mercredi 12 août 2026
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Avec les yeux et le cœur

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Portrait de Letizia Battaglia. © Shobha Ritrattodi

Présenté au PriMed dans la section « Mémoires de la Méditerranée 2025 », le documentaire de Cécile Allégra revient sur le parcours hors du commun de la photographe italienne

Ceux et celles qui sont allé·e·s aux dernières Rencontres d’Arles n’ont certainement pas manqué le travail de la grande photographe sicilienne Letizia Battaglia, celle qui photographiait avec ses yeux et son cœur, celle qui captait l’essentiel.

Au PriMed 2025, on a pu l’approcher à travers Laetizia Battaglia, photographe des années de sang, un film, écrit, réalisé et raconté par Cecilia Allegra. C’est en effet l’histoire de Letizia qu’elle conte à travers les témoignages de ceux et celles qui l’ont connue.

Images d’archives, reportages, extrait de films et surtout les superbes photos de celle qui, née en 1935, a fêté ses dix ans dans une ville détruite. « La guerre est terminée mais une autre guerre commence, la mienne ! » Suite à une mauvaise rencontre, son père lui avait interdit de sortir dans la ville. Elle qui n’avait qu’une envie : être libre et photographier Palerme.

C’est à 37 ans qu’elle a décidé de devenir photographe. Après trois ans passés à Milan où elle suit les manifs étudiantes, elle revient dans sa ville natale et devient la première femme à diriger un service photo à l’Ora, un quotidien de gauche.

Palerme est gangrénée par la mafia, les chefs mafieux qui passent en procès sont acquittés car les magistrats ont peur. Ceux qui s’opposent sont tués. En 1979, 19 assassinats. Le jour où un policier honnête, Boris Giulano est tué, Letizia pose son appareil, refusant de montrer à la mafia le corps criblé de balles. Puis ce sera le tour du juge Terranova. Letizia Battaglia organise alors la première expo au monde qui ose révéler les crimes de Cosa Nostra : des photos installées sans autorisation, en plein cœur de Palerme, fruit de 5 ans de travail. Fait en courant, la trouille au ventre.

Elle choisit ensuite de travailler avec des femmes à l’hôpital psychiatrique et photographie son peuple ; en particulier des petites filles dont la fameuse photo La petite fille au ballon. Des petites filles qui semblent collées au mur : « Je sais que ces petites filles, c’est moi. La petite fille que j’étais à dix ans. Je ne cesserai jamais de la photographier parce qu’elle seule porte un espoir pour l’avenir » confie-t-elle.

Se laver dans la mer

Letizia traverse une phase de dépression, quitte Palerme, part au Groenland. Puis, de retour à Palerme, elle voit que la société civile se réveille, surtout les femmes qui créent le comité des « draps blancs ». Avec des amies militantes, elles lancent un journal consacré aux femmes, Mezzocielo. Letizia, qui a souvent rêvé d’effacer ses photos des années de sang pour faire disparaitre la souillure, décide de les retravailler en quelque chose de différent. Elle les plonge dans la mer pour « laver le sang », des photos qu’elle appelle « réélaboration ». « J’ai passé des années à me battre pour ma ville. Mon corps n’est plus aussi fort qu’avant mais la vieillesse est une saison merveilleuse. Je travaille beaucoup mais si je m’arrête, je meurs et moi, je veux mourir debout ! »

C’est arrivé le 13 avril 2022. Les photos sont toujours là, nous rappelant les années terribles qu’a connues Palerme, nous donnant à voir ses habitants vus par l’œil hors du commun et plein d’humanité de cette femme extraordinaire toujours debout, qui répétait à sa petite fille « Si tu veux quelque chose, bats-toi pour l’avoir ! »Le documentaire de Cecilia Allegra nous permet de l’approcher et de (re)découvrir plus d’une trentaine de ses photos qui ne laissent personne indifférent.

ANNIE GAVA

Laetizia Battaglia, photographe des années de sang a été présenté au festival PriMed, Marseille.

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Rendez-vous capital à Marseille

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Ce 9 décembre, le Théâtre de l’Œuvre réunit, sous la houlette du bassiste Reggie Washington, plusieurs grandes figures du jazz

Le bassiste/contrebassiste Reggie Washington, depuis qu’il a posé ses valises en Belgique il y quelques années déjà, démultiplie les projets avec les compagnons de route qu’il côtoyait lorsqu’il vivait outre-Atlantique. Musicien particulièrement demandé pour la profondeur de sa musicalité et son sens du collectif, il sait fédérer les énergies au service d’un jazz conscient, comme dans le projet « Black Lives », dédié à la reconnaissance toujours essentielle de la présence des afro-descendants dans le monde de la musique. Son jeu déborde d’inflexions soul et funk, sans jamais se départir d’un immense sens de la mélodie, tant dans l’accompagnement qu’il sublime que dans des solos incandescents. Il est sur la scène du Théâtre de l’Œuvre ce 9 décembre à Marseille, avec quelques amis tout aussi prestigieux.

Car en cette fin d’automne, ce sont des compères de longue date qu’il convie pour une tournée européenne. Au saxophone, un nom de légende avec un prénom qui ne l’est pas moins : Ravi Coltrane. Le fils de John et Alice Coltrane, qui doit son prénom au joueur de sitar Ravi Shankar, avec lequel son père découvrit les mondes des musiques indiennes, et dont le batteur Elvin Jones remarqua les qualités artistiques singulières, l’encourageant à se défaire de la difficile posture d’héritier. Au début des années 2000, Reggie Washington et Ravi Coltrane sortaient un album remarqué avec à la batterie un certain Gene Lake, lui aussi présent sur scène ce 9 décembre.

Un batteur dont la carrière est plutôt orientée du côté du versant soul/r’n’b de l’univers jazzistique, que ce soit aux côtés des regrettés D’Angelo, Roy Hargrove dans son RH Factor ou encore de Me’Shell Nedegeocello. Gageons qu’il aura à cœur de conduire l’équipage aux confins du groove le plus évident et le plus expérimental.

Quant au guitariste David Gilmore, enseignant au Berklee Institute de Boston (la plus prestigieuse école de jazz du monde), sa carrière l’a conduit à s’exprimer aux côtés du gratin du jazz afro-américain contemporain. Avec un son entre la douceur d’un Wes Montgomery et la furie d’un Jimi Hendrix, il a à cœur de transcender les expériences émotionnelles des formations dans lesquelles il est convié en intégrant des éléments de vocabulaires issus de traditions extra-occidentales. Il est d’ailleurs, lui aussi, l’une des chevilles ouvrières du projet « Black Lives ».

L.D.

Reggie Washington

feat Ravi Coltrane David Gilmore & Gene Lake
9 décembre
Théâtre de l’Œuvre, Marseille

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Nourrir la démocratie

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© G.C.

À Marseille, la philosophe Joëlle Zask ouvre la nouvelle saison d’Opera Mundi

Avant la saison #2 de son festival, qui aura lieu du 2 au 7 février sur le thème « Nourrir et relier les mondes », Opera Mundi a organisé les 28 et 29 novembre un « avant-festival », pour Penser l’alimentation aujourd’hui. C’est Joëlle Zask, maître de conférences à l’Université d’Aix-Marseille, qui a ouvert ce temps fort, avec une réflexion sur la différence entre nourrir et alimenter. « Une distinction qui ne va pas de soi, annonçait-elle en préambule, car dans le vocabulaire courant, on emploie ces mots l’un pour l’autre. »

Comme souvent, revenir à l’étymologie permet de mieux comprendre les nuances : en latin, l’alimentum désigne un apport, quel qu’il soit, visant à maintenir un fonctionnement ; tandis que le verbe nutrire implique le fait de prendre soin, faire grandir. L’aliment, explique la philosophe en s’appuyant sur le concept marxiste de force de travail, nous maintient dans une dépendance : il s’agit de manger pour assurer le retour du corps-machine à son poste, le lendemain. Ce qui nourrit, en revanche, émancipe, ouvre à la différence. Dans une dimension sociale et culturelle, « s’y greffent usages, coutumes, croyances : si cela s’effondre, il n’y a plus rien ».

La démocratie aux champs*

Ce que nous pouvons manger au cours de nos existences, remarque Joëlle Zask, dit beaucoup des sociétés dans lesquelles nous vivons. Un tel « démêlage terminologique » lui sert à pointer ce qui ne va pas dans notre système alimentaire. « À l’échelle de la planète, alors que nous aurions les moyens d’une production saine, suffisante pour tous, nous sommes malades de la nourriture. » Trop peu, trop, trop mal… Famine ou dénutrition d’un côté, de l’autre anorexie, boulimie, malbouffe et pathologies liées aux aliments ultra-transformés.

« Or, le point de départ de l’édifice démocratique est que chacun mange à sa faim, rappelle-t-elle. Comme l’écrivait Pierre Kropotkine au XIXe siècle, le pain n’est pas une option, c’est notre priorité. Un devoir vis à vis d’autrui, et un droit à l’existence pour chacun. La démocratie n’est solide que dans la mesure où elle est sous-tendue par des habitudes démocratiques, dans notre vie quotidienne. » Alors que l’agriculture industrielle est inféodée au marché et ses exigences de rentabilité, la simple exigence de savoir d’où vient ce que l’on mange ramène l’alimentaire vers la nourriture.

GAËLLE CLOAREC

* Titre d'un ouvrage de Joëlle Zask

Cette conférence a eu lieu le 28 novembre à La Fabulerie, Marseille

A History of violence

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Oona Doherty, The Wall © Zoé Martin

La chorégraphe nord-irlandaise clôt sa résidence au Pavillon Noir sur un diptyque plein d’humanité et de rage

Voilà une dizaine d’années qu’Hope Hunt and the Ascension into Lazarus parcourt les scènes européennes. Et cinq ans que ce solo est interprété sur scène non plus par Oona Doherty elle-même, mais par la – toujours formidable – Sati Veyrunes. Projeté hors d’une voiture tunée, scotch noir en guise de vitre, la danseuse en chignon et survêtement interpelle les chauffeurs, le public rassemblé sur le parvis, saute, exulte, vocifère. Une fois installé sur la scène du Pavillon Noir, le petit malfrat surjoue la virilité, convulse, dodeline, hanches ouvertes, genoux pliés, main sur l’entrejambe. Ses gestes et sa parole s’imposent, se délient et se décomposent : du cri de supporter – « Chelsea ! » – au « Scheiße ! » allemand, en passant par des invectives destinées en français à une certaine Stéphanie. L’opus n’a rien perdu de sa virtuosité et de sa capacité à pointer la sur-masculinité prêtée à une classe ouvrière délaissée, montrée ici dans toute sa rage mais aussi sa grâce.

Faire corps

Ce sont d’autres histoires et d’autres corps que la chorégraphe scrute avec The Wall. Créé avec la National Youth Dance Company d’Angleterre, le dispositif puise dans des entretiens avec les danseurs du Ballet Junior une parole intime, redécoupée, parfois trafiquée, devenue bande son de la chorégraphie. On y entend les doutes, les traumatismes, mais aussi les espoirs d’une génération pétrie de promesses et d’espoir. Porté par les identités propres des danseurs et danseuses mais aussi par leur sens du collectif, l’opus se révèle façonné de doutes, de tâtonnements mais aussi d’un désir communicatif de faire corps. L’humour et le goût du sang se nichent encore de-ci de-là : dans l’utilisation à contresens de La Marseillaise, dans le dialogue entre le sérieux de tableaux travaillés et les moments de relâchement, eux aussi minutieusement orchestrés. Une belle ode à la jeunesse et à ses possibles.

SUZANNE CANESSA

Hope Hunt and the Ascension into Lazarus et The Wall ont été dansés les 27 et 28 novembre au Pavillon Noir, Aix-en-Provence.

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[PRIMED ]Avec les yeux et le cœur

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Ceux et celles qui sont allé.e.s aux dernières Rencontres Photographiques d’Arles n’ont pas manqué de voir le travail de la grande photographe sicilienne Letizia Battaglia, celle qui photographiait avec ses yeux et son cœur, celle qui captait l’essentiel.

Au Primed 2025, on a pu l’approcher à travers un film, écrit, réalisé et raconté par Cecilia Allegra. C’est en effet, l’histoire de Letizia qu’elle nous conte à travers les témoignages de ceux et celles qui l’ont connue, ses petits enfants Marta et Matteo Sollema, sa meilleure amie, Marilu Balsamo qui lui a consacré un livre, Santi Caleca, son ancien compagnon, Leo Luca Orlando qui a été maire de Palerme et Roberto Sarpinato, l’ancien procureur de la capitale sicilienne. Images d’archives, reportages, extrait de films et surtout les superbes photos de celle qui, née en1935, a fêté ses dix ans dans une ville détruite. « La guerre est terminée mais une autre guerre commence, la mienne ! » Suite à une mauvaise rencontre, son père lui avait interdit de sortir dans la ville. Elle qui n’avait qu’une envie : être libre et photographier Palerme. 

C’est à 37 ans qu’elle a décidé de devenir photographe. Après 3 ans passés à Milan où elle suit les manifs étudiantes, elle revient dans sa ville natale et devient la première femme à diriger un service photo à l’Ora, un quotidien de gauche.

 Palerme est gangrénée par la mafia, les chefs mafieux qui passent en procès sont acquittés car les magistrats ont peur. Ceux qui s’opposent sont tués.  En 1979, 19 assassinats. Le jour où un policier honnête, Boris Giulano est tué Letizia pose son appareil, refusant de montrer à la mafia le corps criblé de balles. Puis ce sera le tour du juge Terranova. Letizia Battaglia organise alors la 1e expo au monde qui ose révéler les crimes de Cosa Nostra : des photos installées sans autorisation, en plein cœur de Palerme, fruit de 5 ans de travail. Fait en courant, la trouille au ventre. Elle choisit de travailler avec des femmes à l’hôpital psychiatrique et photographie son peuple ; en particulier des petites filles dont la fameuse photo La petite fille au ballon.

Des petites filles qui semblent collées au mur : « Je sais que ces petites filles, c’est moi. La petite fille que j’étais à dix ans. Je ne cesserai jamais de la photographier parce qu’elle seule porte un espoir pour l’avenir » confie-t-elle. Et l’important c’est de lutter : elle décide d’entrer en politique, collabore avec le maire Luca Orlando en œuvrant en particulier à la rénovation urbaine des quartiers laissés à l’abandon. Le 10 février 1986, elle photographie le « maxi procès » 475 accusés de Cosa Nostra « Je n’ai pas peur de la mafia, je n’ai pas peur de la mort, j’aime la vie ! » Le 23 mai 92, c’est l’assassinat du juge Falcone et quelques mois plus tard celui du juge Borsalino, tué avec 5 agents d’escorte. Letizia refuse de photographier la mort mais elle fait le magnifique portrait de l’épouse d’un des agents, Rosaria Costa Schifani , entre ombre et lumière. Une femme brisée qui dit « Ils ne changeront pas, y’a pas d’amour. » Letizia traverse une phase de dépression, quitte Palerme, part au Groenland. Puis, de retour à Palerme, elle voit que la société civile se réveille, surtout les femmes qui créent le comité des « draps blancs ». Avec des amies militantes, elles lancent un journal consacré aux femmes, Mezzocielo. Letizia, qui a souvent rêvé d’effacer ses photos des années de sang pour faire disparaitre la souillure, décide de les retravailler en quelque chose de différent. Elle les plonge dans la mer pour « laver le sang », des photos qu’elle appelle « réélaboration ». « J’ai passé des années à me battre pour ma ville. Mon corps n’est plus aussi fort qu’avant mais la vieillesse est une saison merveilleuse. Je travaille beaucoup mais si je m’arrête, je meurs et moi, je veux mourir debout ! »

 C’est arrivé le 13 avril 2022.  Les photos sont toujours là, nous rappelant les années terribles qu’a connues Palerme, nous donnant à voir ses habitants vus par l’œil hors du commun et plein d’humanité de cette femme extraordinaire toujours debout, qui répétait à sa petite fille « Si tu veux quelque chose, bats -toi pour l’avoir ! »

Le documentaire de Cecilia Allegra nous permet de l’approcher et de (re) découvrir plus d’une trentaine de ses photos qui ne laissent personne indifférent.

Annie Gava

Le Primed du 30 novembre au 6 décembre 2025

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Le pouvoir des marionnettes

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Le Marché noir des petites utopies revient du 5 au 14 décembre, offrant « à la sauvette » un « marché d’utopies » : spectacles de marionnettes, théâtre d’objet, cinéma, ateliers et rencontres

Porté par la compagnie marseillaise Anima Théâtre, Le Marché Noir des Petites Utopies est un festival biennal né en 2013 autour de l’art de la marionnette contemporaine et du théâtre d’objet, deux laboratoires de la création contemporaine : en animant l’inerte – un corps de chiffon, un robot, un ustensile détourné – les artistes interrogent notre relation au vivant, à la technique, au pouvoir des récits. Un festival qui est aussi « un espace où la créativité devient un acte de défi face aux forces qui cherchent à uniformiser et à contrôler ».

Cinéma, karaoké et stop-motion

La soirée d’ouverture a lieu au cinéma Le Gyptis (5 décembre – à partir de 12 ans) avec la projection du film La mère de tous les mensonges de la cinéaste marocaine Asmae El Moudir. Un cinéma d’objets, mêlant témoignage personnel et mémoire collective, mensonges familiaux et histoire oubliée du Maroc. Projection suivie d’un pot d’accueil et d’un karaoké marionnettique festif, le Puppet Folizzz Show. Une petite dizaine d’autres films seront projetés à La Baleine (le 10 – à partir de 16 ans) lors d’une Soirée Stop-Motion présentée par Miyu Distributions de Montpellier.

Spectacles en parcours


Parmi la petite dizaine de spectacles programmés par le festival, certains sont proposés lors de deux parcours : celui de la rue Consolat (à partir de 9 ans – le 7 – Casa Consolat) avec Les sept péchés du capital, théâtre d’objet de L’Insomniaque compagnie, qui confessera deux péchés capitaux : la gourmandise, ode à la sur-consommation, et l’avarice, un hymne à l’évasion fiscale. Et avec Tout ou rien de la Compagnie la trouée, spectacle de marionnettes à partir d’un texte tiré des Dramascules de Thomas Bernhardt, au comique brutal.

Le parcours Friche (à partir de 14 ans – 12 et 13) sera lui constitué de Blue de la compagnie grecque Hop Signor et The Clusters de la compagnie japonaise Nao. Blue est, en théâtre d’objet, une série de saynètes centrées sur la police, mêlant fiction et situations inspirées du réel. The Clusters imagine des machines qui dansent, questionnant la frontière entre humain et mécanique, mouvement et artifice.

Escale au Muséum

Le 11 décembre, à partir de 6 ans, une Nuit au Museum propose au Muséum d’Histoire Naturelle deux spectacles créés par deux compagnies grecques. Sempreviva de Mara Kyriakidou, spectacle de marionnettes en hommage à celleux qui ont résisté, et celleux qui se battent encore pour un monde où chacun·e puisse trouver sa place. Et The girl with the little suitcase du Merlin Puppet Theatre, spectacle muet qui explore l’enfance, le passage à l’adolescence, la construction de soi et l’émerveillement.

Le Marché noir des petites utopies

Du 5 au 14 décembre

Friche la Belle de Mai et divers lieux, Marseille et Port-de-Bouc

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Du jazz… dans le Var aussi

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Poetic Ways © Lou Merie

Cette année, Châteauvallon, la Scène nationale d’Ollioules, fête ses 60 ans. Si l’on connaît aujourd’hui ce lieu pour la danse ou le théâtre, il n’a pas oublié que le jazz a lui aussi marqué son histoire, et il sera mis à l’honneur dans une soirée orchestrée par Raphaël Imbert. Le rendez-vous s’articule en deux temps, avec une conférence musicale suivie d’un concert. Raphaël Imbert, directeur du Campus art Méditerranée, mais aussi historien du jazz, il invite à redécouvrir l’histoire de Châteauvallon, notamment à travers le festival de jazz créé en 1970.

En seconde partie, il monte ensuite sur scène avec le groupe Poetic Ways. Ce quintet, né au départ d’un premier concert impromptu donné en direct sur France Musique en 2021, la formation est vite devenue emblématique de la scène jazz française. Il est composé de la chanteuse Célia Kameni, du batteur Pierre-François Dufour, du pianiste Pierre-François Blanchard et de la contrebasse de Pierre Fenichel. Entre tradition et modernité, ces cinq ami·es font dialoguer les mots de Baudelaire, Brel, Fauré et Nina Simone dans un même élan groove.

LAVINIA SCOTT

5 décembre
Châteauvallon, Scène nationale d’Ollioules

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The Tubs

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The Tubs © Robin Christian

Temple du rock à Marseille, L’Intermédiaire affiche une programmation ultra-fournie, avec des concerts presque tous les soirs, et auxquels il faut prêter une oreille attentive. C’est d’autant plus le cas quand il s’agit de l’association Humeur Massacrante à l’organisation. Après avoir fait jouer Andrew Savage, Dummy ou Juan Wauters ces derniers mois, elle accueille cette fois les Gallo-Londoniens de The Tubs. Une formation entre post-punk, folk britannique et jangle pop, à la douce énergie, et aux mélodies très Smith-iennes. En première partie, Le Bien, groupe local à découvrir si ce n’est pas encore le cas.

Nicolas Santucci

3 décembre 
L’Intermédiaire, Marseille 

Noëls savoureux… mais frileux

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Les Voix Animées © X-DR

Dans les Bouches-du-Rhône, la Tournée des Chants de Noël 2025, c’est parti. Cette année, l’édition amorce un repli sur la tradition, laissant moins de place aux créations

La Tournée des chants de Noël, à l’initiative du Département 13, a débuté le 1er décembre avec un concert à Notre-Dame-de-la-Gardeporté par l’ensemble Dulcisona d’Anne Périssé dit Préchacq.Ce Noël celte minéral, véritable voyage musical construit avec finesse, profondeur et sens historique, renoue avec l’esprit des longues veillées d’hiver des terres d’Irlande, d’Écosse et du Pays de Galles, lors desquelles les chants mêlaient ferveur, légendes et douceur à l’image du Wexford Carol, considéré comme l’un des plus anciens chants de Noël irlandais, dont les racines remontent au XIIᵉ siècle.

Si la qualité et le professionnalisme sont bien au rendez-vous de cette édition 2025, celle-ci, après plusieurs années marquées par la création musicale, signe un retour aux répertoires plus traditionnels, à l’esthétique conventionnelle, mais « avec toujours cette volonté réelle de s’ouvrir aux musiques du monde et au partage » explique Nicole Joulia, vice-présidente du département, déléguée à la culture, fière de cet « évènement populaire et familial qui existe depuis 1992 et touche 20 000 spectateurs jusque dans les plus petits villages qui n’ont pas toujours les moyens d’accueillir des spectacles».

Retour au « tradi »

Par le passé, la tournée s’était distinguée par des productions ambitieuses et une audace artistique louable pour un dispositif gratuit et itinérant. Sous l’impulsion de plusieurs structures comme Prodig’Art, les publics du territoire avaient pu découvrir de véritables créations musicales et contemporaines. On se souvient l’année dernière du répertoire de Noël, revisité avec inspiration par le compositeur et arrangeur Vincent Manac’h, mais aussi du flamboyant Festin de Noël de Vladimir Cosma en 2019 mêlant ses musiques de films culte et un répertoire de chants de Noël, ou du spectacle de l’édition 2020, confiés à Jean-Claude Petit, qui avait réuni sur scènes les petits chanteurs de la Major (dirigés par Rémy Littolff) et l’Orchestre symphonique de l’Opéra de Marseille.

Retour donc à du pur « tradi », peut-être lié à un affaiblissement des propositions – la programmation se fait par appel à candidatures – ou reflétant des choix institutionnels plus frileux : peu de prise de risque alors que les budgets se compressent, ou préférence assumée pour la carte de la sécurité et de l’identité. Pas de création originale donc – on le regrette – et un nombre de formations réduit à six ensembles, contre sept ou huit lors des précédentes éditions. Le volume global de concerts diminue également et indique clairement une contraction des moyens.

59 concerts

Dans ce contexte plus resserré, la tournée peut cependant s’enorgueillir de 59 concerts populaires et gratuits proposés dans 34 communes des Bouches-du-Rhône. Ils se dérouleront dans des églises, salles municipales et théâtres à travers tout le département, de Arles à Aubagne, de Martigues à Allauch, de Roquevaire à Marseille et jusqu’à des lieux emblématiques historique comme l’Abbaye Saint Victor.

Ils s’orientent désormais vers des formats plus modestes, recentrés sur la mise en valeur de traditions culturelles clairement identifiées sans grandes passerelles entre elles : aux côtés de Dulcisona, on pourra entendre le chœur Sahak Mesrop qui transmet les chants liturgiques et populaires arméniens, la chanteuse Françoise Atlan qui transporte son auditoire dans un itinéraire méditerranéen mêlant Provence, Italie du Sud, Espagne, Corse et Grèce, les Voix Animées, avec un programme de chants traditionnels et populaires. Diana Saliceti, auteure et compositrice, interprètera un répertoire entre profane et sacré, qui révèle la puissance du chant polyphonique corse. Enfin, place aux rythmes blues et groove avec le Massilia Sounds Gospel.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

La Tournée des Chants de Noël
Jusqu’au 21 décembre
Divers lieux, Bouches-du-Rhône

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Un marché de Noël de l’illustration à Marseille

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© Sandra Poirot Cherif

Le week-end du 6 et 7 décembre, le festival BIM invite le public à découvrir des créations graphiques marseillaises

Temps fort de la bande-dessinée et de l’illustration à Marseille au mois de juin, le festival BIM s’installe cette fois en plein hiver le temps d’un week-end au Quartier Général (28 allées Gambetta, Marseille). Au programme, un marché de Noël avec des stands explorant l’univers de la création graphique dans toute sa diversité : il y aura des affiches, BD, fanzines, mais aussi du dessin de presse et du livre jeunesse.

Des artistes du territoire

Influencée par les préoccupations écologiques et adepte de l’aquarelle, Estelle Cherel, originaire du Vaucluse, exposera des portraits, des aquarelles naturalistes et des séries végétales. Didier Gianella présentera ses créations à la fois esthétiques, revendicatives et politiques créées à partir d’outils numériques.

Le marché de Noël sera aussi le moment de lancer le numéro deux du fanzine Super Coude Mignon Musclé, consacré aux dessins d’enfants et publié par Bandits d’honneur. On retrouvera également les dessins de L’Atelier des Héroïnes et les actions de l’association Voilà Voilà, connue pour ses ateliers artistiques : tatouages éphémères, sérigraphie, fresques collectives, lectures… Un événement qui s’adresse aussi bien aux féru·es de bande dessinée qu’aux curieuses, une belle invitation à découvrir l’univers des créations graphiques marseillaises.

CARLA LORANG

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