mercredi 12 août 2026
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Cyril Benhamou prépare sa sortie

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Cyril Benhamou © Fabien Genais

Le musicien marseillais présente HOT, son nouvel album, au Théâtre de l’Œuvre (Marseille) ce 6 décembre

À un peu plus d’une semaine du concert de sortie de son nouvel album HOT (pour « Heart Of Town ») chez Binaural productions, Cyril Benhamou ne sait pas vraiment qui seront les invité·e·s pour le concert au Théâtre de l’Œuvre. Ni même s’il y aura des surprises.

: « C’est un peu comme la carte blanche que m’avait donné le Jazz des Cinq Continents ou bien, plus récemment, La Meson. », commente le musicien. La salle de la rue Consolat est d’ailleurs coproductrice de l’évènement dans le théâtre de Belsunce : « On ne peut pas faire plus au cœur de ville ».

Le centre de la cité phocéenne, le pianiste en avait déjà touché les cieux lorsqu’il animait, de 2023 à 2025, les bouillantes sessions du rooftop de l’Artplexe tous les mardis soir. Là c’est un nouveau pan de son univers musical qu’il vient présenter en jouant les morceaux de son nouvel album, aux côtés du batteur Jérome Mouriez et du bassiste Pascal Blanc, « deux piliers de ma galaxie qui connaissent bien mon univers », explique-t-il.

Influences multiples

Un disque alignant neuf compositions et une reprise – White Keys de Chilly Gonzalez. C’est pourtant à la fantasque Hiromi, aux deux Avishai Cohen (le contrebassiste et le trompettiste, surtout dans sa dimension électrique), ou encore à Tigran Haymasian (le virtuose des claviers aux inclinations très « rock ») qu’il fait référence lorsqu’il est question d’influences.

Les compositions lorgnent dans des directions démultipliées et pourtant évidentes, sont parsemées de tentations latines, d’inclinations méditerranéennes voire orientalisantes, ou même celtiques, sans jamais se départir d’un méchant sens du groove et de la mélodie.

Il s’agissait avant tout de « rester dans la chanson » tout en « pensant trio », en prenant en compte la personnalité musicale de ses compères. Moments de tensions et de relâchements alternent dans un maelstrom où la sensualité le dispute à la préciosité. Entre le fantasque Hip Hop des Kids sorti en premier single et l’onirique Estie’s Dream avec le violoncelliste Guillaume Latil, la palette de ce créateur made in Marseille déborde des couleurs de l’universel phocéen et même au-delà. Le public du Théâtre de l’Œuvre devrait en vibrer d’aise, voire davantage.

LAURENT DUSSUTOUR

Cyril Benhamou
6 décembre
Théâtre de l’Œuvre, Marseille

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Aden-Marseille, deux villes dialoguent

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Yémen, Brûle-parfum, 1er - 3e s., calcaire, Musée d’archéologie méditerranéenne, Marseille en dépôt au musée du Louvre, Paris, DAO 18

Le Centre de la Vieille Charité accueille Aden-Marseille. Du VIIIe siècle jusqu’à aujourd’hui, l’exposition plonge le public dans les relations entre les deux villes portuaires

À mi-chemin entre l’Inde et l’Europe, Aden, ville portuaire du Yémen, devient dès l’Antiquité un lieu central pour les échanges commerciaux. L’exposition présentée au Centre de la Vieille Charité de Marseille met en lumière un pan de l’histoire de cette ville et de ce pays qui connaîssent aujourd’hui une grave crise humanitaire, et explore les liens qui les unissent la cité phocéenne.

Sur les traces d’Aden

À l’origine de l’exposition, une collection de 25 pièces provenant du Yémen, offertes au Musée d’archéologie de Marseille au XXe siècle par des négociants. Mais pour cette exposition, s’y ajoute un prêt exceptionnel du musée du Louvre. Parmi ces prêts, il y a notamment cette magnifique dalle en albâtre provenant de la cité de Ma’rib du royaume de Saba, datant du VIIe siècle.

La première salle met également en évidence des inscriptions funéraires datant du premier siècle avant notre ère, un fragment de bas-relief représentant une déesse, des plaques dédicatoires ou encore des stèles funéraires. Des cartels explicatifs rapportent la place centrale que la religion occupait dans le sud de la péninsule arabique.

Des Européens à Aden

Changement de salle et d’époque. L’exposition plonge ensuite au cœur du XVIIe siècle. En 1644, un premier échantillon de café est rapporté à Marseille, et quelques années plus tard un premier débit de « moka » est ouvert par Pascaly Haroukian, un arménien installé à Marseille. L’exposition s’attarde d’ailleurs sur des collections de tasses importées, parfois venues de Chine, utilisées pour boire le café yéménite.

Le commerce des épices et du café, que les Yéménites ont progressivement internationalisé, ravive l’intérêt pour ce territoire, et les échanges commerciaux s’intensifient. À travers des figures comme celle du commerçant Antonin Bess, arrivé en 1899 à Aden, la ville est perçue comme un nouvel eldorado par les Marseillais.

Mais si d’un côté les occidentaux voient en la ville d’Aden une opportunité de s’enrichir à travers le commerce, le contraste est patent avec les Yéménites. Sous protectorat britannique depuis 1886, ils vivent au sein d’une société coloniale très hiérarchisée : le tableau de Raoul Du Gardier, représentant un marin yéménite en train de nettoyer le pont d’un navire occidental, en témoigne.

Et aujourd’hui…

Marseille-Aden rend hommage aux yéménites et à leurs ancêtres en prolongeant l’histoire à travers des témoignages de descendants de marins et de migrants. Tahar, et d’autres Yéménites installés à Marseille, témoignent de leur double culture dans des entretiens filmés. On apprend que la Joliette fut un ancien centre de vie de la diaspora yéménite. Aujourd’hui, des artistes se réapproprient les récits de leur pays, comme Nasser Al Aswadi, qui travaille autour de la répétition d’un mot ou d’une forme. Installé en France depuis 2010, il inscrit ses créations dans un dialogue entre « héritage et modernité ». Son travail clôt le parcours, avec notamment sa sculpture en inox Tolérance.

CARLA LORANG

Aden-Marseille
Jusqu’au 29 mars 2026
Centre de la Vieille Charité,Marseille

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Éclats d’un collectif

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© Koen Broos

Dès ses premières minutes, sur écran puis à la scène, le spectacle s’ouvre comme un irrésistible terrain de jeu. Chacun, appelé par son propre prénom, se débat avec la mémoire, l’élan collectif et les fantômes de Cassavetes et de son célèbre Opening Night, décliné ces temps-ci sur scène par le théâtre ou encore la danse. Mais le film n’est ici qu’un tremplin, un prétexte joyeux : ce qui compte, c’est l’énergie du plateau, le dérapage contrôlé, le plaisir évident d’un collectif qui accepte de se fissurer pour mieux rebondir. Le trou de Peter Van den Eede, le malaise de Joris Hessels, les ébranlements de Natali Broods, les agacements d’Annelore Crollet et les émois d’Annette Van den Eede composent une danse menée au bord du chaos, où l’amour et l’art affleurent précisément parce qu’ils se dérobent.

Joies du dérapage

Le collectif DE HOE cultive cette instabilité avec une précision vertigineuse. Le spectacle se réinvente sans cesse, rejoue ses ratages, transforme les crispations en moteur dramatique. Willy Thomas, auteur-metteur en scène épuisé, tente de tenir le fil alors que Peter, hanté comme lui par un ancien trou de mémoire, décide d’un geste radical : jouer sans texte, sans garde-fou, « pour la première fois », avant que Willy ne réplique, fataliste : « et pour la dernière ». 

Cette tension infuse une série de variations fulgurantes, où la répétition devient un sport de haute voltige. Dans cette mécanique qui tourne, déraille puis repart, émerge une émotion franche, brute, portée par une mise en scène collective d’une intelligence rare. Et, il faut bien l’avouer, une langue virtuose, d’autant plus étonnamment maîtrisée qu’elle est maniée par une distribution flamande qui s’empare avec une joie communicative du français – le spectacle, déjà créé et amplement récompensé en flamand, connaît ici une nouvelle vie dans sa mue francophone. On sort ainsi d’Opening Night un peu étourdi, conquis par un théâtre qui ose buter, bégayer et rebondir pour mieux se révéler.

SUZANNE CANESSA

Opening Night a été joué les 24 et 25 novembre au Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence.

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Festival d’Angoulême : La bulle va-t-elle éclater ? 

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C’est un festival à bout de nerf. Pas un jour sans qu’une nouvelle information ne vienne rebattre les cartes sur la tenue de sa prochaine édition. Libération, dans un article du 19 novembre, l’affirme : « Le festival 2026 n’aura pas lieu ». Dans la foulée, ou dans le déni, le festival dément. Puis c’est au tour du maire d’Angoulême, Xavier Bonnefont, accompagné d’autres collectivités, d’appeler à son annulation : « Il nous apparaît plus que compliqué d’organiser le maintien de l’édition 2026 ». Un impasse provoquée par la reconduction de la société 9eArt+ à la tête du festival. 

En février 2025 déjà, le festival s’était terminé en eau de boudin. Un vent de révolte avait soufflé sur la remise des prix, où presque tous les primés avaient dénoncé le comportement de cette société organisatrice, et de son directeur-fondateur Franck Bondoux. La raison : la publication d’un article dans L’Humanité quelques semaines plus tôt, qui levait le voile sur la direction mercantile du rendez-vous, son opacité financière, et surtout, la gestion inique d’un cas de viol dénoncé par une de ses salariés. 

Assez pour faire table rase du passé et relancer le Festival d’Angoulême sur de nouveaux rails ? C’est ce que beaucoup espéraient. Dès le printemps, une pétition d’appel au boycott des auteurs·ices avait réuni plus de 2500 signatures, dont celle d’Anouck Ricard, Grand Prix 2025. Pas suffisant pour l’association du Festival d’Angoulême, qui avait reconduit la société 9eArt+ pour les dix prochaines éditions. Plusieurs appels au boycott et prises de positions politiques plus tard, la situation semble de plus en plus compromise pour l’édition 2026, et peut-être au-delà.

« Chloé on te croit »

Ce n’est pourtant pas la première polémique qui touche Festival d’Angoulême version 9eArt+. En 2016, le rendez-vous affichait une liste de 30 noms composée uniquement d’hommes pour son Grand Prix… Quelques années plus tard, il offrait une grande exposition au dessinateur Bastien Vivès, accusé de faire l’éloge de la pédopornographie. Mais l’article de Lucie Servin, paru le 24 janvier 2025 dans L’Humanité, avait fini de jeter le trouble sur la gestion toxique de ce festival.   

L’article racontait l’histoire de Chloé*, salariée du festival en 2024, qui, soupçonnant avoir subi un viol chimique de la part d’un collègue, avait cherché de l’aide auprès de sa direction. En réponse, la DRH lui avait conseillé de prendre une pilule du lendemain, et un mois plus tard, Franck Bondoux l’avait convoquée pour la licencier pour faute lourde.  

« Tout le monde dans le public n’avait pas lu l’article de L’Humanité, alors dans l’espace des éditeurs indépendants, des pancartes “Chloé on te croit” avait été accrochées sur les stands » se rappelle Camille Potte, autrice marseillaise et lauréate du Fauve de la révélation en 2025 à Angoulême. 

Ces tensions qui animent les allées doivent trouver leur caisse de résonnance finale à la grande soirée de remise de prix. « Pendant la cérémonie, quasiment toutes les personnes lauréates se sont positionnées contre 9eArt+, contre Franck Bondoux et en soutien à Chloé », explique Camille Potte, elle aussi sur scène ce soir-là. Le Jury, présidé par le dessinateur Jul, avait également tenu à prendre la parole pour exprimer son trouble. Mais, surprise : pas de retransmission en direct de la cérémonie cette année-là… 

Dérive mercantile

Outre l’effarement devant la gestion du viol présumé de Chloé, beaucoup d’auteurs·ices et de syndicats dénoncent la dérive mercantile du festival, qui a trouvé son point d’orgue dans le partenariat signé avec une enseigne de fast-food. Le logo est accolé à celui du festival, et dans les rues d’Angoulême, on pouvait voir Lucky Luke en train de manger des burgers…  

Le Festival d’Angoulême, une machine à fric qui se goinfre, quand dans le même temps les auteurs·ices de BD connaissent une grande paupérisation ? « Le festival ne prend pas en compte que sans les auteurs·ices, il n’y a pas de festival. Iels ne sont pas du tout rémunéré·es, sinon des clopinettes pendant les rencontres avec le public », regrette Camille Potte.  

Une édition annulée

Reste que l’annulation du festival 2026 aura des conséquences certaines pour les auteurs·ices. « Pour ceux qui ont des livres en sélection c’est dur. J’ai eu un prix l’année dernière, et je vois l’impact que ça peut avoir sur les ventes et sur le reste de ta carrière. On connaît ton nom, on t’appelle pour d’autres projets…» 

Les maisons d’édition connaissent la précarité également : « C’est une situation difficile pour les éditeurs aussi. Je pense à des éditeurs ultra-marins qui avaient déjà réservé leurs billets d’avions, les locations… », poursuit l’autrice marseillaise. 

Si l’édition 2026 est déjà dans l’impasse, c’est la survie du festival lui-même qui est en jeu. Les syndicats des auteurs préviennent : si le festival ne repart par sur « un nouveau projet […] les auteurs ne reviendront pas, même en 2027. » 

NICOLAS SANTUCCI

*Son prénom avait été modifié au moment de l’article. Il s’agit d’Élise Bouché-Tran, ancienne responsable de la communication du Festival, qui a depuis pris la parole publiquement.  


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S’entre-connaître, pour une traduction plurielle et égale 

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Table Ronde "Prendre langue, traduire", animée par Chloé Leprince, journaliste à France Culture. Avec Barbara Cassin, Cécile Canut et Richard Jacquemond - La Criée, salle Déméter. Nouvelles Rencontres d'Averroès. 23 novembre 2025 Photographie © Baptiste de Ville d Avray

La  sociolinguistique est entrée en dialogue avec la philosophe Barbara Cassin (en visio), et le traducteur de l’arabe Richard Jacquemond.  L’occasion de revenir sur la façon dont les langues sont soumises à des normes qui font obstacle à leur transmission, leur diffusion ou encore à leur traduction.

La table ronde parcourt plusieurs sujets comme celui amorcé la veille par Souleymane Bachir Diagne autour du concept d’ « intraduisible », ces mots qui n’ont pas d’équivalent simple dans les autres langues, mais que l’on parvient à expliciter par des  expressions, variables selon les usages, en contexte. Il faut alors concevoir la traduction dans une temporalité infinie…  

Babel, chance ou malédiction ? 

Evoquant le mythe de Babel, le Coran  énonce :  
Nous avons fait de vous des Nations pour que vous vous entre-connaissiez
Comme le rappelle Richard Jacquemond, dans le monde arabe, les traducteurs sont aussi célèbres que les auteurs, tant leur rôle est apprécié dans sa fonction globale. Le châtiment évoqué dans le récit biblique contiendrait-il en fait le secret du trésor, le pluriversalisme de l’Humanité ?
La rencontre élargit le propos autour des pratiques langagières au-delà de leur fonction de communication.  Les représentations des langues n’échappent pas aux normes établies en contexte colonial, elles sont historiquement situées. C’est précisément ce qui illustre le concept de « Provincialiser la langue » titre de l’ouvrage de Cécile Canut dont l’approche s’inspire  de la démarche de Dipesh Chakrabarty, qui rappelle que les savoirs et catégories européennes sont situés, historiques, et non universels. 

Mais si les langues ne sont pas de simples outils de communication, que nous dit la traduction ?

Traduire aussi pour dominer

Dans un marché linguistique profondément asymétrique, la traduction peut être domination, avec des langues prescrites par leur fonction « professionnelle», d’autres en voie de disparition car leur usage ne serait d’aucune utilité… Pourtant, les langues résistent, ressurgissent, murmurent d’autres vocations, portant en elle une expression ontologique et poétique profonde. « Dans cette résurgence, s’exprime un contre don, une rencontre dans une humanité commune ». Le trait d’union du singulier et de l’universel. 

Dans son livre Provincialiser la langue Cécile Canut nous invite à regarde celle-ci non plus comme une entité fixe, homogène, normée et universelle, mais comme une réalité plurielle, hétérogène, en mouvement, façonnée par des histoires particulières et des pratiques diverses. Cela implique de faire émerger la pluralité des voix, des langues-marges comme le nouchi ou l’amazigh, souvent reléguées comme « dialectes » ou « sous-langues ». 

Combattre la domination linguistique impose de réinterroger les langues nationales comme norme unique et comme signe d’appartenance nationale et de « cultivation » sociale, excluant les autres formes langagières. Ainsi, résister à l’imposition de la langue nationale ou coloniale est possible : cela repose sur des conceptions locales spécifiques du langage, non standardisées par le modèle hégémonique ; cela suppose une humilité critique de la part des chercheurs pour se défaire des catégorisations naturalisées et des rapports de pouvoir inscrits dans la langue standard.

Ouvrir d’autres voix
Provincialiser la langue est une invitation à décentrer et historiciser la notion elle-même de langue, à reconnaître sa diversité et son inscription dans des rapports de pouvoir, notamment coloniaux. Cécile Canut invite ainsi à une démarche à la fois critique et constructive, pour ouvrir d’autres voix jusque-là marginalisées, à partir des marges du système dominant. Cette proposition ouvre un champ renouvelé en sociolinguistique critique, en dialogue avec les études postcoloniales et décoloniales. 

SAMIA CHABANI

Cette rencontre a eu lieu le 23 novembre à La Criée, dans le cadre des Nouvelles Rencontres d'Averroès

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Nouvelles Rencontres d’Averroès : Dessiner en direct

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CONCERT DESSINE - Rébétissa, un concert dessiné rébétiko par David Prudhomme, Aggelos Aggetou et Maria SImoglou - La Criée, salle Ouranos. Nouvelles Rencontres d'Averroès. 22 novembre 2025 Photographie © Baptiste de Ville d Avray

Le concert dessiné permet à l’œil du spectateur de dialoguer avec l’oreille sans synchronie stricte, mais par l’analogie, établie en direct, entre le dessinateur et les musiciens. Avec Rébétissa David Prudhomme nous emmène à la découverte du rébétiko, répertoire grec populaire qui emprunte largement à la musique d’Asie mineure, et revient vers la Grèce de 1936, lorsque la dictature de Metaxás interdit cette musique jugée subversive, accusée de « démoraliser la jeunesse grecque ». 

Entre les îles grecques et traditions musicales ottomanes et byzantines, on retrouve les thématiques emblématiques de l’amour éperdu, de l’exil et des conditions de vie difficiles. Aux côtés de l’auteur, dont les dessins progressent au fil des interprétations, les voix d’Aggelos Aggelou et de Maria Simoglou résonnent avec des « Aman, Aman », terme qui contient une dimension incantatoire souvent utilisée pour renforcer un message spirituel ou émotionnel. Le laouto (luth grec) d’Aggelos, virtuose, devient conversation, flots, vent chargé d’odeur de passage, et dispense une mélodie hypnotique qui invite à la paix intérieure.

SAMIA CHABANI

Rébétissa a été donné à La Criée le 22 novembre dans le cadre des Nouvelles Rencontres d’Averroès

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Nouvelles Rencontres d’Averroès : La Tunisie face aux dérives autoritaires

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Monia Ben Jemia © Samia Chabani

Dans le cadre de la Masterclasse « Traverser » Monia Ben Jemia, juriste et féministe, revenait sur la situation en Tunisie et la récente suspension (un mois) de l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD) dont elle est Présidente. Celle-ci résonne comme un avertissement après les arrestations et emprisonnements abusifs de nombreuses militantes en faveur des Droits des femmes ou des migrants. 
La liste est longue… Près de 40 militant·es sont derrière les barreaux pour des peines allant de 13 à 66 ans de prison, reconnus coupables pour « complot contre la sûreté de l’État ». 
« Kaïs Saïed, président de la Tunisie, a fait sa constitution tout seul, dans un déni total des citoyen·nes et de la société civile. Renforcé par le voisin algérien qui le conforte dans son virage hétéro nationaliste et suprémaciste, il agit en toute impunité, au mépris des droits les plus fondamentaux ». 
« Mon pays vit un tournant historique et le président s’applique à détruire tous les fondements de l’État de droit. »
Dans ce contexte, elle constate que les féministes tunisiennes se battent pour maintenir les acquis, davantage que pour acquérir de nouveaux droits…

SAMIA CHABANI

Monia Ben Jemia est autrice de Les siestes du grand père, récit d’inceste (2021) 
et Dominer et humilier, les violences sexistes et sexuelles en Tunisie (2024),
Éditions Cérès

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Les Rencontres invitent au dialogue

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Grand entretien - Les langues de Souleymane Bachir Diagne - La Criée, salle Déméter. Nouvelles Rencontres d'Averroès. 22 novembre 2025 Photographie © Baptiste de Ville d Avray

Converser, la première table ronde des Nouvelles rencontres, s’annonçait passionnante, promettant de placer la réflexion politique au cœur de la langue, grâce à la présence de Pierre Chiron, helléniste rhétoricien qui sait que la démocratie naît de l’art d’argumenter, de Lætitia Bucaille spécialiste de Gaza et de l’Afrique du Sud et de Gloria Origgi, épistémologue de la rumeur qui a analysé les processus langagiers de Giorgia Meloni. 

Pourtant les questions posées par Jean-Christophe Ploquin, rédacteur en chef de La Croix, ont longtemps ramené ces intellectuels à de l’anecdotique. C’est en les contournant que Laetitia Bucaille a pu analyser l’importance des paroles prononcées par les Sud-Africains, y compris par les bourreaux, après l’Apartheid, paroles qui ont permis à Mandela d’éviter le bain de sang qui menaçait. Elle pense aussi, peut-être, que  la libération de Marwan Barghouti des prisons israéliennes pourrait rappeler celle de Mandela ?

Et Gloria Origgi d’expliquer que les conflits pouvaient être exacerbés par une conversation, qui nécessite, pour être efficace, la pratique sincère du doute. Et de la dialectique, précisait le rhétoricien, qui permet d’instaurer le droit contre la force, et donc la naissance de,la citoyenneté. 

Éloge de la traduction

Chloé Camberling a quant à elle animé le Grand entretien avec le grand Souleymane Bachir Diagne avec un art de la médiation fait de la connaissance de son parcours, d’une admiration visible et d’un vrai talent pédagogique. Elle a permis de rendre la pensée du philosophe limpide sans en gommer la brillance. D’approcher la notion essentielle de pluriversalisme, un universalisme qui ne serait plus celui des colonisateurs venus civiliser les peuples inférieurs, mais celui d’une diversité des cultures qui dialoguent et, avant tout, traduisent. D’une égalité des langues, d’une pluralité qui enrichit, du cosmopolitisme. De l’éloge de Saint Louis, sa ville natale du Sénégal, née d’un comptoir français cohabitant avec un village africain et une immigration marocaine.

Quant au racisme, le philosophe l’a subi partout : seul Noir sur la photo de classe de Louis-le-Grand, accueilli en héros par Senghor quand il a réussi Normale Sup, c’est pourtant aux États-Unis qu’il s’est senti physiquement menacé. Enseignant à Columbia, il est aujourd’hui encore en première ligne des offensives de l’administration Trump contre l’Université. 

Mais il reste persuadé, comme Mandela, qu’il faut rechercher l’Ubuntu. La réconciliation, la solidarité, l’humanité commune, non en gommant les différences, mais en les faisant dialoguer, et en les traduisant. 

Agnès Freschel

Les Nouvelles Rencontres d’Averroes se sont déroulées au théâtre de la Criée et à l’Espace Julien du 20 au 23 novembre

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Temenik Electric  : Il n’y a pas de débat 

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© Bérengère Calbris

Les Nouvelles Rencontres d’Averroès proposaient, en accord avec leur thématique annuelle autour du langage, la soirée « Comment tu parles ? ». Au programme : un débat en première partie de soirée sur les langues de Marseille, avec Médéric Gasquet-Cyrus et la réalisatrice Prïncia Car, avant la venue de Temenik Electric, mené par le chanteur-guitariste Mehdi Haddjeri, en deuxième partie de soirée. 

Tour de chauffe 

L’ambiance très fraiche de ce 20 novembre, et le public venu en partie pour la rencontre plutôt que pour le concert, oblige le quintet à un petit temps de chauffe nécessaire. Mais très vite, le chanteur propose d’« entrer dans la transe, d’entrer dans la danse », et de faire masse devant la scène. Dans l’alchimie musicale qu’on lui connaît, la formation guitares-basse-batterie-machine offre un savoureux mélange d’électro-rock ponctué des lignes de voix en arabe du chanteur.  

Actuellement en plein enregistrement de son prochain EP, Habibi, le groupe interprétait pour la première fois le morceau éponyme, ainsi que Be Cif, Bel Heni ou le très émouvant H’Bouba, entre autres anciens morceaux comme la très efficace reprise de Rock the Casbah

Le set, imaginé comme une montée en puissance, emportera le public en lui ôtant rapidement sa doudoune. Un concert pensé comme un voyage vers des contrées rock frénétiques et transcendantales, assuré par un groupe à la belle energie.  

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM 

Concert donné le 20 novembre dans le cadre des Nouvelles Rencontres d’Averroès, à l’Espace Julien, Marseille. 

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J’Crains Dégun : Rassembler contre les violences faites aux femmes 

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Collage de rue © Collages Féministes Marseille

Zébuline. Quelle était l’intention de départ derrière J’Crains Dégun?
Mathilde Rémignon.
On a fait le constat que pour le 25 novembre [Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, ndlr] comme pour le 8 mars, il y avait à Marseille beaucoup d’événements proposés de manière isolée ou adressés surtout à un public de professionnels ou de personnes déjà averties. On s’est dit que si que l’on voulait mobiliser le public qu’on accompagne à l’année pour parler des violences, on avait envie de proposer quelque chose de ludique, qui aborde les violences moins frontalement, plus imagé, en faisant appel au monde de la culture qu’on croise peu. Petit à petit, l’idée de J’Crains Dégun a émergé.

C’est très important pour visibiliser ces sujets, pour qu’ils existent à Marseille, pour montrer qu’on peut travailler ensemble. C’est une alliance entre trois associations : Solidarité Femmes 13, le CIDFF et le Planning familial. L’important, c’est de montrer qu’on fait corps, qu’on est là, que la lutte continue, qu’il y a des victoires et des défis à relever. Ces sujets sont vivants et on peut s’en emparer de multiples façons. Le nom du festival vient d’une femme accompagnée au CIDFF, qui a dit :« Moi, ce que j’ai envie de dire, c’est que je crains dégun, on ne veut plus avoir peur. » Montrer qu’on a des outils, qu’on est ensemble et qu’on n’a plus peur. L’idée, c’est aussi de faire connaître nos associations pour que les personnes sachent vers qui s’orienter.

© X-DR

Cette édition mêle théâtre, littérature, cinéma, ateliers et débats. Comment avez-vous pensé la programmation ?
On cherche à avoir un ancrage local. C’est super important pour nous parce que nous souhaitons faire se rencontrer des personnes qui ne se rencontreraient peut-être pas forcément autrement. Ensuite, on a décidé de faire appel à des médiums originaux permettant de faire émerger différentes choses, d’être ensemble, de partager une expérience. Les violences entraînent souvent isolement, honte, culpabilité. On cherche aussi une façon un peu plus douce d’aborder des sujets sensibles et de mettre en place des approches mêlant sensible, intellect et créativité. Même si les sujets sont durs, la fête est importante : la joie, la fierté, l’envie de célébrer et d’être ensemble sont fondamentales pour garder un cap.

Vous intervenez également dans les écoles, collèges et lycées. En quoi la sensibilisation des jeunes est-elle essentielle dans la lutte contre les violences et les inégalités de genre ?
Lutter contre les violences passe aussi par la prévention auprès des plus jeunes ; comprendre ce qu’est la violence, les stéréotypes de genre, le patriarcat, les rapports de pouvoir, l’intersectionnalité, le rapport au corps, aux émotions, celui de l’autre, tout cela est fondamental. Le 25 matin, on recevra des collégiens et des lycéens avec des ateliers sur différentes thématiques pour aborder ces sujets.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CARLA LORANG

J’Crains Dégun
22 novembre
Friche La Belle de Mai,Marseille
J’Crains Dégun est un festival co-organisé par trois associations de terrain des Bouches-du-Rhône. À elles trois, elles accompagnent environ 10 000 personnes chaque année. Solidarité Femmes 13 existe depuis presque 50 ans et accompagne les femmes, avec ou sans enfants, victimes de violences conjugales et/ou sexuelles. L’association propose avant tout de l’écoute, gratuite et anonyme, puis oriente vers ses services : hébergement, psychologie clinique, art-thérapie, prévention… 
Le CIDFF travaille sur l’accès aux droits, avec des juristes spécialisés, et sur un axe d’insertion professionnelle. Le Planning familial accompagne quant à lui davantage sur la santé sexuelle, la vie amoureuse, les violences, et fait également de la prévention, en accueillant tout public, y compris les mineur·es. C.L.

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