantes sériesde photos consacrées à un groupe de rock. Ce travail, très connu et déjà mainte fois publié ou exposé, est à redécouvrir à l’Espace culturel du Lavandou jusqu’au 27 septembre.  

La force des photos de Dominique Tarlé réside avant tout dans le temps qu’il a passé avec le groupe, et l’intimité qu’il a créée avec lui. Sur les images, souvent en noir et blanc, parfois en couleur, on suit la vie quotidienne de ces supers stars. Dans l’immense manoir néo-classique se bousculent les guitares, les pianos, les trompettes entre les cendriers. Se bousculent aussi les moments intimes. La vie des couples, les repas partagés sur l’immense terrasse, les sorties en mer ou à moto. Pendant ces quelques mois passés dans la Villa Nellcote, les Rolling Stones signeront Exile on Main Street, que beaucoup considèrent comme leur meilleur album. On avait le son, et grâce à Dominique Tarlé, on a aussi les images. 

NICOLAS SANTUCCI

Rolling Stones 1971
Jusqu’au 27 septembre
Espace culturel du Lavandou

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Othoniel, exceptionnel 

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© Thibaut Carceller

Artiste et concepteur de l’installation, Jean-Michel Othoniel propose un récit poétique avec l’exposition COSMOS ou Les Fantômes de l’Amour à découvrir jusqu’au 4 janvier 2026. Un travail de deux ans, présenté dans dix lieux d’exception d’Avignon (Palais des Papes, Bains Pommer, Collection Lambert…) qui a nécessité le déploiement de 600 ouvriers. Jean-Michel Othoniel y place ses rêves et ses voyages pour proposer une « montée en puissance » avec comme thématique principale le mouvement et l’eau. L’exposition ne compte pas moins de 260 œuvres dont 140 qui ont été spécialement conçues pour les dix institutions culturelles de la Cité des papes. Comme l’explique la maire d’Avignon Cécile Helle, l’objectif est de faire cohabiter un artiste contemporain avec un lieu emblématique du patrimoine avignonnais. L’occasion aussi de célébrer le 25eanniversaire d’Avignon capitale européenne de la culture. 

Fontaines de jouvence

© Thibaut Carceller

Parmi les lieux investis, l’emblématique Palais des Papes, une invitation à la découverte de 133 œuvres – principalement des sculptures – en dialogue avec les sonnets de Pétrarque. À la fois une déambulation poétique au cœur d’un lieu autrefois habité par le pouvoir, et une volonté de l’artiste de se positionner comme prescripteur de messages, bien plus qu’un simple créateur. La grandeur est au rendez-vous, La Grande Chapelle est revêtue de trois astrolabes dorés à la feuille d’or, et suspendus dans le vide – une installation qui a nécessité une intervention minutieuse de la part des ingénieurs. 

À la chapelle Saint-Martial, un des quinze espaces du palais investis par l’exposition, l’artiste présente soixante peintures à l’encre, des monotypes colorés et inspirés par les fleurs et dont la composition se multiplie à l’infini. 

Dans chaque espace qu’occupe l’exposition, un moment de la vie de l’artiste est présenté. Aux Bains Pommer – nouveau musée d’Avignon inauguré le 20 juin – il présente ses souvenirs d’enfance avec l’installation de 14 fontaines faisant référence à cette eau joyeuse et exotique. Au Musée Lapidaire, on voyage à travers la recherche de son identité, mais aussi en Inde où il a travaillé le verre, et on regarde ému ce monolithe orné de pierres taillées à la manière des pierres précieuses.

L’artiste explore différents matériaux pour répondre aux contraintes climatiques : peinture à l’or, équinoxe miroir, ainsi qu’un verre résistant à la chaleur développé à Marseille. Favorable à une culture populaire, il confie son souhait de voir un large public pousser les portes des lieux culturelsqu’il a investis. Au public d’aller découvrir son œuvre renversante, et de lui donner raison. 

© Thibaut Carceller

THIBAUT CARCELLER

COSMOS ou Les Fantômes de l’Amour 
Jusqu’au 4 janvier 2026
Divers lieux, Avignon

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La seconde Vague

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© Matea Ilieva

Débutée le 16 mai avec une série de concerts prestigieux – les chanceux ont déjà pu entendre Gautier Capuçon, Shani Diluka, Sandrine Piau, Khatia Buniatishvili, Bertrand Chamayou et bien d’autres –, La Vague Classique continue en juillet, reflue en août, pour mieux revenir en septembre et proposer une rentrée dédiée à la jeunesse.

Les 15, 17 et 19 juillet le festival investit la Collégiale Saint-Pierre pour trois soirées avec l’ensemble Matheus, sous la direction de Jean-Christophe Spinosi. Ils mélangent les genres avec bonheur entre pur classicisme (Mozart, de Haydn et de Beethoven), baroque (Les Vêpres de la Vierge de Monteverdi) et Bel Canto flamboyant avec un gala Rossini. En parallèle, une exposition à la Villa Simone met à l’honneur tout l’été la photographe Marianne Rosentiehl, dont les portraits vibrants ont saisi l’âme des plus grandes figures culturelles de notre époque.

On va aimer la Rentrée

En août la Vague se met en vacances pour mieux revenir en septembre avec une série de concerts face à la mer – gratuits sur réservation – à la Maison du Patrimoine du Brusc qui conjuguent jeunesse et romantisme.

Le 6 septembre, c’est le jeune prodige Ryan Wang qui ouvrira ces moments musicaux. À seulement 17 ans, ce pianiste canadien est un petit génie. Il a commencé à jouer du piano à l’âge de quatre ans, a donné son premier récital solo à l’âge de six ans. Il est aussi le plus jeune lauréat du prestigieux Prix Cortot. Il s’est déjà produit sur certaines des plus grandes scènes du monde et impressionne par sa maturité artistique. Au Brusc, son récital sera largement consacré à Chopin.

Le 13 septembre, c’est au tour de Karen Kuronuma de prendre place au piano. Révélation de la Fondation Gautier Capuçon, elle fait partie de cette génération d’artistes qui marient virtuosité et profondeur. Son programme est un voyage dans l’univers romantique et impressionniste, de Chopin à Liszt, en passant par Debussy et Ravel. Une soirée qui s’annonce tout en nuances et en contrastes, à l’image de son jeu raffiné et expressif.

Enfin, le 20 septembre, Adi Neuhaus refermera ce triptyque pianistique. Héritier d’une grande lignée de musiciens, ce jeune artiste israélien porte en lui une tradition exigeante et passionnée. Avec un programme, lui aussi centré sur Chopin mais aussi Rachmaninov, il promet de faire vibrer la Maison du Patrimoine de ses élans les plus lyriques. 

La Vague Classique se clôturera le 21 septembre à la Collégiale Saint-Pierre, avec un concert orchestral – gratuit également avec réservation – sous la direction musicale de la violoniste Laurence Monti et Julie Sevilla-Fraysse au violoncelle, accompagnées par l’Orchestre de l’Opéra de Toulon. Au programme, les Concertos pour violoncelles n°1 et 2, et la Symphonie n°29 en la majeur K. 201 de Mozart, solaire, dans une atmosphère à la fois solennelle et festive, pour dire adieu à cette saison d’exception.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

La Vague Classique
Jusqu’au 21 septembre
Divers lieux, Six-Fours-les-Plages 

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Montpellier fait deux rêves

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© X-DR

Sur un Os, L’exposition monographique de Françoise Pétrovich, même si elle ne se revendique pas rétrospective, en a tout de même un petit peu l’air. L’artiste qui expose beaucoup en France et à l’international, dont les œuvres les plus connues sont des portraits d’une adolescence douce, méditative, taiseuse, achetées par de nombreuses collections publiques et privées, n’a pour l’instant pas fait l’objet de grande rétrospective. L’expositiondu MO.CO. pourrait en être une sorte de préfiguration : on y trouve des travaux récents, anciens, de nouvelles réalisations créées pour l’occasion, et un aperçu de la large palette des techniques qu’elle utilise.

Des mots

Après la première salle dont les murs accueillent en rang d’oignons des portraitsd’adolescents mutiques, aux couleurs non naturalistes, emblématiques de la pratique picturale de l’artiste, des travaux plus anciens (années 1990) sont exposés dans les salles qui suivent. Où l’on a la surprise de découvrir une Françoise Pétrovich utilisant et jouant avec les mots, souvent avec ironie, sur des supports préexistants : bavoirs, napperons, broderies, cartes postales, cahiers d’écolier… Un grand ensemble de huit dessins sur toile est même accompagné d’une bande audio old school où sont prodigués des conseils de bonne tenue morale et professionnelle aux jeunes apprentis. 

Trois plateaux

Les trois plateaux du MO.CO accueillent ensuite, le premier, des ensembles de peintures grands formats, quadriptyques, diptyques, ainsi qu’une double ligne murale monumentale constituée de 18 dessins au lavis d’encre. Des portraits et des motifs récurrents, notamment un paysage d’île arborée, des portraits de jeunes gens évanouis, soutenus par les épaules par deux mains.

Le deuxième plateau est entièrement consacré à une installation vidéo, créée spécialementpour l’exposition : voiles blanc, ventilateurs, peintures murales, voix spectrales, bruits d’ailes et de sabots de chevaux, autour de la projection de la vidéo Papillon évoquant desmétamorphoses. Une ambiance évanescente qui contraste avec les fortes présences -même si elles évoquent paradoxalement un retrait, un effacement- des peintures et dessins de l’artiste.

On est accueilli à l’entrée du troisième plateau par une sculpture de petite fille en bronze patiné de noir, tenant entre ses dents un os gigantesque. Un plateau scénographié par l’artiste avec sur les murs une série d’une dizaine de portraits aux visages blancs, tels des masques, entourant des ensembles de sculptures, beaucoup de petits formats en bronze patiné de noir et quelques céramiques émaillées, disposés sur divers socles disposés au centre, évoquant des créatures de contes bizarres et cruels.

Métal

À 1km de là, au Mo.Co Panacée, le parcours de l’exposition de Jean-Marie Appriou s’organise dans les différentes salles ainsi que dans le patio autour de cinq éléments : eau, terre, ciel, feu, éther. On entre dans une sorte de science-fiction onirique, avec des sculptures et bas-reliefs de métal, avec parfois des ajouts d’éléments en verre, présentant des créatures fantastiques, des grottes où des mains poussent au milieu de stalagmites et stalactites, un bateau flottant dans l’air avec une figure figée regardant au loin, des têtes humaines apparaissant dans un fourmillement de plants de maïs, ou l’ensemble des créatures du zodiaque, tout autour d’un cosmonaute en apesanteur.

Toute une imagerie de chimères fantastiques, hybridation végétal humain, animal-humain, têtes sans corps, tels des vestiges d’un monde futur ou disparu, de légendes étranges auxquelles le travail du métal et du verre par l’artiste donne une présence et une expressivitéétonnante.

MARC VOIRY

Sur un os – Françoise Petrovich
Jusqu’au 2 novembre
MO.CO

La cinquième essence – Jean-Marie Appriou
Jusqu’au 28 septembre
MO.CO Panacée

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Forces obscures au centre d’Arles

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SILVIA PRIO GYPSY WITCHES © X-DR

Lieu dédié à la jeune photographie, la Fondation Manuel Rivera-Ortiz fête en cet été 2025 ses dix ans en accueillant dans ses espaces de l’Hôtel Blain, les travaux de huit photographes, toutes des femmes, qui se penchent sur « ces croyances populaires qui, entre dévotion et transgression, transcendent les cultures et les époques ». Car « La société occidentale, en érigeant le rationalisme en norme, a souvent rejeté ou minimisé les formes de spiritualité qui échappent à ses cadres institutionnels. Pourtant, ces croyances et ces pratiques marginalisées continuent d’exister, porteuses d’une autre lecture du monde. Peut-on encore accepter l’inexplicable ? ».

Chasse aux sorcières

Parmi les huit séries présentées, quatre sont particulièrement inspirées par la figure de la sorcière, tour à tour crainte et réhabilitée, devenant symbole de pouvoir, de résistance et de connaissance interdite.

Gertrud

C’est ainsi que dans sa série Gertrud on the silence of mythMaja Daniels revisite, à travers des images fixes et animées ancrées dans le présent, les événements déclenchés par l’histoire de Gertrud Svensdotter, jeune suédoise de 12 ans qui en 1667 fut accusée de marcher sur l’eau.

Dans Gypsy WitchesSilvia Prió présente une vision poétique du monde magique des femmes tziganes qui, depuis des siècles, sont les détentrices de la lignée de l’art de la voyance. 

Dans Malleus Maleficarum, Virginie Rebetez, à travers le personnage de Claude Bergier, accusé de sorcellerie et amené au bûcher en 1628 à Fribourg, s’intéresse aux médiums et guérisseurs très répandus dans cette région catholique de Suisse.

Et dans Witches in ExileAnn-Christine Woehrl met en lumière le sort de femmes exilées dans le nord du Ghana, contraintes de fuir leurs villages pour se réfugier dans des camps de sorcières, où elles perdent tout : famille, maison et dignité.

Une exposition « amplifiée » par l’exposition Fotohaus qui met en avant la scène photographique franco-allemande autour d’un thème commun : « Kontroverse & Paradoxe – Ou comment réenchanter le monde ». Des images témoignant, face aux différentes crises actuelles, notamment écologique, différentes formes de résistance et de résilience.

MARC VOIRY

Sortilèges
Jusqu’au 5 octobre
Fondation Manuel Rivera-Ortiz, Arles

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Nuits en variations

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© X-DR

Du 29 juillet au 9 août, le festival-académie des Nuits Pianistiques d’Aix-en-Provence prend à nouveau ses quartiers dans l’écrin acoustique de l’auditorium Campra du Conservatoire Darius Milhaud. Une édition à la programmation généreuse, à l’image de ce festival devenu une référence estivale, entre exigence artistique et convivialité.

Traversées poétiques

C’est le pianiste Jean Dubé qui ouvre le bal le 29 juillet avec une palette musicale chatoyante. Son récital trace un itinéraire entre les danses stylisées de Grieg, les évocations andalouses d’Albéniz, les harmonies vaporeuses de la Barcarolle de Chopin et la flamboyante virtuosité des transcriptions d’opéra par Liszt (Wagner, Verdi, Mozart). Le lendemain, c’est à un pur moment chopinien que convie Gianluca Luisi, avec l’intégrale des 24 Préludes et des quatre Ballades, sommet d’inspiration du compositeur polonais.

Le 31, la soirée musique de chambre rassemble Nikita MndoyantsPierre Stéphane Schmidlet et Véronique Marin autour de deux chefs-d’œuvre : le Trio Dumky de Dvořák, avec ses accents populaires d’Europe centrale, et le Trio « Les Esprits » de Beethoven, surnommé ainsi pour l’étrangeté presque surnaturelle de son mouvement lent.

Le 1er août, Frédéric Aguessy demeure en terrain romantique et poétique avec la Sonate Quasi una fantasia opus 27 n°2 de Beethoven, dite « Clair de lune », la lumineuse Sonate D 894 de Schubert, et un florilège de pièces de Chopin allant du Prélude au Nocturne, de l’Étude à la Ballade : un panorama envoûtant de la plume du maître romantique. Les stagiaires de l’Académie prendront la relève le 2 août pour une scène ouverte.

Duos complices et points d’orgue

La deuxième semaine s’ouvre avec une soirée flûte et guitare le 5 août, réunissant Jean Ferrandis et Emmanuel Rossfelder dans un programme ensoleillé : de la Carmen Fantaisieà l’Histoire du Tango de Piazzolla, en passant par Bach et les arabesques de Tárrega et Ibert.

Le 6, la pianiste basque Marta Zabaleta plonge dans son héritage musical avec Scarlatti, Soler, Granados, Donostia et Albéniz : un programme ibérique à la fois érudit et lumineux, qui fait dialoguer l’Espagne baroque, populaire et impressionniste.

Le 7 août, Pascal Moragues (clarinette) et Natalia Troull (piano) conjuguent leur art dans un programme mêlant la tendresse schumannienne, les élans beethovéniens et l’intériorité brahmsienne. On retrouvera cette dernière dans un tout autre registre le 8, en soliste du Concerto n°20 en ré mineur de Mozart, accompagnée par l’Orchestre des jeunes Magna Grecia, sous la baguette de Piero Romano, également aux manettes de la flamboyante Symphonie Jeanne d’Arc de Verdi. Au programme également : la rare Symphonie “Roma” de Bizet. Le festival se clôturera le 9 août avec un nouveau concert des stagiaires.

SUZANNE CANESSA

Nuits Pianistiques d’Aix-en-Provence
Du 29 juillet au 9 août 
Conservatoire Darius Milhaud

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Embarquement pour l’abstraction

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VERTIGO - Carlos Cruz-Diez - Physichromie

Il faut embarquer à la Tour Fondue, rejoindre l’île et suivre le chemin de terre jusqu’à la fondation Carmignac. Au milieu des pins et des oliviers, avec la mer à l’horizon, chaque année se tient une ou plusieurs expositions qui font écho à cet endroit magique, au paysage insulaire, maritime, à l’architecture de la villa. Et l’on entre, pieds nus, dans le décor des salles ouvertes sur les jardins, les bassins enchanteurs. 

En 2025, avec Vertigo, curatée par Matthieu Poirier, c’est l’abstraction moderne et contemporaine qui invite les visiteurs, qui s’enfoncent dans la lumière et les couleurs grands formats. On découvre d’abord les interventions in situ de la peintre Flora Moscovici sur les murs, et ses irisations floues de vert et de bleu, tel un aquarium déserté. Puis les artistes allemands et américains dominent cette sélection riche en inventions formelles et procédés créateurs. 

Surpasser le réel

Le vertige est celui que la perception offre à l’expérience. Ballet de lumières et d’ombres, de ténèbres dans la lightroom d’Otto Piene ; jaune et gris de Gerhard Richter ; noir énigmatique de Hartung ; immense rose de Frank Bowling ; bleu profond de Klein ; piècemystique de la présence-absence en retable du jeune Hugo Schüwer Boss ; verre securit nacré d’Ann Veronica Janssens ; œil d’un cyclone martelé de clous de Günther Uecker…Le cosmos nous emporte dans le geste pictural et musical d’Olivier Beer ou de Fabienne Verdier. Les ondes sonores entrent en résonance avec l’art visuel. 

© Gerhard Richter

L’art optique réhabilité apprend enfin que regarder un tableau, une œuvre ; c’est toujours changer de point de vue. S’éloigner puis se rapprocher faire un pas de côté, ne pas découvrir la même chose, comme le prouve Olafur Eliasson et ses sphères.

L’abstraction avait, croyait-on, dans l’art d’aujourd’hui, cédé sa place révolutionnaire au retour fracassant de la figuration. L’exposition Vertigo désavoue donc cette idée, témoignant à travers des œuvres de plusieurs décennies de sa place éminente de surpassement du réel représenté, de sa quête dans l’imaginaire de la pureté absolue de la peinture. Toutes les deuxse côtoient, se répondent, se conjuguent.

MARIE DU CREST  

Vertigo
Jusqu’au 2 novembre
Fondation Carmignac
Île de Porquerolles, Hyères
Détour par le fort Sainte-Agathe

Outre son exposition accueillie à la Villa, la Fondation Carmignac investit aussi le fort Sainte-Agathe, et sa vue imprenable sur l’île. Elle y présente, comme l’an dernier, une œuvre de Julian Charrière, à découvrir jusqu’au 2 novembre. 

L’artiste suisse a choisi de « plonger le visiteur dans les entrailles de la Terre ». Au milieu de la pièce, un imposant bloc d’onyx, et au-dessus un cylindre fendu d’où jaillissent des rayons lumineux. Le public est ensuite invité à s’installer confortablement, et écouter le son de deux volcans qui semblent dialoguer, le Geldingadalir (Islande), et le Erta Ale (Éthiopie).
 
NICOLAS SANTUCCI

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Un été en grand Salon

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Daishin Kashimoto © Asahikasei

Du 26 juillet au 3 août, les lieux patrimoniaux de Salon-de-Provence – Château de l’Empéri, abbaye de Sainte-Croix, église Saint-Michel et Temple protestant – vibreront à nouveau au rythme d’une programmation éclectique et inspirée. Éric Le SagePaul Meyer et Emmanuel Pahud, fondateurs de ce Festival international de musique de chambre, y cultivent toujours le même esprit : celui d’une fraternité musicale au sommet, sans filtre ni formatage.

Dès le samedi 26 juillet, la musique s’empare de l’abbaye de Sainte-Croix à midi avec un récital du pianiste Frank Braley. Puis cap sur le Château de l’Empéri pour une double soirée : à 19h, le Trio Chausson explore deux monuments chambristes, le Trio de l’Archiduc de Beethoven et le Trio … de Chausson. À 21 h, le concert joliment intitulé Planète Boléroinvite à un tourbillon sensoriel : de Haydn à Ravel, en passant par Holst, Albeniz ou Waksman, les sonorités dialoguent dans une fête de timbres où clarinette, harpe, cordes et piano s’unissent à l’énergie du Quatuor Ellipsos et des ensembles Novo et Chausson.

Éric Le Sage

Cordes sensibles et souffle romantique

Le 27 juillet, le Novo Quartet se confronte à la fougue de Chostakovitch et à son terrassant Quatuor n°8 à l’église Saint-Michel. Le soir, un bouquet ibérico-américain convoque Bizet, Ligeti et Gershwin autour d’une flamboyante Carmen Rhapsodie, portée notamment par Emmanuel Pahud (flûte), Amihai Grosz (alto) et Frank Braley (piano).

Le lendemain, l’épure des Dichterliebe de Schumann (Alma Sadé à la voix et Orlando Bass au piano) résonnera à Sainte-Croix, avant que violon et harpe (Brieuc Vourch et Anaëlle Tourret) ne fassent vibrer le Temple avec des œuvres de Bartók, Saint-Saëns ou de Falla. Le soir, Mozart s’illumine à travers une constellation chambriste – de Britten à Brahms, de la flûte d’Emmanuel Pahud au piano de Braley.

À l’abbaye le 29 à midi, place aux suites de Bach par les violoncellistes Zvi Plesser et Benedict Kloeckner, dialoguant avec les pianos de Braley et Le Sage. Le soir, au Château, souffle romantique au programme : Schumann, Schulhoff, Chostakovitch et Dvořák s’entrelacent dans un programme aux couleurs de l’Europe centrale.

Alma Sadé

Le 30, un hommage à Ravel réunit le violon de Clémence de Forceville, le violoncelle de Benedict Kloeckner et le piano de Frank Braley dans ses œuvres emblématiques, avant que Strauss, Zemlinsky et Arnold ne fassent chavirer la nuit lors de Métamorphoses, un voyage entre lieder et musiques d’ensemble mené par Alma SadéPahud et le Quatuor Ellipsos.

De Mozart à Schumann

Jeudi 31, à midi, Daishin Kashimoto (violon) et Éric Le Sage signent un récital d’une rare élégance autour des Sonates de Mozart. Le soir, retour au Château pour une « Sérénade » où Mozart croise Hofmann et Franck dans un équilibre subtil propre au Sturm und Drang.

Vendredi 1er août, la journée s’articule en diptyque schumannien : deux concerts à Sainte-Croix à 12 h et 15 h explorent le couple Clara et Robert, dans l’intimité du lied et la richesse de la musique de chambre, portés par Alma SadéÉric Le SageEmmanuel Pahud et consorts.

Le week-end de clôture s’ouvre avec le récital « Abbaye Emmanuel » (PahudLe Sage) le samedi matin, suivi en fin d’après-midi par les volutes baroques d’Élodie Soulard à l’accordéon. La soirée promet l’émerveillement : La Truite de Schubert, entourée de pièces d’Hofmann et de Křenek.

Enfin, le 3 août à 19h et 21h, deux concerts de haute volée ferment la marche : un panorama autour des bois avec Baptiste Amet et Paul Meyer aux clarinettes, Gilbert Audin au basson et Orlando Bass au piano. Puis un bouquet final où Beethoven, Mozart, Bridge et Schoenfeld s’embrassent dans une fête jubilatoire de timbres et de virtuosité.

SUZANNE CANESSA

Festival international de musique de chambre 
de Salon-de-Provence

Du 26 juillet au 3 août
Divers lieux, Salon-de-Provence

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