samedi 11 avril 2026
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Retrouver les étoiles

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© Collection FPA Classics

Le ciel, comme la terre et les eaux, est désormais pollué. Un constat qui a préoccupé Juliette Bessette et Enguerrand Lascols, commissaires de la nouvelle exposition temporaire du Mucem. Alors que jamais les moyens techniques, permettant d’étudier des étoiles extrêmement éloignées, n’ont été aussi puissants, l’œil humain les perçoit de plus en plus mal, derrière un voile de pollution lumineuse. 

« La plupart des jeunes n’ont jamais vu la Voie Lactée », déplore l’astrophysicien Éric Lagadec dans le beau catalogue édité à cette occasion, en précisant qu’au delà de cette perte, l’éclairage nocturne est l’un des facteurs majeurs de l’effondrement de la biodiversité. Un photomontage de Thierry Cohen, frappant, marque le visiteur : issu de sa série « Villes éteintes », il juxtapose une vue de Venise avec un ciel étoilé somptueux, capté dans une zone encore préservée du Dakota du Sud. Le ciel de la Sérénissime tel qu’il a été durant des siècles, comme il pourrait être à nouveau si l’emprise anthropique se desserrait.

3000 ans de rapport au ciel

« Le danger de la rupture du lien entre l’humanité et les étoiles, écrit Enguerrand Lascols, est un enjeu culturel primordial ». Les deux co-commissaires ont donc visé la restauration de ce lien, en ce concentrant sur l’espace méditerranéen, et son histoire pluri-millénaire. Grâce aux prêts de musées nationaux et internationaux – à commencer par L’Astronome de Vermeer, en majesté dans le parcours – Lire le ciel donne à voir la richesse des représentations religieuses, astrologiques, scientifiques, depuis les premiers textes connus décrivant les astres, au IIIe millénaire avant notre ère, en Mésopotamie, jusqu’aux avancées des savants musulmans. 

Sans oublier les usages pratiques qui ont longtemps prévalu dans ce vivier de civilisations, à la fois marines et agricoles : s’orienter dans la navigation, choisir la date des récoltes, ont énormément inspiré les artistes, jusqu’à nos jours. En témoignent le tableau de Camille Corot, L’Étoile du Berger, ou Le rappel des glaneuses de Jules Breton. Notons la « touche » particulière du Mucem, qui juxtapose auprès de ces chefs-d’œuvre de délicieuses cartes de réclame Liebig issues de ses réserves (ou comment faire acheter plus de bouillon en rêvant aux étoiles), ou encore un hilarant diaporama de memes Instagram sur les signes astrologiques.

GAËLLE CLOAREC

Lire le ciel – Sous les étoiles en Méditerranée
Jusqu'au 5 janvier
Mucem, Marseille

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La Virtuose 

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Déposée dans la boîte à bébé de l’orphelinat de la Pietà, Anna Maria est élevée dans ce couvent destiné aux jeunes filles abandonnées ou illégitimes. Dans ce lieu de réclusion, on forme des orchestres féminins qui fascinent l’Europe entière. Les plus grandes artistes, celles qui rejoignent l’ensemble instrumental et vocal du Figlie del coro, échappent aux dortoirs, aux mariages forcés avec de vieux gouverneurs vénitiens et reçoivent des gages. Anna-Maria en devient une des violonistes les plus brillantes sous la houlette d’Antonio Vivaldi, prêtre, maître de violon, puis de musique à la Pietà. Des témoignages d’époque évoquent aussi remarquable, ses solos envoûtants. Elle incarne l’élite artistique de l’institution, atteignant le rang de Maestra di violino (1720) puis Maestra di coro (1737). 

Elle maîtrise aussi le violoncelle, l’alto, le luth, la mandoline, le clavecin, le hautbois… On sait qu’elle s’essaya aussi à la composition, comme d’autres jeunes femmes de la Piéta et il semble aujourd’hui acquis que ces créations furent usurpées par des hommes, et en particulier par Antonio Vivaldi. 

Le compositeur italien lui a dédié plusieurs de ses concertos les plus virtuoses. Mais de cette musicienne hors pair, il ne reste presque aucune trace : pas de portrait connu, pas de partitions à son nom, juste des mentions dans les archives et la musique écrite pour elle -par elle ?- par son illustre professeur. 

© Sophie Davidson

Pionnières invisibilisées

Si le roman de la journaliste britannique Harriet Constable séduit par son sujet et son cadre, la Venise baroque du 18e siècle, chatoyante et mystérieuse, il laisse un goût mitigé sur le plan littéraire. L’ambition est louable, mais l’exécution souffre d’une écriture convenue et de dialogues figés. L’intrigue, entre quête d’émancipation et drame amoureux, reste prévisible. Pourtant, La Virtuose a le grand mérite d’éveiller la curiosité et de braquer les projecteurs sur une musicienne d’exception. Aussi on ne boudera pas notre plaisir tant sont encore rares les biographies ou romans rendant hommage à ces artistes invisibilisées. On pourra cependant citer Lili Boulanger, « Résister » de Martine Lecoq (Éditions Ampelos, 2023) ou l’ouvrage de la violoniste d’origine marseillaise Marina Chiche qui dans Musiciennes de légende (Éditions First/RadioFrance, 2021) exhume les figures de Maud Powell, Hazel Harrison, Antonia Brico ou Nejiko Suwa pour les réhabiliter au panthéon de l’histoire de la musique. Certaines sont des anticonformistes, des suffragettes, des pionnières, des féministes engagées. Certaines n’ont pas eu d’enfant pour être entièrement au service de leur art, tandis que d’autres ont choisi, pour devenir mères, de mettre un temps leur carrière en sourdine. 

ANNE-MARIE THOMAZEAU

La Virtuose de Harriet ConstableAlbin Michel : 382 p, 21,90€ 

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Les femmes d’Elsa & Johanna

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© Elsa & Johanna

Elsa & Johanna sont un duo de photographes, performeuses, réalisatrices trentenaires françaises, se mettant en scène dans des séries de photographies intrigantes, interprétant différents rôles de femmes anonymes et silencieuses, prises dans des environnements le plus souvent domestiques. Des photographies d’où émanent souvent des sentiments de solitude, mélancolie, inquiétude, comme extraites d’un film de fiction ou d’un album de famille rejoué, convoquant des impressions de déjà-vu, hésitant entre souvenir, rêve et réalité.

Séquence

C’est notamment le cas avec une dizaine de photographies extraites de la série Séquence exposées dans l’entrée, réalisée lors d’une résidence en 2023 dans le Perche. Dans des paysages agricoles, forestiers, vallonnés, et des lumières estivales, Elsa et Johanna sont deux ménagères dans un champ près d’un fil à linge regardant au loin. Ou, en solo, une femme avançant immergée à mi-corps dans un champ de blé, une autre courant à toute allure au milieu d’une route, ou se penchant attentivement en contre-plongée au-dessus de fleurs sauvages, attendant au bord d’une route de campagne déserte, ou en compagnie d’un homme près d’une voiture en panne. À la fois indices, fragments d’une histoire à recomposer ou imaginer.

Silence

Les autres espaces d’exposition, soigneusement scénographiés (cimaises carrelées, murs et sol moquettés…) accueillent des images de séries plus anciennes : Les Douze heures du Jour et de la Nuit, six portraits posés en noir et blanc, pris chacun dans un espace domestique particulier, ou, dans un accrochage en constellation Beyond the shadows, autoportraits réalisés à Calgary au Canada et The Timeless story of Moomerland sorte d’album de famille relié à une petite ville allemande à la frontière avec les Pays-Bas.

Cette série donne d’ailleurs lieu à un diaporama accompagné d’une musique planante générée par intelligence artificielle, et d’une voix synthétique, parlant des personnalités qu’on peut déduire de la morphologie d’un front.

Une autre proposition est également sonore : une vidéo de 30 minutes diffusée en boucle sur un moniteur posé au sol, rassemblant plusieurs courtes vidéos réalisées entre 2014 et 2016. Chacune étant comme un petit bloc de brefs moments rassemblés, de sensations fugaces,prises en milieu urbain, avec bruits d’ambiance. Les deux protagonistes y figurant ne parlant jamais, échangeant juste des regards, des attitudes, des gestes.

MARC VOIRY

Lost and found
Jusqu’au 27 septembre
Centre Photographique Marseille

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Scènes Variées

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© X-DR

Un décor bucolique ou rupestre, la chaleur d’une pavé rôti au soleil du Sud, la douceur retrouvée d’un brise de soirée, une foule détendue et joyeuse, des musiques live rassembleuses… Les Nuits Blanches du Thoronet est certainement un des rendez-vous estivaux qui collent le plus à ce que l’on peut attendre d’un festival dans la région. D’autant qu’il propose depuis 1998 un jolie mélange de musiques actuelles et de solidarité : le festival dédie une partie de ses recettes à des œuvres humanitaires, en association avec plusieurs autres organismes (Enfants du Monde, Amnesty International…).

Réputée pour la belle abbaye qu’elle abrite, la commune du Thoronet ajoute donc à sa brochette juilletiste de touristes un public de festival qui a grandi au fil des ans, à coup de programmations populaires (Mano Solo, Goran Bregovic, Les Ogres de Barback , Gotan Project, Jacques Higelin, Pomme…), et d’un prix qui reste raisonné. 

Menu complet

Si l’affiche comporte toujours des projets « grand public », elle ne boude pas pour autant la scène locale. Différents lieux du village aux capacités d’accueil et ambiances variées sont ainsi investis chaque soir. En fin d’après-midi, le festival propose chaque jour une programmation théâtrale pour toute la famille : cirque, acrobaties, improvisations et spectacle chanté engagé seront offerts en entrée libre. 

En début de soirée, part belle est faite aux projets les plus locaux, tels que le Psykotic Orchestra, formé par des résidents en situation de handicap issus d’une maison d’accueil spécialisée (le 24), la latin world des Fréjussiens de Bagasso (le 24), les Toulonnais du quartet Nora & The Mockingbirds (le 25) ou bien encore la fanfare survoltée Mamie Vortex (le 26). 

Dans les noms reconnus, on compte cette année le célèbre chanteur malien Salif Keïta, le 24, qui offrira aux oreilles sa nouvelle œuvre en acoustique – So Kono ; le trio de musiciennes chanteuses (et amies d’enfance) L.E.J, le 25, ou la chanteuse pop en vogue Adèle Castillon, le 26. 

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM

Les Nuits Blanches du Thoronet
Du 24 au 26 juillet 
Divers lieux, Le Thoronet

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Projections arlésiennes

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© Jafar Panahi

Dans l’espace Croisière, les Arlésiens et tous ceux qui visitent cette cité, pourront découvrir des films en avant-première et en parler avec les cinéastes et/ou des membres de l’équipe des films.

Alex Lutz sera là pour son dernier opus, Connemara, adapté du roman éponyme de Nicolas Mathieu, qui réunit Mélanie Thierry et Bastien Bouillon. Le film nous plonge dans la vie d’Hélène. Issue d’un milieu modeste, après un burn-out brutal, elle revient dans sa ville natale qu’elle a quittée depuis longtemps et tombe par hasard sur l’un de ses amis de lycée.

Vincent Maël Cardona qui avait obtenu en 2022 le César du meilleur premier film pour Les Magnétiques présentera Le Roi Soleil : un bar-pmu à Versailles, Le Roi Soleil, un ticket de loto gagnant de plusieurs millions d’euros, un drame et des témoins avec Pio MarmaïLucie ZhangSofiane Zermani

Il y aura aussi Marcel et Monsieur Pagnol, le biopic animé où Sylvain Chomet (Les Triplettes de Belleville) retrace la naissance d’une figure des lettres et du cinéma, mêlant regard intime, narration inventive et hommage au cinéma parlant. 

Et le Grand Prix au dernier festival de Cannes, Valeur sentimentale de Joachim Trier dont on avait aimé Julie en 12 chapitres. L’histoire de Nora (Renate Reinsve) et de sa petite sœur Agnès (Inga Ibsdotter Lilleaas) qui voient leur père, réalisateur de renom (Stellan Skarsgard)débarquer après de longues années d’absence. Il propose à Nora, comédienne de théâtre, de jouer dans son prochain film, mais celle-ci refuse avec défiance

On pourra aussi voir la Palme d’Or, avant sa sortie en salles le 1er octobre, Un simple accident :près de Téhéran, un banal trajet en voiture mène à un vertigineux engrenage. Un film tourné clandestinement comme sait si bien le faire Jafar Panahi, un cinéaste engagé, persécuté depuis de longues années. Pour la première fois en 15 ans il a pu être présent à Cannes pour défendre cet autre Iran qui n’abdique pas face au despotisme.

ANNIE GAVA

Rencontres cinématographiques d’Arles 
Du 28 juillet au 1er août 
Espace Croisière, Arles

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La vie de Château

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© Lyodho Kaneko

Au sein d’un écrin, la beauté.  Ce jeune festival, créé en 2021, se déroule désormais sur sept jours.  Une programmation signée du pianiste Christophe Bukudjian.

La journaliste Anna Sigalevitch et la pianiste Célimène Daudet, pétillantes et érudites, ouvrent le bal avec « Mozart et nous ». La première avec ses mots, la seconde avec ses notes retracent l’univers du petit génie de Salzbourg. (21 juillet)

Le lendemain, un récital d’une rare poésie attend le public. Il fera dialoguer deux « rossignols », Natalie Dessay et l’étonnant chanteur d’oiseaux Johnny Rasse autour du piano de Shani Diluka déroulant des airs de Grieg, Fauré, Ravel et Debussy.  C’est aussi comme des oiseaux, migrateurs cette fois, que nous traverserons la Méditerranée le 23 juilletpour une croisière sur les côtes espagnoles, grecques et italiennes, en compagnie de la théorbiste Christina Pluhar et de son Arpeggiata.

Tableaux musicaux

En cette année qui fête et Cézanne à Aix et les 150 ans de la naissance de Ravel, contemporain du peintre, l’Orchestre national de Montpellier, viendra déclarer son amour au compositeur français avec Ravel for ever. (24 juillet). Le trio Pantoun fêtera aussi Ravel au Musée Granet le 25 juillet avec des également des œuvres de Lili Boulanger  et une création mondiale de Bruno Mantovani qui s’inspire de tableaux de l’exposition Cézanne au Jas de Bouffan

Peinture et musique s’entrelaceront encore lors de la soirée Study of the Invisible à l’Église saint Joseph. Vanessa Wagner dont on connaît le goût pour les répertoires contemporains, y conviera du beau monde : Philip Glass, Brian Eno, Sakamoto, Moondog, Bryce Dessner, Meredith Monk, John Adams et leur maître à tous…  Jean-Sébastien Bach (26 juillet).

Pour les lève-tôt, l’Aube musicale est de retour avec les musiciennes du Quatuor Magenta qui accueillent au lever du soleil au Domaine Saint Joseph, avec des œuvres de Debussy, Ligeti et Wiancko. En nocturne, l’Ensemble I Giradini, associé au festival depuis sa création clôturera cette belle édition à l’Église Saint Joseph avec Le temps des Lilas programme d’œuvres d’Ernest Chausson (27 juillet).

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Les Musicales de la route Cézanne
Du 21 au 28 juillet
Le Tholonet 

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Aux sons des guitares et des rythmes latinos

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© X-DR

Petit changement cette année. Si l’an dernier le festival Jazz à Toulon se terminait le 26 juillet, c’est à cette qu’il commence cette fois, jusqu’au 9 août. Mais la ligne directrice est toujours la même : l’itinérance, de la place de la Liberté à la place Martin-Bidouré, jusqu’aux plages du Mourillon. Et le festival s’appuie toujours sur ses deux jambes : le Off à 19h – mettant en lumière les talents locaux et régionaux – et le In à partir de 21h30 – des concerts nocturnesavec des artistes de renom.

Le « Off »

En ouverture, le Off accueille la fusion be-bop-funk-soul du Kareem Kandi 4tet. Puis sur la place Camille-Ledeau Andrea Caparros & Emile Melenchon proposent un duo guitare et voix aux influences brésiliennes. La chanteuse revient le jour suivant parmi le sextet féminin d’origine toulonnaise, What Elle’s qui réunit vents, piano et batterie. Pour clôturer le festival, le quartet de David Guttierez anime la place Marie-Curie avec un jazz nourri de pop et de rock.

Le In

Côté « In », le trio légendaire composé de Bireli LagrèneMartin Taylor et Ulf Wakenius : ensemble ils reforment The Great Guitars – groupe de guitaristes jazz formé en 1973 par Charlie Byrd, Herb Ellis et Barney Kessel, avant que Martin Taylor ne les rejoigne dans les années 1980. 

Parmi les autres têtes d’affiches, le pianiste virtuose Roberto Fonseca rend hommage à l’âge d’or de la musique cubaine, comme il l’avait déjà fait dans son album La Gran Diversion. Eric Serra & RXRA Group vient revisiter ses compositions écrites pour le cinéma – de Léon au Grand Bleu. Autre jazzman de renom à monter sur scène Joshua Redman, le saxophoniste qui présentera son nouvel album Words Fall Short tout juste sorti.

Côté scène émergente, Tyreek McDole, qui a remporté le concours international de jazz vocal Sarah Vaughan vient de sortir son premier album, intitulé Open up your senses. Le lendemain,le festival accueille Carmen Souza, que l’on nomme l’Ella Fitzgerald du Cap-Vert. Chanteuse, elle est la première à mêler dans sa musique dialectes en créole et rythmes traditionnels. Pour finir, The Amazing Keystone Bigband investit les plages du Mourillonpour réinventer le répertoire de George Gershwin.

LAVINIA SCOTT

Jazz à Toulon
Du 26 juillet au 9 août
Divers places et plages, Toulon

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Les mômes à la fête

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© Natacha Guilitte

Festimôme, « un aller simple pour l’imaginaire ». C’est peu de dire que l’on en a bien besoin, à tout âge, en ces temps troublés ! Aussi l’équipe et les bénévoles du Festival international du cirque et des arts de la rue s’investissent pour faire de cette 24e édition un rendez-vous propice à rêver. En maintenant, « malgré un contexte difficile, où la culture fait les frais de lourdes coupes budgétaires, des tarifs accessibles », explique Teresa Tigrato, fondatrice de la manifestation. La soirée d’ouverture, le 24 juillet, est même gratuite, avec du stand up au programme, car ce n’est pas le moment d’oublier de rire. Et les journées suivantes sont à 5 € pour les enfants, 10 pour les adultes, (pass trois jours à, respectivement, 10 et 20 €). De quoi permettre, y compris aux familles ayant un budget limité, de profiter amplement des nombreuses propositions du festival.

Des journées bien remplies

Car Festimôme, ce sont une petite dizaine de spectacles chaque jour, sous les arbres du parc Jean-Moulin. Avec des artistes locaux, tels que le jongleur Nicolas Longuechaud, qui fait « son » cirque dans Le Block. Certains sont des voisins, comme 90’20 Soap, groupe marseillais enchaînant les reprises des inénarrables années 1990, quand les boomers étaient encore jeunes et naïfs, pour ressusciter tubes et faces B d’époque. Si jamais les Spice Girls vous manquent et que vous avez rêvé de faire découvrir leur univers musical à vos enfants, c’est « the place to be ».

D’autres compagnies viennent de plus loin, emportant la bonne humeur dans leurs valises. Les adeptes de prouesses physiques apprécieront, par exemple, le trio montpelliérain Les Triphasés, ses portés acrobatiques et sa bascule hongroise, un agrès de cirque spectaculaire. Ne ratez pas, surtout, La Dyane du collectif belge Sitting Ducks. Un numéro hilarant de déboires avec une vieille voiture, belle métaphore des impasses de notre civilisation, quand la surenchère de technologie ne fait qu’aggraver les problèmes qu’elle a suscités.

Village d’activités

Du 25 au 27 juillet, de 10 h à midi et de 14 h à 17 h, La Grande Récré, un village d’activités, s’installe dans le parc en marge des spectacles. L’occasion de s’initier au hip-hop, avec les danseurs de la Cie En Phase, suivre les ateliers proposés par les bibliothécaires de la ville d’Aubagne, se lancer dans une chasse au trésor, ou s’accorder un temps pour soi dans l’espace bien-être. 

L’association Les ami(e)s de Romy assurera aussi une sensibilisation aux différentes formes de violences (psychologiques, verbales, sexuelles, en ligne…) qui peuvent frapper les enfants, y compris dans des lieux ou institutions censés les protéger. Notez, enfin, que le parc Jean-Moulin est facilement accessible en transports en commun ou à pied, et que plusieurs parkings sont situés à proximité.

GAËLLE CLOAREC

Festimôme
Du 24 au 27 juillet
Parc Jean-Moulin, Aubagne

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La danse prend l’hélico

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© Yang Wang

Après une soirée de danse & mapping vidéo dansée par le G.U.I.D. et mappée par L’Espace Vide le 4 juillet, le Ballet Preljocaj sera de retour les 24, 25 et 26 juillet pour Helikopter & Licht. Créé cette année et donné, entre autres, au Pavillon Noir et à La Criée, le diptyque prendra ses quartiers en plein air puisqu’il retrouvera, après son passage à Châteauvallon, la scène du Théâtre de l’Archevêché d’Aix-en-Provence. L’inimitable pièce créée au tournant des années 2000 sur la pièce éponyme de Stockhausen, Helikopter célèbre le mariage de l’abstraction et de la physicalité, des indivualités et des mouvements de groupe, à partir de la mécanique obsédante de ce quatuor interprété, il faut le rappeler, par des instrumentistes isolés dans quatre hélicoptères en pleine ascension. 

Grand cru également que ce Licht apposé à Helikopter après un émouvant entretien entre le chorégraphe et le compositeur. La partition électronique pur jus de Laurent Garnier et les élans verticaux plus posés et cadrés des danseurs, vêtus de joggings multicolores, semblent amener la pièce davantage sur le terrain, certes très revisité, de fresques hip-hop. Mais l’explosivité et l’organicité de la chorégraphie revient faire écho à la lumière convoquée par le titre, et irradiant déjà sur Helikopter. Plus de vingt ans plus tard, les corps débordent d’une énergie et même d’un bonheur tangible, et précieux.

SUZANNE CANESSA

Helikopter & Licht
24 au 26 juillet
Châteauvallon, Scène nationale d’Ollioules

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Fevis : interférences musicales 

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© X-DR

Depuis trois ans la Fevis, (Fédération des ensembles vocaux et instrumentaux spécialisés)organise au cœur de La Mecque du théâtre, les Interférences dont « L’objectif est de rapprocher création musicale et programmateurs et public du spectacle vivant » explique son délégué général Louis Presset : faire en sorte qu’elle ne reste pas confinée dans les maisons d’opéra ou des festivals d’été pour toucher un plus large nombre de salles et de public.

Que manque-t-il à la musique de création pour qu’elle puisse trouver sa place sur les scènes pluridisciplinaires ? La question a réuni autour d’une table ronde dans le cadre splendide de la Collection Lambert, artistes, programmateurs, représentants du ministère de la Culture, de l’Ircam, de l’Onda… Dans les témoignages, les expériences de terrain, les intuitions partagées, les mêmes constats émergent : tout n’est pas qu’affaire de budget ou de fiche technique mais plutôt de méconnaissance, de récits inadaptés au public.

Stop aux clichés

« La création musicale est jugée aride, abstraite. Comment changer cette perception ? » s’interroge Estelle Lowry, directrice de la Maison de la musique contemporaine. Elle rappelle qu’un travail collectif est initié depuis quatre ans avec « Méridiens » porté par le ministère de la Culture et l’Ircam. Celui-ci a identifié plusieurs leviers : œuvrer à faire sortir ces musiques des clichés qui la présente comme élitiste, à mieux comprendre les publics – en particulier le sentiment d’illégitimité qui les habite face à la création, leur peur de s’ennuyer à un spectacle « barbant » –, à travailler envers des programmateurs qui méconnaissent ces esthétiques.

L’utopie de création

Élise Dabrowski, chanteuse lyrique, compositrice et directrice artistique de Trepak, structure porteuse de projets de créations, croit à la « puissance des œuvres » qui touche les publics. « Il faut arrêter de s’excuser d’être complexe. On doit rester centré sur ce que l’on a à dire. » Elle évoque Tomber sans bruit, création musicale hybride à partir d’archives sonores et visuelles, narrant la chute industrielle et sociale du groupe Vivarte (La Halle, André…) et la liquidation des 30 derniers salariés, fresque qui a suscité « l’envie » chez un large public. 

« Il y a nécessité à créer des œuvres qui font société. Chacune doit être singulière, non reproductible, à rebours des injonctions productivistes. Pas de recette : seul compte le lien entre une œuvre, un lieu, un public. » Elle plaide pour un renouvellement des formats, le temps long, l’utopie de la création dans des résidences faites de rencontres et de cocréations sur un territoire.

À Marseille, l’ensemble C Barré mise aussi sur ce travail en profondeur, au plus près duterrain et en direction des jeunes générations avec des orchestres amateurs dans les écoles et les quartiers. Depuis 2024, l’ensemble a intégré la scène nationale du Zef : « Au départ, la directrice du Zef [Francesca Poloniato] avait peur d’accueillir un ensemble comme le nôtre. Elle ne savait pas bien comment ça fonctionnait. On a travaillé ensemble, appris à se connaître », explique Sylvain Monier, son administrateur.

Car il s’agit de cela : faire tomber les craintes, accompagner les lieux dans leurs initiatives de médiation. Un public n’est pas figé, statique. Il se gagne, s’apprivoise, s’éduque, en particulier lorsqu’il pratique lui-même la musique et s’empare de la création, comme le propose C Barré aux enfants des quartiers Nord de Marseille.

ANNE-MARIE THOMAZEAU.

La rencontre s’est déroulée le 11 juillet à la Collection Lambert, Avignon.

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