samedi 11 avril 2026
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Le geste créatif

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© Vincent Rat

Après un premier volet, achevé le 15 juin, voici la seconde partie de Ce que pense la main, une exposition en deux temps conçue par la directrice du Frac Sud, Muriel Enraljan. Il fallait bien cela pour mettre en valeur les nombreuses œuvres correspondant au fil rouge de l’année 2025, l’interface entre art et artisanat. « Nous avons puisé dans notre collection, qui a désormais 40 ans, certaines pièces acquises au début des années 1980, qui entrent en résonance avec celles plus récentes de jeunes artistes. Parmi lesquels beaucoup sont de la région, la création locale étant très dynamique. »

Manier l’outil

Si la première découverte du parcours, une main évocatrice de l’art pariétal, conçue par Romain Signer au moyen d’une explosion de peinture, entre directement dans le vif du sujet, d’autres se relient moins littéralement à la thématique. Stéphanie Nava a par exemple produit un dessin mural destiné à être répliqué avec ou sans elle, tirant la fresque artistique vers la décoration artisanale. « On pourrait l’imaginer orner un préau d’école », sourit Muriel Enraljan. 

À l’inverse, Imane Fakhir ramène les mouvements du quotidien vers l’art du geste, en filmant sa grand-mère dans sa cuisine. Casser un pain de sucre ou préparer la graine de couscous devient chorégraphie. 

Parfois, ce sont les matériaux qui font résonner les pratiques. Le plasticien Dominique Angel revisite avec humour la notion de chef d’œuvre des beaux-arts « à l’ancienne », en recourant pour sa colonne sans fin, Objet de vertu, à de simples seaux de fer emplis de plâtre. La pièce majeure de l’exposition, une spirale de 1217 tuiles d’argiles évoquant un banc de poissons, est signée Gabriel Orozco. Ce pourrait être tout autant une murmuration d’étourneaux, l’artiste étant parvenu, par cette matière inerte déposée à terre, à évoquer l’indicible beauté du déplacement en multitude animale.

Art en prise avec son temps

Souvent, le propos se fait politique, ou social. Pascale Mijares, sculptrice marseillaise d’origine portugaise, rend hommage aux travailleurs qui fabriquent les fameux azulejos, ces carreaux de faïence hérités de la période où la péninsule ibérique était sous domination musulmane, en reprenant leurs motifs bleus sur des sacs de ciment. Olivier Millagou, installé à Bandol, confronte l’innocence enfantine et notre société du déchet, avec sa série Eco Plush, des doudous égarés moulés en terre cuite. « Si les politiques semblent en ce moment se distancier de l’écologie, reprend Muriel Enraljan, les artistes s’y plongent à corps perdu, questionnent le recyclage, les destructions d’écosystèmes… En tant qu’institution, nous nous interrogeons aussi sur nos métiers, déplacements, le transport des œuvres. » Voilà bien la mission des artistes : capter l’important, dans l’impermanence des vies humaines, et le rendre au temps.

GAËLLE CLOAREC

Ce que pense la main 2
Jusqu'au 23 novembre
Frac Sud, Marseille

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À la Friche, pour prendre son triple 

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© Clara Prat

Une exposition personnelle de Madison Bycroft au Panorama, une collective d’artistes belges aux 3e et 4e étages de la Tour et des artistes de la Belle de Mai à la salle des Machines. C’est à un triptyque aux couleurs justement dépareillées qu’invite la Friche pour ses expositions d’été. Un ensemble à découvrir jusqu’à l’automne. 

Sont bons ces Belges 

Principal temps fort du parcours, Tipping Point où une trentaine d’œuvres de dix artistes belges et deux artistes marseillaises ont été réunis par les curateurs Adrian Grimmeau et Grégory Thirion. Une exposition, co-produite par Botanique, l’Isep et Fraeme, dont le titrepeut se traduire par « instant critique » ou « point de bascule », et qui se décline en deux temps. 

Au 3e étage, il y a d’abord le constat. Guerres, changement climatique, montée du fascisme, le monde vit une époque sombre, et c’est dans un espace aux lumières tamisées et fenêtres obstruées que le public est invité à découvrir les œuvres. Il y a cet ensemble de 101 sculptures d’argile, aux formes abstraites, posées sur des post-it et s’étalant sur un socle de 5 mètres de long signé Sabrina Montiel-Soto. Une œuvre d’art-chéologie en forme d’inventaire du monde où l’artiste donne forme à des mots, ou des images : « chien errant », « montagne », « pouce », « flèche ». 

En face, une proposition plus directe de l’artiste d’origine syrienne Jonathan Sullam. Une grande photo d’un bombardement en Syrie est découpée et enroulée autour de néons qui s’allument et s’éteignent alternativement. L’ensemble est strié, mais se découvre facilement –on est peut-être habitué à voir de telles images… 

Autre pièce marquante, Under Automata de la Liégeoise Eva L’Hoest. L’artiste propose un plan séquence filmé à bord d’un avion à l’aide d’un scanner, où l’on voit les passagersendormis. Les corps apparaissent figés, tels les pétrifiés de Pompéi, et l’ensemble place le public devant un spectacle perturbant, d’une humanité décharnée, voguant vers une destination certainement indésirable.  

À l’étage, plus de sérénité, et plus de lumières. Les volets ont été entrouverts, l’espoir aussi. Une pièce au milieu demande même la participation du public. Un réceptacle en céramiqueaux allures de corail accueille une eau que les visiteurs sont invités à toucher. En plongeant sa main, un dispositif déclenche une composition sonore captée par des éco-acousticiens : « des voix de poissons, de mammifères marins et de mollusques ». Tous les sens sont mobilisés avec cette œuvre, même le toucher donc, bien trop rare dans une expo pour ne pas en profiter.. !

Il faudra voir aussi la série de Gérard Meurant Take_an_other_exit_of, des impressions UV sur couvertures de survie ; les huiles de Stephan Balleux qui viennent se confronter à l’intelligence artificielle (comme beaucoup d’œuvres du parcours) ; ou les 750 mini-masques africains sculptés par Anna Safiatou Touré artiste malienne résidant en Belgique, qui questionne avec ces répliques et variations de masques touristiques l’identité, le tourisme, la disparition…

Panorama météo 

Au sommet de la Friche, Triangle-Astérides invite l’artiste plasticienne et vidéo australienne Madison Bycroft avec Les mensonges du météorologues. Une exposition qui décline et poursuit son travail débutait avec son film The Sauce of All Order tournée lors d’une résidence à la Villa Medicis. Une comédie-musicale projetée dans une immense taupinière au milieu de la scénographie, dont le personnage principal, Felix Culpa, cherche à rejoindre le cercle des augures, les prêtres de Rome qui interprétaient les présages. 

Car si le titre parle ironiquement de mensonges et de météo, l’exposition s’intéresse justementaux augures, oracles et autres présages. Et puisqu’à Rome on lisait l’avenir dans le vol des oiseaux, la figure ornithologique est présente dans bien des œuvres produites. Des huiles sur toiles aux couleurs pastel intitulées Space off, représentant les sept oiseaux les plus importants de la divination romaine. Des sculptures – en céramique, papier mâché et résine – avec ses Monstrum, qui croisent l’être humain avec les oiseaux. 

Dans toutes ses œuvres, l’artiste interroge le rapport au réel, au langage, et joue du hors cadre. Très souvent, des injonctions contradictoires sont présentes, il y a à la fois des graines pour attirer les oiseaux, mais aussi des objets pour les repousser ou les piéger. Une dualité et une profondeur qui irriguent l’ensemble de cette exposition qui embarque avec douceur le public dans les joyeuses folies ou les réflexions de l’artiste. 

© Clara Prat

La Belle de Mai joue à domicile

Pour finir le triptyque, quatre artistes de la Belle de Mai proposent l’exposition Viens avec moi dans la galerie La salle des machines À découvrir, les portraits, à l’huile ou au fusain, de ce quartier réalisés par Frédéric Arcos ; dans le même esprit les gouaches de Nathalie Hugues qui vient saisir la beauté au détour d’une ruelle ; les Vénus gravées de Noémie Privat ; ou les immenses sculptures de Matthieu Herreman fabriquées à l’aide de pailles en plastique, qui deviennent parfois velours, parfois métal, selon comment on les regarde. 

NICOLAS SANTUCCI

Viens avec moi
Jusqu’au 28 septembre
La salle des machines 

Tipping Point
Jusqu’au 28 septembre
3e et 4e étages de La Tour

Les mensonges du météorologue
Jusqu’au 16 novembre
Panorama

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Aix caetera

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Festival d’Aix-en-Provence 2025 © Jean-Louis Fernandez

Jusqu’aux dernières représentations de ses productions opératiques le 21 juillet, le Festival d’Aix-en-Provence continue avec des concerts particulièrement inspirants et inspirés. Après, entre autres, la très belle programmation d’Aix en Juin, mettant notamment en lumière les artistes en résidence, cinq dates se proposent de célébrer le lyrique sous toutes ses formes.

Papillons et berceuses

Renversante dans le rôle de Madame Butterfly l’été dernier, la grande Ermonela Jaho sera de retour le 12 juillet au Conservatoire Darius Milhaud le temps d’un récital mettant le répertoire italien à l’honneur : du belcanto de Donizetti au vérisme de Puccini, l’immense soprano confirmera l’unicité de sa voix, en compagnie d’une pianiste de confiance : sa tante Pantesilena Jaho, répétitrice de toujours. Le lendemain, le Waed Bouhassoun Quartet explorera à la Villa Lily Pastré les souvenirs musicaux d’enfance de ses instrumentistes, revus et remaniés au gré d’un dialogue incessant entre voix, oud, duduk, târ, setâr, vieille à roue et buzuq.

De l’Allemagne (Romantique)

Le 16 juillet, Simon Rattle et le Bayerische Symphonieorchester s’empareront des ultra-romantiques Wagner – le prélude de Lohengrin – et Bruckner – la Symphonie n°9 – mais aussi des ultramodernes Atmosphères de György Ligeti le temps d’un concert pensé sans nul doute comme un contrepoint au tendre Sturm und Drang à l’œuvre sur Don Giovanni

Le lendemain, les deux légendes Diana Damrau et Jonas Kaufmann uniront leurs voix face au piano d’Helmut Deutsch pour un programme 100% germanique : Richard Strauss et Gustav Mahler s’y enchaîneront le temps d’extraits de leurs plus beaux cycles. Des KnabenWunderhorn, les Rückert ou encore les Vier Letzte Lieder. Ce seront de nouveau Wagner (l’ouverture des Meistersinger) et Mahler (la Symphonie n°1) qui se verront mis à l’honneur le temps du concert de l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée, dirigé par Evan Rogister et en compagnie de la soprano Amina Idris sur l’air de Mireille, « Voici la vaste plaine », intercalée entre les deux opus allemands et la composition collective de l’Orchestre. Une belle clôture pour le 21 juillet, point final d’un festival décidément plein de promesses.

SUZANNE CANESSA

Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence
Jusqu’au 21 juillet

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Nice, musique, académie 

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© Philippe Gontier

Sous les oliviers centenaires du cloître de Cimiez, l’été 2025 s’annonce vibrant et poétique : le Nice Classic Festival revient du 22 juillet au 9 août avec une programmation aussi généreuse qu’exigeante, portée par les grands solistes qui composent son académie : Marie-Josèphe Jude, sa directrice, mais aussi Jonas VitaudPierre GénissonEmmanuel Strosser, David Saudubray ou encore Delphine Haïdan

La série des Concerts de Midi à l’Auditorium du Musée Matisse s’ouvre le 22 juillet avec le pianiste Florent Boffard autour des filiations Debussy-Boulez. Hortense Cartier-Bresson(29 juillet), David Saudubray (7 août) ou encore Gaspard Dehaene pour un récital Chopin (8 août) viendront compléter ce cycle intimiste.

En soirée, plusieurs grands formats jalonnent l’agenda : le 22 juillet à 20h, « Trois pianos sous les étoiles » propose une déclinaison autour de Ravel et du Boléro en compagnie de François HeisserJean-Frédéric Neuburger et Charles Heisser. Le 25 juillet, « Anciens et Nouveaux Mondes » promet un dialogue entre répertoire classique, création contemporaine et musiques traditionnelles. L’Orchestre Philharmonique de Nice est attendu le 3 août avec « Contes, jardins et passions ».

Le volet vocal, bien représenté, passe par la désormais habituelle « Soirée lyrique » des étoiles montantes de Lorraine Nubar (1er août), et par « Voix croisées, de Satie à Fauré » le 5 août.

Les étudiants de l’Académie Internationale d’Été de Nice se produiront lors de trois concerts publics (26 juillet, 2 et 9 août), tandis que la danse revient ponctuellement le 26 juillet avec un spectacle au Conservatoire.

À noter aussi quelques intitulés évocateurs : « Souffles, cordes et vagues » (24 juillet), « Les Saisons de l’Âme » (29 juillet), ou encore « La Nuit du Piano » (8 août), soirée de clôture officieuse autour de Debussy, Rachmaninoff et Ravel. La variété des formats et des lieux – cloître, musée, auditorium – permet une circulation entre les esthétiques et les publics, tout en préservant une identité sonore et patrimoniale propre à Nice.

SUZANNE CANESSA

Nice Classic Festival
Du 22 juillet au 9 août 
Divers lieux, Nice 

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Pratiquer le monde au sommet

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Duo Paamath : Sandoval © X-DR

Le festival met à l’honneur les musiques du monde dans un cadre idyllique : le parc naturel du Queyras. Le village d’Abriès-Ristolas culmine à 1500m, entouré de crêtes impressionnantes et de pentes escarpées. La 33e édition, qui se déroule du 22 au 26 juillet, va du jazz au rock en passant par des chants polyphoniques. Une programmation alliée à des stages d’été d’accordéon, chant, piano, percussions et danse. 

Le 22, après une session jam, le duo Paamath et Sandoval ouvre le festival, à la Salle de l’Ogival, aux rythmes des guitares, avec des compositions personnelles chantées en espagnol, wolof, buru, et en français. 

Le quatuor Bargainatt – violons, accordéon et violoncelle, tous chanteurs également – empruntent les impulsions de danses de diverses régions, de la Bretagne à l’Auvergne. Ils interprètent leurs compositions inspirées d’airs traditionnels à l’Espace Guinguette. 

Ensuite, direction les caraïbes où les 5 musiciens du Commandant Coustou incarnent le plongeur célèbre en s’appuyant sur un répertoire aux sons cubains, de la biguine martiniquaise, calypso et twoubadou haïtien. Plus tard dans la soirée, les sept voix de Barrut invitent le public à découvrir chants traditionnels polyphoniques et percussives de la méditerranée, notamment grâce à leur dernier album, Travèrsas, chanté en langue occitane. Par la suite, le trio nantais Djusu voyage au fil des chants d’Evelyne Mambo infusés de rythmes et genres musicaux d’Afrique occidentale ou de la Rumba, et avec des références rock-psyché. Le soir de clôture voit le Slim Paul Trio – guitariste aficionado du blues au Chapiteau d’Abriès avant le DJ set El Pabuelito.

Faire ensemble

En amont des concerts débutent les stages, qui donnent à ce festival son identité, et en font un lieu de référence pour les apprentis musiciens et les amateurs éclairés. Guillaume Aubert et Simon Gielen dirigent le stage d’accordéon diatonique  (musiques traditionnelles et chansons du mond)e. La chanteuse Cécilia Simonet invite à découvrir les chants polyphoniques et traditionnels d’Europe du Sud accompagnée au saxophone par Vincent Cladère. Yani Fola propose un atelier « orchestre » de percussions africaines (djembé, doundoun, kenkeni, yabara et balafon). Une restitution publique de ces trois stages a lieu à l’Espace Guinguette le 25. Les pianistes pourront aussi libérer leur jeu avec le stage de composition au piano conduit par Kevin Taduy. Et le 23, Marie Claire propose une initiation à la danse folk. 

LAVINIA SCOTT

Musiqueyras
Du 21 au 26 juillet 
Abriès-Ristolas

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Un festival engagé au cœur des Cévennes

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transes
© Cie Alas negras

Depuis 1998, Les Transes Cévenoles reviennent chaque été dans le village de Sumène au cœur des Cévennes gardoises. Avec l’association Les Elvis Platinés et une équipe de 180 bénévoles, ce festival associatif et à taille humaine reste fidèle à son ambition première : conjuguer création artistique et engagement social et écologique. Il est de retour les 19 et 20 juillet.

Pour cette édition, la programmation artistique reflète la vitalité de la scène émergente. Du concert solaire de la Montpelliéraine Mauvaise Bouche au show explosif du septet brésilien TechnoBrass, en passant par le duo marseillais Baja Frequencia et ses mixes endiablés entre reggaeton, cumbia et techno, la scène musicale promet des soirées éclectiques et exaltantes.

Côté arts de rue et spectacles, la programmation confirme la ligne artistique singulière du festival : le spectacle poétique Dans les rêves de la Cie Alas Negras, la fresque naturaliste Aucèls de la Cie l’Araignée au Plafond, ou encore l’univers absurde de Très grosse alerte à Maliboue de la Cie Monde Truelle entraîneront à coup sûr petits et grands. Sans oublier Ceci est mon corps de la Cie Chagall sans M, un monologue sur la réappropriation de soi, ou encore Essaye encore de la Cie Hors de Portes, un duo burlesque et fragile à souhait.

Une fête populaire et engagée

Mais ce qui distingue véritablement les Transes Cévenoles, c’est leur engagement écologique et social, au cœur de chaque édition. Le festival bannit le plastique jetable, favorise les mobilités douces, propose des repas végétariens, installe toilettes sèches et fontaines à eau en accès libre, et réduit drastiquement les supports imprimés. 

Au-delà de l’écologie, le festival œuvre pour l’égalité des genres, lutte contre les violences sexistes et sexuelles grâce à des stands de prévention, des équipes formées, et un espace d’écoute animé par l’association TKT. Une attention particulière est aussi portée à l’inclusion, avec l’accueil de jeunes issus de structures sociales pour vivre les coulisses de l’événement en immersion.

Les Transes Cévenoles, un modèle d’événement festif et citoyen. À travers une politique tarifaire souple et des engagements concrets, il dessine le visage d’un festival du XXIe siècle, conscient de ses responsabilités, sans jamais renoncer à la joie de faire la fête.

MANON BRUNEL

Les Transes Cévenoles
19 et 20 juillet
Sumène

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Verdi dans la verdure

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© X-DR

Organisé dans l’écrin naturel enchanteur du Théâtre Silvain, niché entre mer et pinède, cette soirée musicale exceptionnelle, à l’initiative de Marseille Concerts, va permettre au public d’entendre quelques-uns des plus grands airs du maître italien : du célèbre « La donna è mobile » de Rigoletto à l’intense duo d’amitié de Don Carlos, en passant par la prière déchirante de Desdémone dans Otello, ou encore le bouleversant « Addio del passato » de Violetta dans La Traviata, chaque extrait donne à entendre l’humanité à fleur de peau des personnages verdiens. Avec le compositeur italien, la passion, l’amour, le destin, le sacrifice… tous les grands sentiments sont au rendez-vous !

Ces héros lyriques seront portés par quatre jeunes solistes parmi les plus prometteurs de leur génération. La soprano Chloé Chaume, qu’on a pu entendre à l’Opéra de Paris ou à l’Opéra-Comique, prêtera sa voix lumineuse et sensible à Violetta ou à Gilda (Rigoletto). À ses côtés, la mezzo-soprano Ambroisine Bré, lauréate de nombreux prix et saluée pour son intensité dramatique incarnera les superbes Madalena (Rigoletto) et Azucena (Le Trouvère). Le ténor Samy Camps, voix ardente et charismatique, prêtera son souffle avec panache au jeune et passionné Alfredo. Le baryton Yoann Dubruque, quant à lui apportera son timbre sombre et profond aux rôles tourmentés de Rigoletto ou de Rodrigo, dans Don Carlos.

Yoann Dubruque © Olivia Droeshaut

Sous les doigts inspirés du pianiste Ismaël Margain, ces airs prennent vie avec toute la richesse expressive de ce répertoire grandiose. Et pour accompagner le public dans cette traversée lyrique, Olivier Bellamy,  directeur artistique de Marseille Concerts, présentera les extraits en les replaçant dans leur contexte, rendant l’opéra aussi vivant qu’accessible.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

le 19 juillet 
Théâtre Sylvain, Marseille 

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Les artistes à l’Estaque touchés par l’incendie

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© La Déviation

Au Pôle Nord, non loin de la gare, l’Agence de Voyages Imaginaires, au programme du festival d’Avignon, n’était pas présente pour voir les flammes gagner son local. Mais un peu plus loin, les artistes de La Déviation ont bien assisté, impuissants, à la destruction d’une bonne partie de leur infrastructure. Le feu a épargné la plupart de leur production artistique, mais a détruit entre autres leur atelier céramique, leur boulangerie, et des machines destinées à la réparation du lieu.

Un chantier solidaire y était en cours ces derniers mois. La Déviation est une ancienne usine désaffectée, devenue lieu de création et résidence artistique quand un groupe artistes en a obtenu la propriété d’usage. La Déviation avait reçu des subventions de la mairie de Marseille et du département, pour restaurer toit et mur. L’incendie force à un départ à zéro bien malvenu.

Sur place le 8 juillet, Lila raconte la fumée descendant des collines à l’arrière, vers 13h. L’ascension desdites collines, la réalisation du danger qui arrive. Les coups de fils aux voisins, dont certains s’étaient confinés sur conseil de l’Etat. L’appel à l’évacuation. A 15h, la Déviation est atteinte par les flammes. A 19h, les pompiers, débordés, finissent par arriver. Ils réussissent tout de même à sauver la majeure partie du bâtiment principal.

A l’Estaque, de plus en plus d’artistes établissent leurs ateliers depuis les années 2000. Lila explique que dans cette commune en périphérie de Marseille, différents histoires d’immigration se mélangent, et le dialogue ouvrier-artiste est facile. Après le traumatisme, la solidarité des habitants a mis du baume aux cœurs des artistes touchés. Une cagnotte, lancée dans l’urgence sur Instagram (@la_deviation), avait déjà récolté 23 000€ dimanche. Entre attachement fort au lieu et soutien continu des Estaquéens, une chose est sûre pour Lila : ce triste évènement ne marque pas la fin de la Déviation.

Un appel aux dons est aussi en cours pour aider Valérie Bournet, co-gérante de l’Agence de Voyages Imaginaires, dont la maison a brûlé, en plus d’une partie de son lieu de travail : Solidarité Maison Valerie sur Lichee a recueilli plus de 20 000.

GABRIELLE SAUVIAT

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Des paillettes sur de l’horreur 

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© X-DR

Des murs fuchsia et jaune. Des couleurs éclatantes comme pour dissimuler le malaise. Dès les premiers pas dans l’exposition Eros dans l’arène de Picasso, la dissonance est palpable. Le cœur s’alourdit à mesure que le regard se pose sur les explications. Car l’exposition, si elle se veut un hommage à l’héritage culturel de la corrida, se transforme peu à peu en un face-à-face avec la violence d’un artiste élevé au rang de mythe : Pablo Picasso.

Objets traditionnels – capes de matador, affiches de corrida, éventail en bois – cohabitent avec des œuvres dérangeantes du maître espagnol : huiles, lithographies, croquis. On croit, d’abord, plonger dans le patrimoine local. Mais la thématique se transforme rapidement en une représentation des rapports de pouvoir, de violence symbolique, voire sexuelle, entre les genres. Chaque pas dans cette scénographie devient un pas de trop, jusqu’à l’overdose.

Admiration masculine comme norme

« Le sujet de l’exposition est audacieux », affirme la commissaire lors du discours d’ouverture du vernissage, rappelant que ce sont « quatre femmes féministes » qui ont conçu le parcours. Pourtant, la volonté de distanciation se heurte à un mur : celui de l’impunité artistique. Le visiteur est invité à contempler des scènes érotiques où le taureau — symbole masculin chez Picasso — domine quasi systématiquement. La femme est muse soumise, comme dans A los toros avec Picasso où elle est nu face à un torero habillé. 

Le discours de présentation sur le site du musée cherche à rassurer : « les femmes s’y montrent puissantes, compatissantes ou dominatrices ». Mais les œuvres disent tout autre chose. L’admiration pour la force virile, la domination de la femme, l’adoration de la brutalité masculine forment une narration stéréotypée et violente. Les œuvres exposées, bien que témoins d’une époque, ne sont jamais déconstruites. Elles sont sacralisées. 

Le monstre au musée

Le musée tente de dissocier l’homme de l’artiste. Mais Picasso lui-même proclame : « ce sont des mémoires qu’on s’écrit à soi-même ». Fernande Olivier, sa compagne à partir de 1905, raconte qu’il l’enfermait à clé dans son atelier quand il s’en allait. La photographe Dora Maar, sa compagne dans les années 1930, était battue jusqu’à perdre connaissance. Son épouse, Olga Khokhlova, s’est retrouvée plusieurs fois traînée par les cheveux chez eux. Les violences conjugales qu’il a fait subir sont établies, et ces violences irriguent directement sa production artistique.

Là où force masculine rime avec séduction, les pouvoirs de domination sexiste persistent. Dans Minotaure regardant une femme endormie, le minotaure, figure masculine et bestiale, est accroupie sur une femme et a son visage penché sur le sien. Endormie, la femme est en position de vulnérabilité. Les métaphores animales ne camouflent pas la brutalité : elles la traduisent.

Un seul tableau semble offrir une respiration : celui d’une torera signée J.G Domergue. Geste de dérision ou tentative de rééquilibrage ? Difficile à dire. Mais il vient, comme un murmure tardif, rappeler que d’autres récits sont possibles. 

MANON BRUNEL

Exposition donnée au Musée Estrine, à Saint-Rémy-de-Provence.

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De la filiation à la fiction

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L’autrice, rompue aux complexités de l’écriture de scénarios au cinéma, l’est autant que la narratrice, dans ce deuxième roman. Le genre scénario donne au texte une dimension profondément dialogique. Il explore la part intime, émotionnelle et identitaire des relations humaines, ici entre une grand-mère et une petite-fille qui pourrait bien être Carine Hazan elle-même. Tout est destiné à souligner l’intensité et le sens de cette relation : un cadre, un hôtel perdu dans les Alpes australiennes, un passé, celui de la Shoah et de l’exil, une filiation, matrilinéaire et fragile, un récit, mi-fiction mi-témoignage, transformant l’épreuve indicible en mémoire réappropriée, la survie en vie.

Le récit, hybride, entre essai historique, autofiction, thriller et comédie noire, exprime et performe le pouvoir salvateur de la fiction, bribes de souvenirs réinterprétés, que la vieille dame juive polonaise transmet à sa petite-fille. Au-delà des mots, il y a les actes : se venger, avec la complicité de sa petite-fille, supposée imaginative et pleine de ressources, en assassinant son dernier boyfriend, Carl Schubert, qu’elle soupçonne d’être un ancien nazi. 

Boulevard des assassins

À partir de là, le roman prend la tournure d’un théâtre de boulevard du crime, au burlesque tragique : séquestration, dissimulation, suite de quiproquos, situations absurdes. Il masque la question, profonde et grave, sous-tendue par le texte, entre reconstruction post-traumatique, vengeance et justice. Prendre le pouvoir sur le bourreau, c’est, individuellement, reprendre le pouvoir sur l’histoire de sa vie, avant l’exil et la perte des siens, c’est, collectivement, résister contre le silence et l’oubli.

La langue de Carine Hazan emprunte au théâtre sa vivacité, son esprit caustique et ses rebondissements, aux scénarios ses rythmes, ses fragmentations et ses raccourcis, se passant notamment, dans les moments les plus tendus, de ponctuation. Le texte est comme un fil qui vient recoudre le fil de la grande Histoire, à l’échelle concrète du témoignage vivant et survivant.

Les thèmes abordés dans le roman résonnent avec les enjeux du présent, entre réparation, reconstruction, réconciliation ou encore prise en considération du rôle des femmes, trop souvent oubliées par l’Histoire. 

FLORENCE LETHURGEZ

Vies et survies d’Elisabeth Halpern, de Carine Hazan
Phoebus

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