mercredi 30 septembre 2026
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[PRIMED] : Alice par-ci, par là

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D’emblée le film se déclare à la première personne : c’est la réalisatrice qui parle « je me suis cachée derrière ma caméra » dit-elle. Et si on l’entend poser des questions et répondre à ceux qui lui parlent, elle demeurera hors champ.

Ce qu’elle regarde, c’est Alice. Par ci, par là.

Elle la suit de ses 17 ans à ses 27 ans. Dix ans de hauts et de bas. Elle filme son fils, Aristo qui grandit, son mari Dorian qui vieillit. Aristo et Dorian par ci, par là, eux aussi. Seuls, quand elle tente de s’échapper de sa vie et disparaît de la leur. Ou avec elle, pour le meilleur et souvent le pire. Lieux contraints, appartements étroits, désordonnés, surchargés des peintures, dessins, papiers de Dorian et Alice, tous deux artistes.

Alice avait 15 ans quand elle a rencontré Dorian de 35 ans son aîné, marié et déjà père. Elle boit, se drogue, a contracté l’Hépatite C à cause des seringues. A seize ans, encore lycéenne, elle a un enfant de lui. Sa mère a refusé qu’elle avorte et Dorian a divorcé pour l’épouser. Le couple tire le diable par la queue et quelques années suffisent pour qu’il se déchire. Alice voit mourir ses rêves d’entrée aux Beaux-Arts. Elle se sent prise au piège. La fatalité familiale semble la frapper. Les traumatismes intergénérationnels resurgissent. Sa mère s’est mariée pour échapper à sa mère, elle ne désirait pas Alice. Elle l’a sacrifiée à sa carrière de journaliste, la laissant à la merci d’une grand-mère autoritaire qui n’était pas avare de coups et l’a totalement soustraite à ses parents.

Une enfance incurable

Les blessures de l’enfance guérissent-elles un jour ? « En sortant d’un passé sombre peut-on marcher vers la lumière ? » Peut-on aimer quand on n’a connu que le désamour ?  

Alice traîne son mal être. Quand elle est « présentable », elle fait des webcams porno pour payer les traitements médicaux de Dorian et nourrir son fils. Son visage d’enfant aux yeux cernés, se marque au fil du temps ; aux piercings -nez, lèvre, sourcil, s’ajoutent des tatouages faciaux ; ses cheveux passent du blond au brun, du vert au rose. Elle aime Aristo mais n’hésite pas à l’abandonner pour suivre un homme dont elle tombe amoureuse, ne gardant avec elle que sa chienne Laika. Alice est là. Alice n’est plus là. On, off. Est-elle une mauvaise mère ? Dorian assure son rôle de père au quotidien mais n’hésite pas quand il est acculé, à utiliser son enfant pour obtenir de l’argent. Aristo se trouve au milieu des disputes de ses parents, un père trop vieux, une mère trop intermittente : quel homme deviendra-t-il ? A aucun moment, la réalisatrice ne porte de jugement, elle saisit les gestes qui disent la tendresse, les regards qui disent la détresse. Elle nous place dans l’intimité des blessures de chacun et nous sommes si proches d’Alice que nous ne pouvons que compatir à sa souffrance. Comme Isabela Tent, nous regardons Alice et Alice nous regarde dans tous les sens du terme nous renvoyant à nos émotions et à notre fragilité.

ELISE PADOVANI

Le film a été projeté le 3 décembre à la Mairie du 1/7

en salle le 10 décembre 2025

CABO NEGRO : en attendant Jonathan

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Soundouss (Oumaïma Barid) et Jaâfar (Youness Beyej), deux étudiants homosexuels de Casablanca arrivent dans la station balnéaire de Cabo Negro, située à une heure de Tanger sur la côte nord du Maroc, non loin de Ceuta. Une amitié fraternelle et complice unit les jeunes gens. Pour ce séjour, Soundouss a laissé derrière elle, sa petite amie Nadia dont elle est très amoureuse. Jaâfar a les clés d’une villa cossue louée par Jonathan, leur riche professeur américain dont il est l’amant et qui doit les rejoindre. Mais Jonathan n’arrive toujours pas et ne répond plus au téléphone. Sans un sou, ils décident d’attendre quand même, et de profiter de ces vacances. Sur ce scénario a minima, qui préfère l’ellipse et le fragment aux explications politiques ou psychologiques, le film va suivre son cours, jalonné de rencontres, de bains de mer, de siestes et de repas partagés.

C’est doux, lent, et triste et … lumineux. Doux comme la relation qui unit Soundouss et Jaâfar.

Lent, s’étirant comme l’attente désœuvrée de leur hôte américain qui les abandonne.Triste, parce que, derrière ce séjour au soleil dans cette belle maison, malgré le bonheur de cet ici-maintenant, se profilent les fantômes du passé de ces deux jeunes gens, leur parcours difficile d’homosexuels dans une société homophobe, leurs blessures d’enfance. Jaâfar abusé à 9 ans, condamné par un père, qui est enterré là, à Cabo Negro, et pour lequel il prie.  Soundouss qui sent bien qu’elle aime, plus qu’elle n’est aimée. Tous deux essuyant les regards désapprobateurs des commerçants, des passants

Triste, parce qu’au-delà de leur cas personnel, on lit le désespoir de toute une jeunesse à l’avenir compromis. Pendant ces quelques jours, ils rencontreront des Migrants africains, un franco-marocain gay, rejeté par les siens, venu voir la tombe de sa Grand-mère bien aimée, un ex-taulard détruit dans son âme, la femme de ménage de Jonathan qui comptait sur son salaire saisonnier pour nourrir ses enfants, l’odieux propriétaire marocain de la villa exigeant son loyer en nature, et les clients de la nuit dans les bois, auxquels Soundouss et Jafaâr vendent leurs corps.

Lumière sur

 Le réalisateur ne montrera jamais rien de cette violence-là, de cette misère-là, de ce sordide-là, il filme en plans fixes, la lumière de ses personnages. Leur hospitalité chaleureuse, leur détachement dans les transactions de prostitution, les papillons ou les fleurs colorées sur les petites robes de Soundouss, leur joie de retrouver les rêves de cinéma à travers un catalogue de vieux films égyptiens. Deux beaux enfants dans un monde cruel qui se tiennent la main pour avoir moins peur et conjurer le mauvais sort.

« Je suis marocain et gay, dit Abdellah Taïa ,  Il est très important pour moi de mettre dans mes livres et mes films des personnages LGBTQ+ … Je refuse l’exclusion qu’on nous impose. L’amour qu’on n’a pas reçu de nos parents, de notre pays, je l’ai inventé et je l’ai fait rentrer dans Cabo Negro »

ELISE PADOVANI

Cabo Negro de Abdellah Taïa

En salles le 3 décembre

Phèdre

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Phèdre © Meghann Stanley

Habituée à réviser ses classiques, Muriel Mayette-Holtz retrouve Racine après Molière et propose une mise en scène où elle mêle slam et alexandrins. Portée par cinq comédien·nes, Phèdre raconte l’histoire d’une reine déchirée qui croyant Thésée mort, tombe éperdument amoureuse de son beau-fils Hippolyte. Encouragée par Œnone, elle finit par lui avouer son désir. Finalement, le retour inattendu du roi fait basculer la tragédie… entre « passion interdite et destin implacable ».

C.L.
Du 4 au 6 décembre
Le Liberté, Scène natinale deToulon

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Liliana Butter Not

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Liliana Butter Not © Loic Nys

Le temps d’une représentation, Marjorie Margo Chou Caillé se travestit et tente de devenir le sosie de sa chanteuse serbe tzigane préférée, Ljiljana Buttler. S’en suit une confidence dialoguée entre les deux femmes à travers un seul corps. Elles réussissent à toucher l’intime en explorant les sensations de déracinement, les troubles de leurs identités, parlent de destinées, d’enfermement et de lutte intérieure. Si être le sosie d’une femme que personne ne connaît pourrait paraître peu intéressant, Margo Chou transforme ses récits en véritables moments de partage.

C.L.
4 décembre
Théâtre des Halles
, Avignon

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Le Lac des cygnes

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Le Lac des Cygnes © Christophe Raynaud de Lage

C’est un ultra-classique de la danse. Le Lac des Cygnes, composé par Tchaïkovski est repris partout, tout le temps, dans monde. À l’Alpilium ce 4 décembre, il est réarrangé dans une partition musicale moderne par Florence Caillon, et interprété par six danseurs, vêtus de tutus noirs et blancs, bien sûr. Acrobatie et poésie se mêlent pour offrir un spectacle à la frontière entre cirque et danse classique. La compagnie L’Éolienne joue avec les codes et invite le public à découvrir ou redécouvrir ce ballet mythique.

C.L.
4 décembre

L’Alpilium, Saint-Rémy-de-Provence

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Kareen Guiock Thuram

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Kareen Guiock Thuram © Alice Lemarin

Reprendre Nina Simone. Voilà le défi auquel s’est donnée la chanteuse et journaliste française Kareen Guiock Thuram. Élue « Révélation » par Jazz Magazine et Jazz News en 2023 avec son album Nina, elle figure dans le top 10 des albums de l’année sur Jazz Radio. Kareen Guiock Thuram interprète avec sensibilité le répertoire mythique de la grande chanteuse, comme Little Girl Blue, Love Me or Leave Me ou encore I Loves You, Porgy. Sur scène, un piano, une basse et une batterie accompagnent la voix chaleureuse de Kareen Guiock Thuram.

 C.L.
5 décembre
Théâtre la Colonne, Miramas

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Figaro on air

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Figaro on air © Julien Barrillet

Adaptation du Mariage de Figaro, Figaro on air se regarde, mais surtout s’écoute attentivement. Muni de casques audio, le public est invité à une expérience sonore unique. La comédienne et metteuse en scène Audrey Bonnefoy offre un récit intime et un parti pris scénique et dramaturgique d’un nouveau genre : le théâtre-podcast. La dramaturge propose ainsi une mise en scène où les comédien·nes sont placé·es autour de micros d’une émission enregistrée en direct. Le public est alors invité à se laisser surprendre par les rebondissements chuchotés au creux de leurs oreilles.

C.L.
4 décembre
Espace 233, Istres

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Venus Rising

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Venus Rising © X-DR

Venus Rising est née d’une envie : celle de construire un répertoire autour de femmes compositrices. Puis il y a l’écriture d’un texte de l’auteure-compositrice canadienne Kyrie Kristmanson sur les Trobairitz, premières compositrices de musique profane occidentale connues et retenues par l’histoire. À partir de inspiration médiévale est née la construction d’un répertoire, mais aussi un travail de réhabilitation du travail des femmes compositrices. Une justice enfin rendue à ces œuvres méconnues, d’une grande richesse poétique. Une proposition intemporelle qui fait dialoguer des œuvres parfois séparées de 800 ans, offrant une plongée dans un « univers cosmique indéfini ».

 C.L.
9 décembre
Liberté, Scène nationale de Toulon

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Une décennie avec elles

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© Nora Philippe / Grande Ourse Films / Kwassa Films / BIND / Agitprop

LLE, c’est Nora Philippe ; elle vient d’avoir une fille et se demande comment survivre à la vie domestique et au manque de sommeil. Elle quitte Paris pour New -York où le père de sa fille vient d’avoir un poste. Enfermée au 12 étage de sa tour avec vue sur fumées de la ville, recherchant des contacts, elle va sur le campus du Barnard college of Columbia University, une institution fondée en1889, réservée aux filles. Elle décide de faire un casting via les réseaux sociaux pour rencontrer des étudiantes. On est le 7 septembre 2015 ; Obama est encore Président. « Je me surprends à rêver sur un film qui les suivrait sur des décennies jusqu’en 2045 même » confie-t-elle en voix off.

ELLES, ce sont Evy (Evelyn Mayo), Talia (Lakritz), Lila (Livingston) et Anta (Touray) qui se présentent face caméra. De 2015 à 2024, elles vont nous parler de leur vie, de leurs origines, de leurs projets, de leurs combats au sein de cette Amérique où il faut se battre pour exister entant que femme, en tant que pauvre, en tant que noire…Toutes sont engagées, Evy pour le climat, Lila pour les droits des femmes, Anta contre la ségrégation raciale, Talia pour le dialogue entre les religions. On les voit manifester, attendre avec espoir l’élection de Bernie Sanders. Leur déception, leurs craintes, leur état de choc quand Trump est élu le 9  novembre 2016. Lila se dit terrifiée. Elles participent à la Women March vers Washington en janvier 2017, l’année où Me too fait remonter les « souvenirs enfouis, les colères tues et où nait l’espoir d’être crues et entendues lorsqu’on prend la parole. » C’est l’année où Nora se sépare du père de sa fille, où il lui faut continuer le film coûte que coûte, malgré les refus de financement. Pendant trois ans, elle ne voit plus les filles à cause de la Covid mais les suit sur les réseaux.  En 2021, elle retrouve à Paris Anta qui s’y est installée pour poursuivre ses études et qui s’étonne de la considération qu’ont les Français pour Napoléon !. En 2022, la suppression aux USA d’un droit constitutionnel fondamental, celui d’avorter remet les femmes dans la même situation que leurs grands- mères. Chacune suit sa voie, naviguant à vue, jusqu’à ce qu’on apprenne le 5 novembre 2024 qu’on, dixit Lila, peut être un criminel et le président des Etats Unis.

Par la voix -je de Nora qui parle à sa fille- « Je te conscientise sur l’impérialisme, le racisme systémique, le capitalisme, la déforestation, l’exploitation néo coloniale…. », se dessine aussi le portrait d’une cinéaste engagée qui a su retracer ici dix années de luttes, approchant ses protagonistes avec discrétion et simplicité, maniant l’humour à travers les images d’archives superposées et parfois commentées.

Et Nora Antoine de dire à sa fille âgée à présent de neuf ans : « Je ne pensais pas te faire naitre à l’heure de retour des fascismes. Un jour tu verras ce film, qui m’a occupée les dix premières années de ta vie, dont les protagonistes m’ont tenu la tête haute (…) je te souhaite de nourrir de nouvelles sororités les batailles qui viennent. » Et nous aussi de l’espérer !

Annie Gava

Girls for to morrow sort en salles le 3 décembre

© Mediawan Rights

Les Mystères de la vie

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Orchestre philharmonique de Marseille © Ville de Marseille

Les Mystères de la vie, joli nom pour ce programme de l’Orchestre philharmonique de Marseille réunissant deux artistes d’exception : le chef italien Francesco Cilluffo et le russe Sergej Krylov, que Rostropovitch classait parmi les cinq meilleurs violonistes contemporains. Le concert débutera avec l’ouverture de Loreley de Catalani, évoquant la légende rhénane. Puis ce sera le Concerto pour violon de Sibelius, monument du XXe siècle avec plus de cinquante enregistrements. Ce joyau se distingue par son premier mouvement rhapsodique, sa cantilène sublime et son rondo bondissant. Il sera suivi par les Variations Enigma d’Elgar. Composées en 1898 ces quatorze variations sont des portraits musicaux des proches du compositeur, dont la célèbre « Nimrod », hommage à son éditeur Jaeger. Elgar affirmait qu’un thème caché traverse l’œuvre sans jamais être joué ; mystère toujours non résolu.

A.-M.T.
7 décembre
Auditorium du Pharo, Marseille

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