mercredi 12 août 2026
No menu items!
cliquez sur l'image pour en savoir plusspot_img
Cliquez sur l'image pour vous abonnerspot_img
Accueil Blog Page 115

Une décennie avec elles

0
© Nora Philippe / Grande Ourse Films / Kwassa Films / BIND / Agitprop

LLE, c’est Nora Philippe ; elle vient d’avoir une fille et se demande comment survivre à la vie domestique et au manque de sommeil. Elle quitte Paris pour New -York où le père de sa fille vient d’avoir un poste. Enfermée au 12 étage de sa tour avec vue sur fumées de la ville, recherchant des contacts, elle va sur le campus du Barnard college of Columbia University, une institution fondée en1889, réservée aux filles. Elle décide de faire un casting via les réseaux sociaux pour rencontrer des étudiantes. On est le 7 septembre 2015 ; Obama est encore Président. « Je me surprends à rêver sur un film qui les suivrait sur des décennies jusqu’en 2045 même » confie-t-elle en voix off.

ELLES, ce sont Evy (Evelyn Mayo), Talia (Lakritz), Lila (Livingston) et Anta (Touray) qui se présentent face caméra. De 2015 à 2024, elles vont nous parler de leur vie, de leurs origines, de leurs projets, de leurs combats au sein de cette Amérique où il faut se battre pour exister entant que femme, en tant que pauvre, en tant que noire…Toutes sont engagées, Evy pour le climat, Lila pour les droits des femmes, Anta contre la ségrégation raciale, Talia pour le dialogue entre les religions. On les voit manifester, attendre avec espoir l’élection de Bernie Sanders. Leur déception, leurs craintes, leur état de choc quand Trump est élu le 9  novembre 2016. Lila se dit terrifiée. Elles participent à la Women March vers Washington en janvier 2017, l’année où Me too fait remonter les « souvenirs enfouis, les colères tues et où nait l’espoir d’être crues et entendues lorsqu’on prend la parole. » C’est l’année où Nora se sépare du père de sa fille, où il lui faut continuer le film coûte que coûte, malgré les refus de financement. Pendant trois ans, elle ne voit plus les filles à cause de la Covid mais les suit sur les réseaux.  En 2021, elle retrouve à Paris Anta qui s’y est installée pour poursuivre ses études et qui s’étonne de la considération qu’ont les Français pour Napoléon !. En 2022, la suppression aux USA d’un droit constitutionnel fondamental, celui d’avorter remet les femmes dans la même situation que leurs grands- mères. Chacune suit sa voie, naviguant à vue, jusqu’à ce qu’on apprenne le 5 novembre 2024 qu’on, dixit Lila, peut être un criminel et le président des Etats Unis.

Par la voix -je de Nora qui parle à sa fille- « Je te conscientise sur l’impérialisme, le racisme systémique, le capitalisme, la déforestation, l’exploitation néo coloniale…. », se dessine aussi le portrait d’une cinéaste engagée qui a su retracer ici dix années de luttes, approchant ses protagonistes avec discrétion et simplicité, maniant l’humour à travers les images d’archives superposées et parfois commentées.

Et Nora Antoine de dire à sa fille âgée à présent de neuf ans : « Je ne pensais pas te faire naitre à l’heure de retour des fascismes. Un jour tu verras ce film, qui m’a occupée les dix premières années de ta vie, dont les protagonistes m’ont tenu la tête haute (…) je te souhaite de nourrir de nouvelles sororités les batailles qui viennent. » Et nous aussi de l’espérer !

Annie Gava

Girls for to morrow sort en salles le 3 décembre

© Mediawan Rights

Les Mystères de la vie

0
Orchestre philharmonique de Marseille © Ville de Marseille

Les Mystères de la vie, joli nom pour ce programme de l’Orchestre philharmonique de Marseille réunissant deux artistes d’exception : le chef italien Francesco Cilluffo et le russe Sergej Krylov, que Rostropovitch classait parmi les cinq meilleurs violonistes contemporains. Le concert débutera avec l’ouverture de Loreley de Catalani, évoquant la légende rhénane. Puis ce sera le Concerto pour violon de Sibelius, monument du XXe siècle avec plus de cinquante enregistrements. Ce joyau se distingue par son premier mouvement rhapsodique, sa cantilène sublime et son rondo bondissant. Il sera suivi par les Variations Enigma d’Elgar. Composées en 1898 ces quatorze variations sont des portraits musicaux des proches du compositeur, dont la célèbre « Nimrod », hommage à son éditeur Jaeger. Elgar affirmait qu’un thème caché traverse l’œuvre sans jamais être joué ; mystère toujours non résolu.

A.-M.T.
7 décembre
Auditorium du Pharo, Marseille

Retrouvez nos articles Musiques ici

Leleu Brothers

0
Leleu Brother © X-DR

Romain et Thomas Leleu, sont aux cuivres, ce que les frères Capuçon sont aux cordes. L’aîné, Romain, trompettiste s’impose comme l’héritier de Maurice André. Le cadet, Thomas, premier tubiste révélé aux Victoires de la Musique, poursuit une brillante carrière internationale. Réunis, ils offrent un programme virtuose, de Bach à Piazzola et qui met en lumière la spectaculaire Passacaglia de Halvorsen, d’après Haendel, terrain de jeu pour leurs prouesses techniques. Autre moment fort : l’Hommage à Piazzolla de Thierry Escaich, où le compositeur mêle pulsation tanguera et écriture contemporaine. On pourra aussi entendre quelques pépites : une composition du brésilien Bonfa et Tears for Pachelbel, pièce contemporaine de Christophe Moschberger, hommage moderne au Canon en ré majeur de Johann Pachelbel, l’un des thèmes les plus célèbres de la musique baroque.

A.-M.T.
6 décembre
Palais du Pharo, Marseille

Retrouvez nos articles Musiques ici

Basalte

0
Basalte © Matthieu Baquey

Avec Basalte, Sandra Français met à nu le langage même de la danse, dans ce qu’il a de plus singulier. Seule en scène, elle imagine sur une musique de Martin Goodwin un futur proche où une machine sophistiquée serait en mesure enregistrer les données d’une chorégraphie. Et si cette intelligence artificielle, pensée pour parer à la catastrophe d’une perte de données, écrasait par sa seule existence l’essence même de la danse ? Entre rigueur et intimité, la chorégraphe confie au dispositif ce qui peut se transmettre… et expose ce qui résiste : l’épaisseur sensible, la part vécue. Sur scène, son solo se déploie face aux images projetées, comme un dialogue entre présence et traces. Le public observe, à la manière d’un géologue, la matière d’un corps en mouvement, et découvre ce que la machine ne peut traduire : l’interprétation humaine.

S.C.
4 décembre
Klap – Maison pour la Danse, Marseille

Retrouvez nos articles Scènes ici

every_body

0
every_body © Bart Grietens

Dans every_body, Alexander Vantournhout et Emmi Väisänen puisent dans nos gestes quotidiens des motifs chorégraphiques. Mains qui se serrent, s’effleurent par accident ou habitude, trajets collectifs en bus, sur escalier mécanique … De cette matière anti-spectaculaire par excellence, les deux artistes issus de la tradition de la danse et du cirque extraient une véritable poésie des corps : le banal se déplie, se répète, se décentre jusqu’à révéler une mécanique hypnotique. Une chorégraphie d’orfèvre, enivrante comme un souffle retenu, qui invite à regarder nos mouvements les plus simples avec un émerveillement neuf.

S.C.
3 décembre
Théâtre d’Arles

Retrouvez nos articles Scènes ici

Une Pédagogie du conflit

0
Polémique © NaifProduction

Dans une arène où tout se montre, Naïf Production rejoue le duo Polémique et place deux corps sous la lumière crue d’un théâtre empruntant au laboratoire sa science de la rixe. Dans cette pièce chorégraphique pour deux danseurs-acrobates, Mathieu Desseignes et Lucien Reynès, rien ne se cache : gestes, hésitations, tentatives d’approche deviennent matière à examiner, presque à disséquer. Une mécanique de relations apparaît, fragile et drôle, où chaque mouvement questionne ce que l’on accepte ou refuse de l’autre. Le dispositif, volontairement exposé, glisse vers l’absurde et transforme la scène en laboratoire d’histoires possibles.

S.C.
Les 3 et 4 décembre
Klap – Maison pour la danse, Marseille
En partenariat avec le Théâtre Joliette

Retrouvez nos articles Scènes ici

Afanador

0
Afanador © Merche-Burgos

Le Ballet nacional de España s’installe à Aix pour un spectacle exceptionnel : Afanador, inspiré par le photographe colombien Ruven Afanador. Connu pour ses portraits iconiques dans Vogue ou Vanity Fair, Afanador révèle également sa passion pour le flamenco dans ses recueils Mil Besos et Ángel Gitano. Le chorégraphe Marcos Morau a transformé ces images en une création dans laquelle 40 danseurs, un chanteur et deux guitaristes donnent vie à un univers où lumière, ombres et mouvement se mêlent. Flashs crépitants, et silhouettes étranges et fascinantes restituent l’esthétique unique du photographe. Cette fusion audacieuse de danse, photographie et flamenco promet une expérience sensorielle et poétique.

A.-M.T.
Du 4 au 6 décembre
Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence

Retrouvez nos articles Scènes ici

L’exil en héritage : une saga palestinienne

0
Hala Alyan © Mustafa Mirza

Publié en 2017 aux États-Unis, Les Maisons de sel, chronique familiale et d’exil de l’écrivaine Hala Alyan, est enfin traduit en français

Que signifie avoir un foyer quand nos maisons et terre natale ont disparu ? C’est l’interrogation au cœur de ce roman dont la version française révèle enfin au public francophone une voix américano-palestinienne exceptionnelle.

Salué par de nombreuses distinctions littéraires outre-Atlantique, ce vaste récit suit la famille Yacoub à travers quatre générations et plusieurs décennies. L’histoire s’ouvre en 1963 à Naplouse. Les noces de la jeune Alia vont être célébrées. Comme beaucoup de Palestiniens, sa mère, Salma, a fui Jaffa en 1948 durant la Nakba. Celle-ci, fidèle à une tradition ancestrale, interroge le marc de café pour découvrir l’avenir de sa fille. Ce qu’elle y découvre la bouleverse : elle y lit une existence faite de migrations et de séparations pour Alia et sa descendance. Bien que Salma garde le silence sur cette révélation, le destin suivra son cours et la prédiction s’accomplira.

Le conflit de 1967 disloque la famille. Le fils de Salma périt dans les combats. Déjà avancée en âge, elle rejoint la Jordanie. Alia et son époux Atef s’établissent, eux, au Koweït où naîtront leurs trois enfants. Mais l’histoire les rattrape : en 1990, l’invasion de Saddam Hussein les contraint à un nouvel exode. Les générations suivantes connaîtront Beyrouth, Boston, Paris… Autant de trajectoires qui font écho au parcours de millions de Palestiniens de la diaspora.

Chaque départ arrache un peu plus, impose un deuil supplémentaire, exige une nouvelle adaptation. L’autrice dépeint avec justesse comment la nostalgie se transforme en « affliction », comment les demeures deviennent des « structures de sel » emportées par les flots, comment l’identité se fragmente puis se reconstruit dans la dispersion.

La guérison par l’écriture

La structure narrative confie chaque chapitre à un membre différent de la famille, multipliant les regards. Ni héros, ni victimes, les personnages humains sont pétris de contradictions, marqués par leurs faiblesses mais résilients aussi dans leur capacité à rebondir. Comme dans toutes les familles, ils s’affrontent, se disputent, commettent des erreurs mais se retrouvent toujours unis dans l’adversité.

L’écrivaine nourrit son livre de sa propre histoire. La vie l’a menée du Koweït à l’Oklahoma, du Texas au Maine, avant le Liban. Quand elle n’écrit pas, Hala Alyan est – sans surprise – psychologue spécialisée dans l’accompagnement des traumatismes et des problématiques interculturelles. Professeure de psychologie appliquée à l’Université de New York, elle explore les passerelles entre processus de guérison et expression artistique. Elle a notamment conduit des ateliers de thérapie narrative auprès de personnes incarcérées, de rescapés de la torture et de réfugiés, tant aux États-Unis qu’au Moyen-Orient.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Les Maisons de sel d’Hala Alyan 
La Belle Étoile - 22,90 €

Requiem pour deux victimes innocentes

0
Natacha Appanah © F. Mantovani © E ditions Gallimard

Dans un récit puissant et douloureux, Natacha Appanah restitue avec La nuit au cœur trois calvaires vécus par des femmes victimes de leur conjoint

Le récit de Natacha Appanah commence par l’évocation de trois hommes ordinaires : le maçon, le chauffeur et le poète. À les voir, « on n’imagine pas » leurs points communs, qui seront dévoilés plus tard, au fur et à mesure du récit : domination, violences psychologiques et sexuelles. Trois hommes qui ont fait subir l’impensable à leurs compagnes, jusqu’à leur assassinat. Seule l’autrice y a échappé et elle nous l’annonce dès le début.

Les trois femmes sont évoquées courant dans la nuit, longue descente en enfer, souricière refermée sur elles. À 17 ans, Natacha avait gagné un prix littéraire et rencontré HC, écrivain de 30 ans de plus qu’elle, l’âge de son père. La première fois qu’elle va chez lui, il lui impose un cunnilingus. Sans un mot. L’autrice, issue d’une famille mauricienne qui a accédé à la classe moyenne, respecte les traditions et fait « bonne fille », sans révolte apparente mais bouillonnant à l’intérieur. Passionnée de littérature, elle s’est soumise à HC pendant six ans.

Plus de parents, plus d’amis. Travail dans une rédaction, courses, repas qu’il attend. La peur en permanence. À 25 ans, après une nuit où il manque de la tuer plusieurs fois, elle appelle son père pour qu’il vienne la chercher. Fin de la première partie, que l’on lit le souffle court.

La force de l’écriture

Installée désormais en France, l’autrice travaille pour un magazine. En 2000 et en 2021, elle est bouleversée par deux féminicides conjugaux. La peur revient, avec les souvenirs de son calvaire, mais avec la volonté de dénoncer l’horreur dans un livre et sauver la mémoire par l’écriture. Elle se lance dans deux enquêtes, contacte les familles, se rend sur les lieux des crimes, consulte les archives.

Travail long et douloureux. Quelques précieuses minutes lui avaient permis d’échapper à son bourreau. Emma et Chahinez n’ont pas eu cette chance. Par la force de son écriture, par la bonne focale qu’elle a su adopter pour la construction de ses témoignages, Natacha Appanah restitue avec lucidité, justesse et émotion ces trois calvaires. Un exemple de solidarité remarquable.

La nuit au cœur
de Natacha Appanah
Gallimard
CHRIS BOURGUE

La nuit au cœur de Natacha Appanah

Gallimard - 21 €

Après le prix Femina et le prix Renaudot des lycéens, Nathacha Appanah reçoit le Prix Goncourt des lycéens.

Chant de mémoire

0
The weight of a woman © Maruszak

Présenté au Théâtre Joliette, The Weight of a Woman offre un récit sensible sur la mémoire du génocide contre les Tutsis

« We know death, we choose life » : cette phrase, lancée comme un cri d’espoir, résonne longtemps après le temps de la représentation. Dans The Weight of a Woman, la poétesse Lisette Ma Neza, née aux Pays-Bas de parents rwandais au lendemain du génocide, construit un espace où les voix, les corps et la musique travaillent ensemble une mémoire encore vive.

Sa parole, multilingue et musicale, triture l’histoire, intime et collective, pour en libérer une vérité fragile et lumineuse. Sa poésie voyage d’une langue à l’autre, parfois même au sein d’une phrase qu’elle scande comme un mantra ou une prière : anglais, kinyarwanda, néerlandais… et c’est dans ce va-et-vient que le langage se fait chair, que le son résonne et que l’expressivité abonde.

Danser sa peine

Le génocide rwandais, évoqué ici comme une guerre fraternelle tragique et insoutenable, n’est pas oublié mais la douleur, elle, se voit transcendée : la transmission, le pardon, la filiation prennent corps. La danse puissante et évocatrice de Reve Teborg investit l’espace comme une langue à part entière. Et quand un survivant apparaît sur scène – Evariste Karinganire, solaire –c’est un geste de guérison et de célébration qu’il esquisse en dansant à son tour : remettre la vie au cœur d’un récit marqué par la mort.

Les deux musiciennes, Sabrine Umudahigwa et Sophie Nzayisenga sont époustouflantes : leur maîtrise, leur capacité à improviser, la richesse de leurs voix et la souplesse de leurs instruments donnent à la musique un élan organique, sans jamais écraser le reste.

La mise en scène de Lise Bruynseels est sobre mais profondément belle : Aucun effet superflu, mais un cadre qui laisse chaque artiste exister et cohabiter. Chaque geste, chaque mot, chaque pause est pesé, enveloppé dans une attention palpable.

SUZANNE CANESSA

Le spectacle a été joué le samedi 22 novembre au Théâtre Joliette, Marseille.

Retrouvez nos articles Scènes ici