jeudi 12 février 2026
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Numéro Zéro : à l’ouïe et à l’œil

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L'Ange Blanc de Yan Paranthoën et Claude Giovannetti @X-DR

Pour sa 8è édition, le festival Numéro Zéro marche encore sur ses deux jambes: le cinéma documentaire et la création radiophonique. Dans une programmation dédiée aussi bien aux scolaires et aux étudiants qu’à un large public. Du 23 au 27 avril, à Forcalquier et à Cruis ( 04), 19 films ont été retenus, la plupart accompagnés par les réalisateurs-trices.

Parmi eux, le remarqué Sauve qui peut de Alexe Poukine qui nous transporte dans un centre de formation pour soignants. Là, s’organisent des jeux de rôle avec des comédiens : comment annoncer un diagnostic ? Travailler son empathie avec les patients ? Un angle d’attaque original pour explorer la souffrance en milieu hospitalier qui frappe aussi bien les malades que le personnel médical. Souffrance au travail abordée également par Jean Boiron-Lajous croisant les discours de  6 démissionnaires de la Fonction publique avec Hors-service.

On embarquera grâce à Save Our Souls de Jean-Baptiste Bonnet, sur l’Océan Viking, navire-ambulance affrété par SOS Méditerranée. On fera connaissance avec une pionnière océanographe des années 50, avec Voyage de documentation de Madame Anita Conti de la talentueuse Louise Hémon. Laïs Decaster qui a travaillé avec Claire Simon, présentera quatre de ses courts métrages.

Côté sonore, deux documentaires radiophoniques à ne pas rater : L’Ange Blanc  de Yann Paranthoën et Claude Giovanetti de 1995, jamais diffusé sur les ondes, pour découvrir la vie tumultueuse et chaotique de Gwénaëlle. Et l’utopie où j’ai vécu de Chloe Sanchez (2024), pour rencontrer cette « radiophile, bruit-colleuse, créatrice d’images et d’histoires pour les oreilles ».

Autour d’archives sonores, Maya Boquet proposera une rencontre-écoute et un atelier.

Et Jean-Baptiste Imbert, réalisateur en résidence, présentera sa pièce sonore sur le thème de la chasse et la cueillette.

Ne pas oublier le Ciné-performance de Léa Morin au titre énigmatique : Les films qui n’existent existent. Et la Ciné-conférence de Federico Rossin sur un sujet, on ne peut plus d’actualité, hélas : Ce que le Cinéma a fait et peut faire face au fascisme.

ELISE PADOVANI

Programme et agenda : www.festivalnumerozero.com

07 69 82 85 28

Le MIAM aux Célestins, un régal céleste !

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AVIGNON
© A.F

Est-il temps de repenser les hiérarchies des arts d’aujourd’hui ? Hervé Di Rosa est partout, et ses arts modestes interrogent à Sète l’art du papier d’emballage – d’agrumes exclusivement [lire sur journalzebuline.fr] – et font la joie du Mucem qui n’a jamais été aussi coloré et populaire. 

À Avignon, c’est la sublime église des Célestins, magnifiquement et modestement restaurée, qui accueille ses Curiosités du MIAM. Cinq ans après les Extases mystiques d’Ernest Pignon-Ernest, la chapelle principale est envahie d’une autre irrévérence religieuse, sans plus de sacrilège pourtant. 

Pignon-Ernest voulait faire entendre « les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée » chers à Nerval dans des extases charnelles sublimes mais délicieusement terrestres ; le MIAM alimenté par les œuvres de Di Rosa et les agencements de l’infatigable chineur Bernard Belluc, fait surgir des démons multicolores, des gremlins pop, des viscères roses, des démons bleus, et des figurines enfantines grimaçantes disposées en une immense croix sous la nef centrale. 

À l’entrée une sainte famille en papier mâché, un peu partout des gargouilles fantaisistes, des rocailles, des mickeys, une collection de faïences étalant des sortes de vulves paysagées, une barque de squelettes emmenant vers Cythère, un bus et des faux gardiens goguenards, assis, qui regardent les visiteurs… 

Tout-monde, Tout-art

On fait ainsi un tour du monde du goût, bon ou mauvais, peu importe, du Mexique à l’Afrique, de religiosités diverses en icones capitalistes, d’un sale portrait de Mireille Mathieu en chevalier du temps couvert de cadrans de montres. 

© A.F

Le plan ? Il est indiqué sur le planisphère à l’entrée : si les cartels sont rares, si les artistes sont pour la plupart anonymes, le projet des commissaires est clair.  Dans cette église il s’agit de renverser l’ordre de l’art. En irrigant le sacré de profane, sinon de profanations – le MIAM, modeste, n’est pas révolutionnaire – mais aussi en rapprochant ses pôles : L’Archipel des Arts modestes d’Hervé Di Rosa exposé à l’entrée inscrit ses trouvailles entre art académique et art populaire, déclinant tous les autres en une multitude d’îles : les petits continents, art naïf, brut, singulier, street art, art religieux, commercial, amateur, traditionnel, bordent les minusculesîles, fanzines, canevas, piñatas, boules de neige et épouvantails… 

Car cet art archipélique fait tout-art de sa diversité : de genre, de destination, de matériau, degéographie. Mais il s’emploie dans ses rapprochements à dégager des sensations de joie et de peur légère, d’enfance, et à convoquer des souvenirs communs, pour faire tout-monde.

AGNÈS FRESCHEL 

Les Curiosités du MIAM
Jusqu’au 15 juin
Entrée libre
Eglise des Célestins, Avignon

Retrouvez nos articles Arts Visuels ici

Exode musical à l’Estaque 

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picsounds
Perrine Mansuy © X-DR

Musiques du monde, jazz, électroacoustique, un ciné-concert… le Pic, installé à l’Estaque, accueille toute l’année une diversité de propositions artistiques dans ses murs. Et il propose, du 24 au 27 avril, à l’occasion de son rendez-vous intitulé PicSounds, d’en offrir une restitution au public. Pour cette première édition, quatre compagnies vont se partager le plateau. 

Avec Perrine Mansuy (piano) et François Cordas (saxophones) le jazz sera bien représenté. Après avoir enregistré des albums consacrés à Brel et Aznavour pour le célèbre producteur américain Alan Douglas (Éric Dolphy, Miles Davis, Jimi Hendrix…) les deux musiciens se retrouvent sur scène autour de leurs compositions respectives. Du jazz certes, mais teintéaussi de poésie, de folk et de pop songs.

À travers champs

Connaissez-vous le DAS ? L’indice de « débit d’absorption spécifique » est une mesure indiquant la puissance d’un flux d’énergie véhiculée par les ondes radio absorbées par l’usager d’un téléphone lorsque l’appareil fonctionne à pleine puissance. L’absorption de ces champs électromagnétiques entraîne une élévation de la température des corps. Oui ça fait peur.

Sébastien Béranger © Christian Taillemite

Compositeur et interprète reconnu pour ses créations novatrices dans le domaine des musiques électroacoustiques, Sébastien Béranger nous embarque donc à travers champs… électriques et magnétiques avec une performance pour guitare électrique baryton, électromagnétismes et électronique live. Tels des fantômes, les spectres sonores des ondes se dévoilent. Le compositeur les module, les sculpte, les recompose.

Retour dans le monde visible avec les chanteuses, compositrices et musiciennes Sylvie Paz et Kalliroi Raouzeou. Le duo ZOPPA – il tire son nom du rythme contraint et syncopant qui donne aux notes une marche comme boiteuse – rend hommage à Alice Guy, première femme réalisatrice de cinéma. Dans ce ciné-concert, elles accompagnent en musique les œuvres de jeunesse de cette pionnière, sorties chez Gaumont. Des trésors et témoignages incroyables des premiers pas de l’art cinématographique…

Enfin, nos oreilles nous mèneront en Arménie avec le Trio Sayat. Le pianiste et compositeur Nicolas Mazmanian, le percussionniste Christian Bini et le violoncelliste Jean-Florent Gabriel sont au Pic comme chez eux puisqu’ils sont membres de l’Ensemble Télémaque en résidence dans le lieu. Le trio est le fruit de leur amitié humaine et musicale. Entre répertoire classique et création contemporaine, compositions originales et improvisation, les trois compères nous font voyager dans les espaces d’Asie mineure. 

ANNE-MARIE THOMAZEAU

PicSounds
24 et 25 avril : représentations scolaires
27 avril : 4 mini-concerts
Pic, Marseille 

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Trio Nóta : Y’a d’la joie

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trio

C’est sur la scène de la salle Musicatreize que Cati Delolme, Gabrielle Varbetian et Melissa Zantman ont présenté au public l’album Öröm(joie en hongrois). 

Le titre leur va comme un gant. Elles sont drôles, facétieuses, émouvantes et leur complicité est évidente. Elles aiment jouer avec leurs voix, avec des petits instruments en métal ou avec la flûte en bois de Mélissa. Elles aiment virevolter dans leurs déplacements circulaires et fluides et entraîner le public dans une douce allégresse. Pour ce concert exceptionnel, elles ont invité le percussionniste Thomas Bourgeois, visiblement en joie, lui aussi, d’être là.

Ce petit bijou musical à capella met à l’honneur la Hongrie à travers trois de ses plus grands compositeurs : Béla Bartók, Zoltán Kodály et Gyögy Ligeti et leurs œuvres vocales, la plupart du temps, composées pour grands chœurs, que le trio a réarrangé pour trois voix.

Polyphonies subtiles

Les chanteuses rompent avec l’académisme pour proposer une interprétation naturaliste de ces morceaux renouant aux sources des traditions populaires d’un pays traversé par des multiples influences culturelles. Chacune prend à son tour le lead, les voix se mêlent, s’entrelacent, se répondent ; polyphonies subtiles, baladeuses, légères, endiablées, plus profondes ou berceuse tendre. 

Les textes parlent d’amour naissant ou passionné, de ce premier amant qui évoque le sucre de la pastèque, des étoiles dans le ciel qui portent le nom de l’élu(e), de noces, pas toujours heureuses, de tourments et des chagrins qui laissent avec tant de larmes. On y entend aussi les échos d’un monde rural, pastoral, paysan et des commères – que le trio mime à ravir – se raconter les derniers potins du village. On y croise enfin une petite taupe agile et le chant d’un oiseau magnifique qui ne veut plus de cage dorée mais juste être libre dans une forêt qui vibre. C’est très beau.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Öröm du Trio Nóta
(Empreintes digitales)
Production de l’association Le chant du Voisin, l’album a pu voir le jour grâce au soutien de l’Adami, de l’Espace Culturel de Chaillol et de la Région Sud. 

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Grand jeté

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grand jeté
© Andrea Macchia

En danse classique, le grand jeté, souvent réservé aux solistes triomphants, est un grand écart dans les airs, considéré comme l’un des pas les plus impressionnants et les plus virtuoses de l’art du ballet. La chorégraphe et artiste performeuse italienne Silvia Gribaudi transpose la signification métaphorique de ce mouvement (le courage de s’élancer dans l’inconnu) à la vie de tous les jours, en l’explorant avec humour et autodérision. 

Car après l’envol, il y a la chute… Tout de noir vêtus, les interprètes (10 danseuses et danseurs de la MM Contemporary Dance Company, dirigée par le chorégraphe Michele Merola) offrent de multiples variations de ce pas emblématique. Tandis que la chorégraphe, choisissant d’être sur scène et de dialoguer avec les danseurs et le public, joue de ses rondeurs avec une espièglerie clownesque. 

MARC VOIRY

29 avril
Le Zef, Scène nationale de Marseille

Les jours de mon abandon

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les jours de mon abandon
© Anna Van Waeg

Adaptation du roman d’Elena Ferrante, Les jours de mon abandon se situe dans l’Italie de la fin des années 1990, et met en scène Olga, 40 ans et deux enfants, mère et épouse dévouée, qui du jour au lendemain, se fait quitter par son mari, pour une femme deux fois plus jeune. De femme « parfaite » selon les « diktats archaïques du patriarcat », Olga, une fois le maquillage retiré et les apparences dissipées, va devenir violente et grotesque, scandaleuse et puissante. 

Un spectacle engagé et féministe, mis en scène par Gaia Saitta (qui interprète Olga) entre commedia dell’arte et approche cinématographique des rôles à la manière de Cassavetes, où le public, dispersé sur le plateau et en dehors, à la fois impliqué et témoin d’une Olga qui « apparaît dans toute sa tragédie : une Médée contemporaine, qui n’a plus besoin de tuer pour exister ». 

MARC VOIRY

Du 28 au 30 avril
Théâtre Joliette, Marseille

Paparazzi

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paparazzi
© Thibaud Ponce

Paparazzi ce sont des textes de Matéi Visniec, dramaturge et écrivain franco-roumain, poète et journaliste, « maître de l’écriture laconique du petit format » aux thèmes contemporains multiples et variés : solitude, enfermement, suspicion, espionnage, guerre, immigration, dystopie animale, jeux d’amour, espoir et vie. 

Dans cette mise en scène des Cartoon Sardines, le spectateur est transporté dans un monde futur, où la société est dénaturée par quelques événements imprévisibles, et sournoisement oppressée par un système invisible et omniprésent. Sur scène, quatre acteurs explorent les subterfuges et les échappatoires de cette société en déclin, tandis qu’un cinquième larron, musicien, tel un pilote sur son vaisseau musical, impulse le tempo dramatique et unifie l’ensemble. 

MARC VOIRY

25 et 26 avril
Théâtre des Calanques, Marseille

Wanderer 

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Wanderer © DR
Wanderer © DR

Hasards d’Hasards est une association dirigée par Guilda Chahverdi qui a pour objet de développer la création contemporaine et de favoriser l’échange entre différentes cultures, notamment l’accompagnement d’artistes afghans et iraniens. Le spectacle Wanderer – Une larme échappée des fleuves afghans, texte d’Abdul Haq Haq et Guilda Chahverdi, s’inscrit dans ce cadre. 

Abdul Haq Haq est doctorant à Aix-Marseille Université, et bénéficie du programme PAUSE du Collège de France qui soutient les artistes et chercheurs en exil. Dans ce seul en scène, il revisite les moments fondateurs de sa vie, les données de son identité, son éducation affective et religieuse. Une exploration qui fait résonner plusieurs voix, dans une forme croisant théâtre d’objet, marionnette et jeu de l’acteur. 

MARC VOIRY

23 et 24 avril 
La Criée, Théâtre national de Marseille

Créations à Klap

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klap
© Silvio Meessen

Les créations s’enchaînent dans la précieuse Maison pour la danse. Le 23 à 19 h le chorégraphe Cileo Milea accompagné du batteur Jakob Warmenbol et du compositeur Matthieu Perrin performent avec la danseuse sourde Marine Comte, inventant des Paysages sonores accessibles par le geste, le visuel et les sensations tactiles. 

À 20h30 Pauline Brun présente Tapies, une pièce sur les stratégies de détournement fondé sur le Chindogu, cet art japonais de l’objet inutile. Comme sa casquette rose avec des trous pour les yeux ; difficile à porter, certes, mais inutile ? Le 25 avril Coline danse deux créations : les danseurs de la formation professionnelle créent Printemps concocté pour eux par Michel Kéléménis sur le mythique Köln concert de Keith Jarret. Une pièce suivie de Inked de Arno Schuitemaker écrite Encrée, avec les 16 interprètes. 

AGNÈS FRESCHEL

23 et 25 avril
Klap – Maison pour la danse, Marseille

Le Beau Monde

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Le beau monde
© Christophe Raynaud De Lage

Que restera-t-il des mœurs de notre société dans le futur ? C’est ce sur quoi s’interrogent Arthur Amard, Rémi Fortin, Simon Gauchet et Blanche Ripoche dans Le Beau Monde. Dans un futur éloigné, où beaucoup de choses de la vie quotidienne du XXIe siècle – des pratiques, des conventions, des émotions – ont disparu, trois personnages proposent, au cours d’un rituel insolite, d’en réactiver certaines, consignées lors d’un travail de collectage documentaire et d’écriture collective. 

L’objectif étant de transmettre oralement aux présent·e·s ce que la mémoire a gardé de ces temps anciens. Comme le théâtre a aussi disparu, ce rituel (drôle et poétique) se déroule « dans la reconstitution d’un lieu typique du début de ce siècle », matérialisé par un gradin en demi-cercle. 

MARC VOIRY

24 et 25 avril
Le Zef, Scène nationale de Marseille