mercredi 30 septembre 2026
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Flamenco au zénith 

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© VdM

 Accompagné de ses complices et de l’Orchestre Philharmonique de l’Opéra de Marseille, Juan Carmona  a fait vibrer l’âme profonde du flamenco, transcendant les limites du cadre lyrique, s’élevant en une véritable conversation artistique.

Tablao
En conteur éloquent, Carmona guide son  auditoire à travers son tablao lyrique, intitulé De l’Alhambra à Granada un voyage tissé de rythmes enivrants, imprégné d’une mélancolie empreinte d’une grâce mélodieuse. Les voix puissantes et l’éblouissante ferveur d’El Piculabe et de Noemi Humanes, conférent à cet acte initial une profondeur quasi spirituelle. Le rythme est solidement assuré par l’expertise d’ Isidro Suarez aux percussions, la densité harmonique de la basse de Sergio Di Finizio  et la flûte enchanteresse de Domingo Patricio. Une intoduction  magique, magnifiée par la présence magnétique des danseurs invités, Pol Vaquero et Carmen Young.

Avec orchestre !
Mais le moment culminant est la Sinfonia Flamenca avec l’Orchestre Philharmonique de l’Opéra de Marseille sous la direction inspirée confiée à Miguel Perez Inesta. Le choc émotionnel provoqué par la force tellurique du flamenco de Carmona y rencontre l’élan puissant de la musique orchestrale. Cette fusion fait naître une fantastique synesthésie sonore et visuelle.
Le génie de Juan Carmona, référent incontournable et vecteur d’une modernité flamenca audacieuse, se manifeste dans sa capacité à opérer cette transmutation stylistique. Il scelle ainsi une union puissante entre l’art flamenco et son héritage andalou.

Danielle Dufour-Verna

Concert donné le 30 novembre à l'Opéra de Marseille 

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Entre les lignes

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Non-lieu © Simon Gosselin

On sort du spectacle en ayant traversé un labyrinthe. Non-lieu agit moins comme une reconstitution que comme une expérience du doute, que la mise en scène déploie avec une rigueur clinique. Dès la première partie, nourrie d’archives, de cartographies et de bandes sonores, le plateau devient une chambre d’échos où les voix officielles semblent, un instant, parfaitement cohérentes. On se surprend même à croire à la bonne foi des autorités, avant que les premiers témoignages divergents n’introduisent une fêlure. Alors, le doute glisse, s’élargit : ces témoins sont-ils fiables ? Qui dit vrai ? Quel récit est tenu sous la vigilance d’une autorité ? Cette longue traversé a pourtant un sens : elle cherche à perdre le spectateur dans les détails et les discours sous-jacents, et y parvient efficacement.

Cartographier les zones d’ombre

La seconde partie, bien plus brève, renverse le dispositif. Une partie du public est placé sur le plateau comme un jury improvisé, cadré par deux tables qui figurent un tribunal. L’espace se réoriente, les plaidoiries se déroulent et les responsabilités, longtemps brouillées, reprennent forme. On comprend alors que Non-lieu ne veut pas résoudre l’affaire Fraisse, mais éclairer les rouages qui ont fabriqué son effacement.

On a souvent insisté sur la dimension cinématographique et documentaire du travail de Sima Khatami et Olivier Coulon-Jablonka ; il faut y ajouter la capacité des metteur·se en scène à activer l’imagination du spectateur. Durant tout le spectacle, une fois passée la violence de l’introduction, le lieu du drame, figuré par une terre labourée, reste hors de portée, comme tenu à distance par la machine judiciaire elle-même. Ce n’est qu’à la toute fin, lorsque surgit le panoramique de la forêt sauvée du barrage, porté par l’Erbarme dich de Bach – air à la fois paisible, résigné et déchirant – que l’on voit enfin. La vision frappe d’autant plus que le spectacle nous avait privés d’image : le paysage apparaît comme la révélation tardive d’un hors-champ moral.

SUZANNE CANESSA

Non-lieu a été joué les 28 et 29 novembre au Théâtre Joliette

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Léviathan : Un système judiciaire bancal

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Leviathan © Simon Gosselin

Tous deux se sont immergés au cœur de notre système judiciaire, rencontrant avocats, gardiens, magistrats tout autant que victimes et détenus. De leurs observations est né Léviathan, écrit par l’un et mis en scène par l’autre. 

Le choix de la distance et de l’exagération met en place un spectacle qui tient du cirque et de la pantomime en caricaturant les personnages, en figeant ou en exagérant la gestuelle. Ni réquisitoire, ni documentaire, le spectacle propose une vision à la fois distanciée et brutale en accentuant la violence des propos et des situations dans une mise en scène originale avec projections de portraits en gros plans et une bande son inquiétante.

Une « cour des miracles »

Le plateau est couvert de terre, côté jardin un homme est assis et nous regarde. Au plafond une immense voile orangée évoque un chapiteau. Successivement trois personnages seront questionnés, durement, avec une certaine exaspération par la présidente aux gants rouges. 

Le procureur s’acharne contre deux hommes et une femme, aux visages recouverts d’un voile léger, la démarche hésitante, à l’élocution difficile qui tentent de se justifier. Tandis que l’importance des peines est dénoncée alors qu’il n’y a pas de victime, le visage des avocats, recouvert de masques rigides qui libèrent les yeux et la bouche, souligne leur désintérêt.

L’intervention spectaculaire d’un cheval pommelé apporte une image poétique de liberté, il se dirige vers la chaire de la présidente et broute les dossiers qui s’y sont accumulés. Puis l’homme assis du début, le seul qui n’ait pas de masque et porte un vêtement ordinaire, intervient face au public, parle de « cour des miracles » et de justice expéditive. La représentation s’interrompt sur un long silence et c’est le public qui décide le démarrage des applaudissements. Fort et déstabilisant.

CHRIS BOURGUE

Léviathan a été joué les 28 et 29 novembre à La Criée, Théâtre national de Marseille

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Marseille Stand-Up Festival « Entre une mauvaise carrière et être un mauvais père, j’ai choisi »

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Jason Brokerss © Helene Pambrun

Le Marseille Stand-Up Festival s’ouvre le 4 décembre à l’Odéon avec Jason Brokerss, figure reconnue de la scène, et auteur pour de nombreux humoristes. Après 463 dates de son premier spectacle, il revient avec un nouveau show très personnel. Rencontre avec un artiste qui revendique la simplicité du quotidien comme matière première et place la paternité au cœur de ses choix.

Zébuline. Vous avez commencé par des études de commerce et un travail « classique ». Comment glisse-t-on vers le stand-up ?

Jason Brockerss. Très naturellement. J’étais avec celle qui est aujourd’hui mon épouse – et déjà ma meilleure amie – et on est allés voir un plateau dans un comedy club. Elle m’a dit : « Tu devrais essayer ». Treize ans plus tard, j’essaye encore. Je ne me destinais pas du tout à ça, mais c’est venu comme une évidence.

Votre nom de scène, Jason Brokerss, d’où vient-il ?

De nulle part ! C’était juste mon nom sur Facebook, avant même que je pense à faire ce métier. Les gens ont commencé à m’appeler « Jason », et je me suis dit : pourquoi pas ? Il n’y avait aucune stratégie derrière.

Vous êtes père de quatre enfants. On pose toujours cette question aux femmes et jamais aux hommes… Mais comment concilie-t-on cette vie de famille (très) nombreuses et une carrière sur scène ?

[Rires] Ça nourrit énormément … et ça bloque aussi parfois, parce qu’on a moins de temps pour développer ce qu’on voudrait faire. Mais entre être un mauvais père et avoir une mauvaise carrière, j’ai choisi. Ma famille passe avant tout. Et c’est une source inépuisable d’inspiration : mon quotidien est très centré sur eux, donc forcément, ça infuse.

Vous venez de lancer un podcast sobrement intitulé Podcast avec l’Épouse. Pourquoi ce format ?

Parce que c’était naturel. On passe beaucoup de temps à parler, vraiment beaucoup. C’est ma meilleure amie depuis seize ans. On appuie sur le bouton rouge et on discute. Pas de concept compliqué : juste des conversations sincères, parfois légères, parfois profondes.

Qu’est-ce qui nourrit votre écriture ?

Toujours une émotion. Ça peut venir de quelque chose qui me fait rire, peur, honte, plaisir… J’essaie d’écrire à partir d’un ressenti. Même une petite gêne peut devenir un point de départ. Ce n’est jamais intellectuel au début : c’est viscéral.

Quel est votre rapport à l’humour engagé ?

Je ne me mets dans aucune case. Si j’ai envie de parler de politique, j’en parle. Si je n’ai pas envie, je n’en parle pas. Ce spectacle-là est très centré sur la famille, le prochain ne le sera peut-être pas du tout. Je fais ce dont j’ai envie à l’instant T. Et puis, parler de famille, de transmission, de responsabilités… c’est déjà dire quelque chose.

Vous avez écrit pour plusieurs humoristes. Comment travaille-t-on pour quelqu’un d’autre ?

En passant du temps ensemble. Tout part de l’artiste : ses envies, ce qu’il veut raconter. On discute énormément, j’observe comment la personne respire sur scène, comment elle place une idée, un silence. Ensuite, on affine phrase par phrase.

Quelles ont été vos influences en humour ?

Fary, clairement. Pas comme « maître » ou « modèle », mais comme quelqu’un qui m’a transmis une vision, une exigence. On s’est rencontrés à un moment où chacun cherchait sa voie, et ça a créé un lien très fort. Je suis un grand consommateur de stand-up, donc mes collègues m’inspirent tout le temps, même quand je connais leurs passages par cœur.

Vous jouez à Marseille le 4 décembre. Un public à part ?

Ah oui ! Le public marseillais est chaleureux, réactif, heureux d’être là. On sent la Méditerranée. C’est toujours un plaisir d’y jouer.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SUZANNE CANESSA

À retrouver aussi au Marseille Stand-Up Festival

Bérengère Krief 5 décembre à l’Odéon 
Djamil Le Shlag 6 décembre à l’Odéon
Alice Lombard 12 décembre aux Bernardines 
Malik Fares 13 décembre aux Bernardines 

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Ensemble C Barré 

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© Vincent Beaume

Fruit de la rencontre entre douze musiciens, l’ensemble C Barré livrera son concert Musical Conversion With a Bot le 5 décembre. Si l’habitude est d’éteindre son téléphone pendant un spectacle, ici, place à l’étonnement puisque le public est invité à rester connecté. La création d’Alexandros Markéas, dirigée par le chef d’orchestre Sébastien Boin, interroge les relations entre musique et technologie à l’heure où, sur Deezer, 20 000 musiques entièrement générées par IA sont uploadées chaque jour. Le compositeur s’interroge, à travers son écriture musicale : « Comment la conception et la perception de la musique sont-elles modifiées par les dispositifs multimédias ? ». Une partition ouverte et interactive, où le public placé au centre est invité à réaliser toutes sortes « d’incantations digitales ».

Carla Lorang

5 décembre
Zef, Plateau du Merlan, Marseille

Une nouvelle page pour actoral 

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Le plateau du théâtre au 45 rue d’Aubagne © Droits réservés actoral

De Montévidéo à la rue d’Aubagne : l’association actoral, qui organise le festival du même nom, a de nouveau un toit. Elle annonce avoir fait « l’acquisition il y a quelques semaines » de l’ancien Daki Ling, au 45 rue d’Aubagne. Un espace de 350 m2, en plein centre ville, qui « comprend une salle de spectacle, des loges et un espace de convivialité », se félicite l’association.  

Début 2024, elle s’était vu contrainte par la justice et son propriétaire de quitter son espace de Montévidéo, qu’elle occupait depuis 24 ans, et s’était réfugiée au couvent de La Cômerie – un lieu non approprié pour ses activités d’accueil et de diffusion – qui est désormais géré par l’association Yes We Camp. 

C’est finalement rue d’Aubagne, dans l’ancien Daki Ling, qu’actoral va s’installer, « encouragée » par ses partenaires institutionnels et « grâce à un emprunt bancaire conséquent ». L’association entend y « construire un espace ouvert et libre, un lieu de vie et de création pérenne […] entre programmation annuelle, accueil et accompagnement d’artistes, temps fort autour du festival actoral et lieu de répétitions pour Diphtong Cie [la compagnie d’Hubert Colas, directeur d’actoral] ».

Un appel aux dons

Pour s’y installer, actoral doit encore effectuer quelques travaux : remise aux normes du système électrique, remplacement des fenêtres et portes abîmées, installation de matériel technique récent, remise en état de l’espace d’accueil. Pour cela, elle lance une campagne d’appel aux dons, pour réunir 20 000 euros d’ici la fin du mois de janvier, avant d’inaugurer ce nouveau lieu en septembre 2026, à l’occasion de la prochaine édition du festival actoral.

NICOLAS SANTUCCI


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Le RN a mangé nos esprits, et nos médias

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Comme vient de le révéler un article de Mediapart la metteuse en scène et dramaturge franco-irakienne Tamara al Saadi a subi des pressions de directeurs de théâtres et de festivals pour retirer, à la fin des représentations de Taire, un texte qu’elle lisait en soutien à la population de Gaza. 

Censure, autocensure, prudence ou soumission, ce geste grave est le signal d’un changement profond qui s’opère dans le monde culturel et médiatique : les responsables semblent anticiper l’arrivée des forces obscures dans les exécutifs des collectivités qui les financent, et s’apprêtent à devoir négocier avec le RN, ou une droite qui ne refuse plus de pactiser avec lui. 

Quel que soit le degré d’implication des membres du comité régional « Extrapôle » qui ont exercé ces pressions, il s’agit de rappeler que ce sont eux, aussi, qui ont choisi de produire ce spectacle d’une jeune autrice et metteuse en scène racisée qui travaillait alors, avant le 7-Octobre, avec des artistes palestiniens. Ses spectacles précédents, Istiqlal et La Place, clairement décoloniaux et militants, avaient retenu leur attention au point qu’ils lui confient la plus grosse production dramatique de la Région Sud. Que s’est-il passé alors pour qu’ils perdent à ce point le sens de ce qui peut être imposé à un·e artiste et à sa parole publique ? 

Endosser l’armure

La réalité électorale de notre région est celle-ci : sans un virage décisif, une prise de conscience, un sursaut, le RN va revenir au pouvoir à Toulon, et dans un nombre conséquent de municipalités de la côte. Sans épargner le Vaucluse et les arrières pays. Les élus RN vont siéger dans la plupart des exécutifs municipaux, des métropoles et intercommunalités. 

Ils vont, c’est certain, peser dans les décisions de financements et pousser les exécutifs de droite à cesser de subventionner la culture publique. Wauquiez en Rhône Alpes, Morançais en Pays de la Loire, ont déjà mis les compteurs à zéro dans un nombre important de structures que leurs régions finançaient, détruisant méthodiquement théâtres, orchestres, festivals, musées. Sans attendre le RN, et en visant spécifiquement des acteurs culturels qui revendiquaient indépendance et liberté de création.  

Partir ou rester

La suite s’annonce pire. Il est possible, aujourd’hui, d’imaginer le RN au pouvoir en France, et plus probablement encore en région Paca, dont il constitue d’ores et déjà, cas inédit en France, la seule force d’opposition suite au retrait de la gauche lors des précédentes élections. Les décisions de la majorité présidée par Renaud Muselier ne sont plus soumises aux critiques d’un camp progressiste absent, mais d’une extrême droite profondément hostile à la diversité culturelle.

Dans un tel contexte, comment les opérateurs culturels envisagent-ils l’avenir ? Vont-ils partir ou baisser la tête ? Aménager leurs discours et leurs programmations pour survivre, ou laisser comme en Italie, les directions des scènes à des valets de Meloni qui récrivent l’histoire ? Quel est le bon endroit de résistance dans un régime fascisant ? L’affrontement, le louvoiement, le renoncement ? 

Certains en meurent

Affolée par les conclusions, pourtant fileuses, des États généraux de la presse, les médias d’extrême droite se ruent sur un Macron qu’ils accusent de vouloir inventer un label d’État et un ministère de la Vérité. Défendant la liberté de la presse, les milliardaires français qui ont la main mise sur la « vérité » médiatique, veulent faire croire qu’ils défendent le pluralisme, alors qu’ils le musellent aujourd’hui en achetant les médias, l’édition, la visibilité dans l’espace public et sur les ondes, faisant exercer leur censure sur les humoristes de France Inter, les journalistes de plateau et ceux des rédactions qu’ils rachètent. 

Le président de la République n’a pas l’outrecuidance d’imaginer qu’il connaît ou détermine la Vérité, mais il n’a plus les moyens d’arrêter une propagande d’extrême droite, après avoir lui-même aidé à son expansion: c’est en simplifiant les récits, en bannissant le doute, en refusant les métissages, les aspérités, les autres, qu’ils imposent leur « vrai ». Et font taire les jeunes femmes artistes racisées qui défendent la cause des colonisé·es et des enfants sous les bombes.

Agnès Freschel


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Éric Satie, à la croisée des notes

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EriK Satie- Michel Lescot © X-DR

Centième anniversaire de la mort d’Érik Satie : occasion de la sortie de livres dont celui de Christian Wasselin dans la collection Folio/Biographies. Les Correspondances de Manosque ont invité Micha Lescot à lire les missives du compositeur Les extraits choisis montrent parfois son désarroi devant sa situation précaire. Il était souvent sans ressources et écrivait alors à son frère Conrad pour qu’il le dépanne : « Mon linge de corps pue (…) Vive le linge sale, à bas la propreté ! ». Cet homme qui vivait dans un minuscule appartement de banlieue sans confort était néanmoins coquet et ne sortait pas sans son chapeau melon. Il fut l’amant de Suzanne Valadon et on ne lui connaît pas d’autre relation amoureuse. Il déclarait à sa belle-sœur : « je suis un homme que les femmes ne comprennent pas », justifiant ainsi qu’il ne se soit jamais marié. Les extraits choisis par le comédien portent surtout sur ses échanges avec ses contemporains musiciens ou poètes, et quand il est en colère contre quelqu’un, il ne mâche pas ses mots. Il écrit des horreurs sur Cocteau et Auric qui « se conduit comme un trou du cul », mais communique avec plaisir à propos de la création du ballet Parade qu’il achève pour sa création en 1917 pour le spectacle qui fit scandale créé en collaboration avec Cocteau et Picasso.

Micha Lescot a littéralement séduit le public par son élégance vestimentaire et verbale, sa diction mesurée, ses clins d’oeil discrets : son charme ! La lecture s’achève sue la chanson « Je te veux », composée par Satie en 1903 qui continue à être un succès international. D’ailleurs on aurait apprécié qu’un peu plus de musique accompagne cette très belle lecture.

CHRIS BOURGUE 

La correspondance d’Éric Satie par Micha Lescot s’est donnée au Théâtre Jean le Bleu, le 26 septembre, dans le cadre des Correspondances de Manosque 2025.

Baroque napolitain avec Emmanuelle Haïm

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© CAROLINE DOUTRE

Après Paris et Londres, Naples s’impose au XVIIIe siècle comme une capitale musicale incontournable. Ses conservatoires attirent les jeunes talents de toute l’Italie, façonnant la tradition baroque qui allait rayonner en Europe. C’est ce voyage dans le temps que nous a proposé le Concert d’Astrée, sous la direction d’Emmanuelle Haïm, avec la soprano Emőke Baráth et le contre-ténor Carlo Vistoli.

La soirée s’est ouverte avec le Concerto à 4 pour cordes N°5 en la majeur de Francesco Durante dans lequel la virtuosité instrumentale se déploie dans un équilibre parfait entre Presto, Largo et Allegro. Le programme se poursuit avec le Salve Regina pour alto et cordes en la majeur de Domenico Scarlatti. L’élégance, le phrasé délicat, et la subtilité du Contre-ténor italien Carlo Vistoli séduisent, même si l’acoustique sans réverbération du Grand Théâtre de Provence se révèle peu favorable aux solos d’œuvres sacrés. L’ensemble instrumental, un peu trop fort, écrase -et c’est dommage- les notes graves de cet artiste d’exception. 

C’est au tour d’Emóke Baráth de monter sur scène pour interpréter le Salve Regina pour soprano et cordes en fa majeur de Leonardo Leo. Le choix de Baráth, au timbre charnu et corsé mais aux aigus, oh combien chatoyants, s’avère particulièrement judicieux dans cette pièce aux accents opératiques et aux éclats lyriques. 

Pergolèse immortel

Après l’entracte, Pietro Antonio Locatelli nous entraîne dans une atmosphère plus sombre avec sa Sinfonia funèbre en Fa mineur, prélude idéal à l’apothéose de la soirée : le Stabat Mater de Giovanni Battista Pergolèse, monument de la musique baroque. 

On aurait pu craindre que la voix de Vistoli soit éclipsée par la puissance de Barath. Il n’en est rien. L’équilibre et la connexion dans les duos sont parfaites en particulier dans le Sancta mater, istud agas de toute beauté.Le contre-ténor excelle dans le très technique Quae moerabat et Barath est spécialement convaincante dans son interprétation du Vidit suum dulcem natum exprimant la souffrance et l’affliction. Depuis l’orgue, Emmanuelle Haïm dirige son ensemble qui, s’il paraît bien sage aux aficionados d’un baroque flamboyant, révéle toute la clarté et la structure -et probablement la justesse historique- de cette œuvre. L’émotion est là, mais toujours contenue, retenue, pudique. Le contraste entre un Quando corpus morietur à tempo lent et l’éclatant Amen fait cependant vibrer, en apothéose, la dimension dramatique et spirituelle de l’œuvre.

Lors du bis, le public quitte Naples avec deux duos du maître Haendel : le premier, tiré de La Résurrection et composé à Rome, le second, extrait d’Esther et écrit à Londres. Ils rappellent combien la circulation des artistes et des œuvres en Europe a nourri la richesse du baroque. 

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le Concert s’est déroulé le 22 novembre au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence.

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Un Français comme les autres

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© X-DR

Un Français comme les autres (ou Bleu + Bleu = 4) est un seul en scène présenté par la Cie Le Pied Nu, implantée à Marseille depuis plus de trente ans. Un spectacle qui est passé par le dernier Festival d’Avignon et qui propose, autour du récit de vie d’un petit garçon né à Marseille, tiraillé entre France et Algérie, une réflexion sur l’identité et l’enracinement. Un récit dans lequel Mohamed Adi déroule ses souvenirs d’enfance des années 1960, alternant anecdotes cocasses et moments plus poignants, le tout en français, arabe et provençal. Et interroge l’appartenance : être « franco-algérien » plutôt que « seulement » français ou algérien. La célébration d’une identité métisse dans une France multiple.

Marc Voiry

4 décembre
L'Harmonie de l'Estaque, Marseille