mercredi 8 avril 2026
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Un tour à Babel 

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babel xp
Bia Ferreira © Jean de Peña

Marché aux plus

La singularité de Babel Music XP réside dans ses ses multiples facettes, et le très large programme imaginé par l’équipe de Latinissimo et Olivier Rey, directeur du festival. Ce « hub méditerrannéen des musiques mondiales » se concrétisait, pendant trois jours, en un salon installé à la Cartonnerie de la Friche Belle de Mai accueillant sur la période plusieurs milliers de professionnels ; les acteurs culturels mondiaux ont pu se rencontrer, s’informer, échanger et créer des projets communs.

Autour de ce centre névralgique s’articulaient une série de speed meetings par pays et tables rondes balayant les problématiques et enjeux actuels du secteur tels que la liberté de création, l’hybridation, l’accueil d’artistes étrangers, l’innovation, les marchés musicaux mondiaux… Un copieux programme de réflexion et de concertation plus que précieux en ces temps de replis identitaitres. 

Plus hybride était le format proposé le jeudi 20 à la Cité de la Musique, entre échanges et concert. Mise en abîme de la thématique du métissage musical, l’objet d’écoute et de réflexion était le projet d’Ablaye Cissoko et Cyrille Brotto ; magnifique alliance entre la voix envoûtante du griot de Saint-Louis du Sénégal et l’accordéon aux teintes valsées et populaires du multi-instrumentiste français. Ensemble, il créent un voyage ultra sensible sur le thème de l’exil et du déracinement. 

Interrogés par des chercheurs de l’Institut de Recherche et de Développement (IRD), ces deux artistes ainsi que la chanteuse marocaine Malika Zarra évoquaient à travers leurs expériences dans la musique, leurs rencontres ou leurs constats les apports mutuels des hybridations musicales.

Musiques d’ensemble

Autour de ce macrocosme musical était proposée une photographie des musiques mondiales via une longue série de showcases d’artistes et groupes aux nationalités, esthétiques et personnalités aux univers variés.

Ces formats courts se découvraient en itinérance en centre ville, jeudi 20 mars. L’Alcazar, l’Espace Julien et le Makeda se partageaient un public fait de professionnels badgés et d’auditeurs curieux. L’on salue particulièrement la présence scénique coutumière et toujours aussi intense de la chanteuse Casey, dans le projet métissé Expéka [lire encadré], le folklore galicien exalté et spirituel du duo espagnol Caamaño&Ameixeiras et l’ovni à double batterie Trucs

Vendredi 21, bien dans ses pénates (et pour la dernière fois), Babel Music XP proposait une deuxième soirée de concerts au Dock des Suds, dont nous pouvons citer la magnifique découverte de Bia Ferreira. « Femme orchestre », la musicienne et chanteuse, seule avec sa guitare, emplit l’espace visuel et sonore d’un prestation aussi charismatique que qualitative. Outre un don très clair pour le rythme – que Bia ne peut s’empêcher de slapper ou frapper sur sa guitare, entre deux phrasés musicaux –, sa voix profonde et habitée rejoignait ses engagements contre le racisme, pour l’égalité, l’éducation et la place des femmes qu’elle a défendus pendant ses prises de parole. Un grand moment. Notons aussi l’énergie solaire du groupe Kin’Gongolo Kiniata, venu de Kinshasa, et le trip-hop/rock (nostalgique) de la rappeuse sud africaine Yugen Blakrok

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM

Le festival Babel Music XP s’est tenu du 20 au 22 mars à Marseille.
ExpéKa à l’Espace Julien

Ce 20 mars, le festival Babel Music XP passait aussi par le cours Julien. Au programme, un concert de l’excellent groupe antillais d’ExpéKa. Au départ, il y a la flûte de Célia Wa, délicatement rejointe par les percussions, dont le tambour ka frappé par Olivier Juste. S’ajoutent le sampler de Sonny Troupé, la basse de Stéphane Castry, le clavier de Didier Davidas. 

Au chant, bien sûr, Casey, illustre rappeuse, notamment connue pour la puissance de ses textes. Ce sera encore le cas ce soir, quand elle reprendra son morceau Chez Moi, dans lequel elle parle d’exil, et des réminiscences de la période esclavagiste. 
En français, en créole et au sifflet, les artistes en symbiose ont échauffé l’Espace Julien avecjazz, rap et gwoka. De quoi offrir au public venu du monde entier une belle diversité des sonorités caribéennes. 

LILLI BERTON FOUCHET 

Concert donné le jeudi 20 mars à l’Espace Julien, à l’occasion de Babel Music XP.

Laure Prouvost s’installe au Mucem

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Laure Prouvost Visual Arts, Artist Portrait. Portrait of artist Laure Prouvost by Gene Pittman, June 14, 2017. Part of the upcoming exhibition, Laure Prouvost, Medtronic Gallery (Gallery 7), October 12, 2017 - February 11, 2018. Laure Prouvost (French, b. 1978; lives and works in Antwerp) produces visually and aurally rich moving image installations in which she conflates reality and fiction, words and images, reveling in moments of mistranslation that open up new avenues for meaning. Narrated by the artist’s soft, seductive voice, and interspersed with spoken and written directives that often address and appeal to the viewer, her works confound expectations through a rapid-fire succession of moving image and sound. Recent presentations have featured immersive mixed-media installations that combine painting, sculpture, collage, drawing, and found objects alongside the moving image work. In conjunction with the new installation in the Medtronic Gallery, Prouvost will create a theatrical performance work commissioned by the Walker. Curators: Victoria Sung with Gwyneth Shanks. Laure Prouvost is made possible with generous support from the Andrew W. Mellon Foundation.

Artiste contemporaine et vidéaste française, distinguée notamment par le Turner Prize en 2013, représentante de la France en 2019 à la 58e Biennale d’art contemporain de Venise, Laure Prouvost a déjà montré certaines de ses créations à Marseille, notamment quelques-unes de ses vidéos au FID 2023, et deux phrases poétiques et politiques cousues sur les voiles de quai du bateau du festival Art Explora, en escale au Vieux-Port l’année dernière. 

De ce mois d’avril à septembre prochain, le Mucem l’a invitée à investir le fort Saint-Jean. Sous le titre Au fort, les âmes sont, elle y réactualise, au féminin, le mythe d’Icare : après s’être brûlé les ailes, il tombe dans la Méditerranée et, sous l’eau, se transforme en anémone-magicienne. Un conte comme « une ode à la mémoire, à la nature et à l’avenir, et contre la course au progrès et l’exploitation déraisonnable des ressources et des êtres qui caractérisent notre manière d’être au monde. » 

Les quatre installations qui s’appuient sur ce conte associent sculptures, objets, projections vidéo, sons (Icare, Us, Elle en haut de la tour du Roy René, Mire le Mirage chapelle du fort Saint-Jean, Sous les Flots les Âmes Sont salle d’exposition place du Dépôt, Into All That Is Here salle de la Casemate) et se visitent en accès libre, sans itinéraire imposé. À noter que Laure Prouvost est également invitée par les Musées de Marseille à investir la chapelle de la Vielle Charité (installation visible à partir d’avril) ainsi qu’à projeter l’un de ses films au [Mac] (visible à partir du mois de mai).

MARC VOIRY

Du 2 avril au 28 septembre 
Mucem, Marseille

Hispanorama : il n’y a pas que du cinéma  

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La réalisatrice Laura González, sur le tournage de Milonga © X-DR

Zébuline. En amont du festival, vous organisez une exposition autour du personnage de bande-dessinée Mafalda. Pourquoi ce choix ?
Monique Anfré. Chaque année, au festival Hispanorama, il y a la projection des films, deux par jour, le concert d’inauguration (là ce sera Raphaël Lemonnier & La Trova Project) et une exposition. Pour Mafalda, c’était son anniversaire, il y avait donc matière à exposition. Il y a donc deux parties, une série qui s’appelle Mafalda et l’environnement et la série Impair, une dizaine de dessins de presse de Joaquín Salvador Lavado, dit Quino, le célèbre dessinateur argentin. Chaque fois, on essaye de trouver un artiste en lien avec l’esprit hispanique, par exemple le photographe Salgado, il y a deux ans ou Jean-Michel Gassend, qui avait fait l’exposition Art visionnaire d’Amazonie. Même s’il s’agit d’un festival de cinéma, nous sommes en fait à la croisée des arts, on ne pourrait pas faire sans cela. 

Quels sont les invités pour cette 13e édition ?
Le jour de l’inauguration, le 29 mars, il y a Laura González, réalisatrice uruguayenne du film Milonga, elle sera aussi présente en débat. Le 30 mars, ce sera l’Argentin Mauricio Albornoz Iniesta, réalisateur de Una Cancion para mi tierra. Ensuite, le mardi et mercredi, ce sont des professeurs d’espagnol qui vont faire l’analyse filmique. Le 4 avril, il y a aura un échange avec Ève Giustiniani, spécialiste en études hispaniques.

Le rôle éducatif est au cœur de votre festival. 
Avec notre association Agissez dans votre ville, nous faisons des ciné-débats mensuels, autour de films récents sur un fait de société. Les professeurs d’espagnol de notre association travaillaient dans leurs cours d’espagnol sur le cinéma déjà, et c’est cela qui nous a entrainés vers ce festival hispanique. Les élèves de lycée sont sollicités pour créer l’affiche, via un concours au mois de janvier, ils étudient les différents films que nous allons passer et interviennent dans le cours du festival. Ils présentent oralement le synopsis des films, à chaque fois, il y a toujours deux élèves qui s’alternent, un en français, l’autre en espagnol. Donc pour eux c’est un exercice didactique et introductif, ils arrivent à s’exprimer devant un public. Enfin, il y a des élèves qui font des bandes-annonces pour le festival, on en sélectionne une qui passe régulièrement avant le début de chaque film. 

Pour terminer, pouvez-vous nous parler des thématiques des différentes diffusions ?  
Dans les films, beaucoup d’humanisme, des histoires femmes, de gens qui se décarcassent et puis des enfants qui cherchent à se dépatouiller dans la vie. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LILLI BERTON FOUCHET

Hispanorama
Du 29 mars au 4 avril
Saint-Maximin-La-Sainte-Baume

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Joanne Leighton  : Danser le lac et la forêt

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THE GATHERING, Choregraphie et direction Joanne Leighton, Collaboration artistique Marie Fonte, Creation Bande Sonore et Musique originale Peter Crosbie, Creation Photographique et Video Flavie Trichet Lespagnol, Costumes Maite Chantrel, Lumieres et Scenographie Romain de Lagarde, Realisation scenographie Pierre Yves Loup Forest, Gaston Arrouy, le Grand R (La Roche sur Yon) le 3 mars 2025. Avec : Anthony Barreri, Stephanie Bayle, Lauren Bolze, Hippolyte Desneux, Marie Fonte, Flore Khoury, Elisabeth Merle, Maureen Nass, Sabine Riviere, Antoine Roux Briffaud (photo by Patrick Berger)

Joanne Leighton vit et enseigne en France, elle a dirigé le Centre chorégraphique national de Belfort puis installé sa compagnie WLDN à Paris, mais elle est profondément marquée par son Australie natale, et par la relation à une nature grandiose et vierge. 

Sa compagnie doit d’ailleurs son nom au Walden de David Thoreau, ce récit d’une Vie dans les bois qui depuis le XIXe siècle américain a posé l’idée d’un retour vers la nature. Les danseurs, avant d’aller sur scène, en lisent en confidence des extraits aux spectateurs, plaidoyer pour la simplification des besoins humains, éloge du temps pris à regarder les couleurs du lac, les formes des pierres, les liens avec la vie. 

Faire corps

L’écologie de Joanne Leighton n’est pas plus naïve que celle de Thoreau, elle est un projet de société en danse. Sur le plateau les interprètes ne cessent de faire lien, dessinant des formes avec les galets et les branches, faisant évoluer et vivre une forêt qui se déploie sur un rideau écran qu’ils tirent et qui pose un décor d’arbres, projections vibrantes des photographies de Flavie Trichet-Lespagnol. 

Les corps deviennent une entité qui bouge savamment, en silence, en produisant des sons percussifs, ou sur une musique (Peter Crosbie) qui répète ses motifs rythmiques, et les décale subtilement. Les séquences s’enchaînent, rapprochant les danseurs comme un groupe unique ou chacun danse pourtant différemment, formant des sous-groupes de quelques individus, jamais pourtant jusqu’à l’isolement, au solo. Comme les cellules fondamentales ils forment ensemble un corps qui les dépasse, dont ils ont une conscience commune. 

Un hymne à la vie, sans exploit ni performance, mais jamais minimaliste : c’est la robustesse de chacun qui s’affirme dans l’endurance, et le geste juste pour s’inscrire dans le corps commun. 

Agnès Freschel

Gathering a été créé au Zef, scène nationale de Marseille, les 18 et 19 mars, et joué au Théâtre de L’esplanade, Draguignan, en ouverture de L’ImpruDanse qui se poursuit jusqu’au 4 avril.

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Bright Generations  : À la pêche aux sons 

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Dehors © Agnès Mellon

Aux premiers rangs de la salle, les tout-petits attendent impatiemment le début du spectacle. Plus haut, plusieurs langues se font entendre dans la salle : allemande, italienne, portugaise… Dehors, mis en scène par Claire Heggen, est donné dans le cadre de Bright generations, événement international du spectacle jeune public. 

Sur le sol, un rectangle de couleur bleu est dessiné, des objets cubiques sont dispersés autour, certains avec une apparence atypique : des tubes et des bouteilles en plastique plantés dedans, qui donne l’impression de voir un orgue. Apparaissent Jérémie Abt et Bastian Pfefferli, les deux percussionnistes du duo Braz Bazar, chacun une caisse accrochée sur le dos. Ils débutent une marche exploratoire en frappant leurs zarb iraniens au rythme de leurs pas. Avec leurs mains, leurs pieds, leurs doigts, leurs corps, ils auscultent avec attention les instruments. Puis, ils les percutent, les caressent et, une mélodie retentit… c’est une corde de guitare cachée sur l’un des cubes. 

Au fur et à mesure, ils s’aperçoivent que chaque objet émet un son différent, il y en a même un qui sonne comme un accordéon. Alors, comme des enfants sur un terrain de jeu, les deux compères tentent de se coordonner, ensemble ou en simultané, comme un orchestre, pour trouver la bonne harmonie. Finalement, cette exploration s’étend même au-delà de l’espace dans lequel ils semblaient cloîtrer, et ils continuent leur quête musicale en dehors de l’enclos. 

LILLI BERTON FOUCHET

Dehors s’est joué le lundi 24 mars au théâtre La Criée, à l’occasion de Bright Generations

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À Marseille, un Printemps féministes   

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Monique Wittig © Colette Geoffrey

Le Centre Norbert Elias est un centre de recherche pluridisciplinaire en sciences sociales associant le CNRS, Avignon Université et Aix-Marseille Université. Avec Printemps féministes il s’agit d’un rendez-vous de discussion et de transmission autour d’approches et d’expertises variées, en compagnie de chercheur·es, enseignant·es, conservateur·ices de musées ou de bibliothèques et étudiant·es, pour proposer une réflexion sur la circulation et la mémoire des œuvres et approches féministes. 

Au programme, le jeudi 27 mars au Centre LGBTQIA+ de Marseille, une traversée documentaire et sensible des collections de la bibliothèque du Centre International de Poésie Marseille (CIPM) pour interroger la place consacrée aux poétesses (10h à 12h). L’après-midi (14h à 17h), un atelier de co-réflexion muséographique pour faire parler les voix absentes du Musée d’Arts Africains, Océaniens et Amérindiens (MAAOA), en explorant les enjeux de patrimonialisation, d’acquisition, d’exposition et de médiation. 

Le lendemain (toujours au Centre LGBTQIA+), une lecture collective et critique de l’œuvre de la romancière, théoricienne et militante féministe Monique Wittig (9h30-12h30), suivie l’après-midi d’un temps d’échange mené par Émilie Notéris, entre biographie, enquête et récit. 

La journée se poursuivra par une soirée festive de 18h30 à 23h, avec une session de micro ouvert, de stand-up féministe et un DJ set de Blaze Waldorf. Le lendemain, clôture des rencontres avec une balade féministe dans le quartier du Panier guidée par Margaux Mazellier, journaliste et autrice de Marseille trop puissante

MARC VOIRY

Printemps féministes
Du 27 au 29 mars
Divers lieux, Marseille

Culture en lutte

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D’AG en AG, de rassemblement local en rassemblement (pas national) la lutte des travailleurs de la culture prend forme, en particulier dans des villes comme Avignon ou Marseille qui les laissent occuper l’espace public. À Paris les cortèges grossissent, et dans les Pays de Loire, où la région assume ses coupes brutales, spectateurs et artistes s’allongent devant les théâtres et réclament la restitution des subventions nécessaires à leur fonctionnement, et à la vie des cités heureuses. 

Dans la région provençale le combat s’organise de façon inédite. Les organisations professionnelles, musicales, de plasticiens, d’auteurs, d’artistes de la scène, d’étudiants en art… prennent en compte leurs différences de statut et s’allient aux syndicats. Du précaire au directeur, du salarié intermittent au cadre, de l’autoentrepreneur au fonctionnaire, tous les travailleurs de la culture savent qu’ils doivent défendre en bloc leurs intérêts. 

Rappelant qu’ils sont un secteur économique qui rapporte, ils savent que la grève des festivals est une arme. Mais que ses dégâts aujourd’hui peuvent être irréparables, pour les intermittents qui y perdront leurs statuts, les petits et gros festivals qui ne s’en relèveront pas sans rallonge improbable des collectivités. Et pour les spectateurs qui ont besoin d’art et de pensée pour ne pas sombrer dans la gigantesque vague de dépression qui atteint nos sociétés en déroute politique.

Au cœur du combat politique

© A.F.

Plus que jamais, le public a besoin des « repères éblouissants » qui permettent comme disait René Char de survivre à l’« innommable ». Les travailleurs de la culture en ont conscience, et proclamaient le 20 mars à Marseille que leur combat est « antifa et anticapitaliste », contre « l’exploitation des hommes » et pour une société « inclusive, diverse et sans domination systémique ». Les orateurs se succèdent, annonçant moins les baisses que les espoirs, et une interrogation profonde sur les nouveaux moyens de lutte, dans un combat qui est avant tout « celui de la pensée contre le fascisme en marche ».

Car tous sont touchés : depuis les artistes au RSA touchant en moyenne 1 000 euros de droits d’auteur par an, jusqu’aux directeurs de scènes qui ne savent pas comment ils vont boucler l’année et payer leurs salariés. 

L’annonce des coupes budgétaires 2025 arrive peu à peu. La Citadelle perd 300 000 euros de la Région sur 3 ans, et ne sait pas comment elle va mener à bien son projet culturel. Les festivals et lieux de spectacle vivant font face à des baisses de 10 % de la Région, et en attendent d’autres des Départements, et de certaines Villes. Les compagnies voient leurs dates de programmation s’annuler, et vont perdre une « continuité de revenus » que les plasticiens, auteurs et compositeurs n’ont jamais atteinte.

Ils savent, tous et toutes, qu’il ne s’agit plus de remettre en cause des choix économiques, mais de combattre une idéologie en marche. Faire taire les arts, les paroles singulières et libres, ceux qui fabriquent du commun, ceux qui font ressurgir les mémoires, est nécessaire à toute entreprise fasciste. Les priver de moyens de créer n’est que la première étape d’une  disparition annoncée. 

AGNÈS FRESCHEL

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Festo Picho : les enfants comme des papes 

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festo picho
Noircisse ! @ Hugo Daumalin

Cirque, théâtre, musique, danse, marionnettes… le spectacle vivant regorge de propositions artistiques diverses adressées au jeune public. Pour cette 19e édition, le festival Festo Picho, toujours coordonné par le Totem (Scène conventionnée d’intérêt national Art, enfance, jeunesse) se déploie sur Avignon, les communes du Grand Avignon et le département du Vaucluse, avec quinze spectacles à découvrir du 29 mars au 6 avril. 

On se pare de ses plus beaux atours le samedi 29 mars au square Agricole-Perdiguier pour une grande fête d’ouverture : ateliers, spectacles, fanfare et grand bal populaire pour faire danser enfants et parents sur des notes catalanes. 

Au plateau pour les moyens pitchos (à partir de 7 ans), La merveilleuse histoire du peintre Wang Fô de la compagnie Okeanos à 15 h au théâtre Le Transversal. Ce conte fantastique et contemplatif, soigné de poésie et de peinture, extrait des Nouvelles orientales de Marguerite Yourcenar, porte à la scène un théâtre d’ombres narratif et musical. À 20 h, Alice au pays des merveilles twist magie, humour, féerie et fantaisies originelles pour une revisite à l’Opéra d’Avignon. Matteo Franceschini et Caroline Leboutte subliment avec une infinie richesse esthétique l’inquiétante étrangeté que les enfants sont tôt ou tard amenés à interroger.

La toute petite enfance (à partir de 10 mois) rentre dans la ronde avec 2, 3 notes sur un fil du collectif LSC. Un croisement entre discipline scientifique (mécanique) et artistique (musique, théâtre d’objets), qui amène à la découverte du son et de la musique pour les jeunes oreilles (5 avril, Isle 80). 

Une création attendue 

Pour les 3 ans et plus, ça démarre dès dimanche 30 mars avec La montagne magique et l’arrivée des machines au Grenier à Sel. Ce ciné-concert expérimental de quarante minutescrée en live musique et film pour mieux nous raconter l’alliance des animaux contre l’arrivée des machines. Enfin pour les plus grands (11 ans et plus), Noircisse : un texte de Claudine Galéa qui a reçu le grand prix de la littérature dramatique jeunesse. Il met en jeu l’amitié et l’amour qui se tissent entre quatre adolescent·e·s, dont un, Mayo, vient de la mer. En création au Théâtre des Halles le 1er avril, mis en scène par Sophie Lahayville.

C’est donc, espérons-le, l’œil pétillant et le pied au plancher qu’on repart de ces célébrations enchanteresses en attendant l’année prochaine qui fêtera sa 20e édition. Où, il se dit déjà dans les coulisses, qu’une toute nouvelle attention sera portée pour festoyer dignement ce bel anniversaire. 

MICHÈLE GUIQUIAUD 

Festo Picho
Du 29 mars au 6 avril
Divers lieux, Avignon et alentours 

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Henri Florens : la touche étoile  

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Le jazz marseillais est en deuil. Henri Florens était l’un de ces grands passeurs d’une tradition musicale vivifiée par la classe de jazz de Guy Longnon, au conservatoire de Marseille. Son père, guitariste et violoniste, l’avait nourri d’une passion musicale inextinguible, lui confiant une guitare à l’âge six ans. Une cousine lui offre un piano mécanique et le voilà, à treize ans, accompagnant Marcel Zanini autour du Vieux Port. 

Il sera ensuite recruté par le batteur Vincent Séno dans son big band, et se retrouvera, entre autres, à jouer pour la première création de Marcel Maréchal comme metteur en scène au Théâtre du Gymnase pour Le Bourgeois Gentilhomme en 1976. Il sera ensuite associé à Dizzy Gillespie, Lee Konitz et Roy Haynes – soit la crème des créateurs du jazz contemporain. À la fin des années 1970, il enregistre deux albums à Londres avec Chet Baker et la chanteuse Rachel Gould. Son frère Jean-Paul, guitariste, toujours parmi nous, était aussi de la partie. 

Les musiciens de renom de passage dans la cité phocéenne, tel le saxophoniste Barney Wilen, ne désirent rien d’autre que de jouer avec ce pianiste dont on disait qu’il avait intégré tant de solos de Bill Evans qu’il le dépassait dans ses intentions poétiques. Puis viennent ses compagnonnages avec le guitariste Christian Escoudé ou avec les frères Belmondo, à Paris – il retrouvera Stéphane, le trompettiste, au regretté Jam de La Plaine en 2018.

Jamais avare de partage, il avait joué avec la chanteuse Siska à La Mesón en 2013, aux côtés d’un nouveau venu en ville, alors : le trompettiste Christophe Leloil – qu’il retrouvera ensuite pour des duos débordant d’émotion. La salle de la rue Consolat avait produit le sublime Jazz Suite for Chass (2014), son premier et seul album solo. 

Le batteur Gilles Alamel, l’avait convié plusieurs fois au Rouge Belle de Mai, notamment avec la sémillante saxophoniste catalane Lola Stouhammer. Il avait aussi accompagné son fils, le saxophoniste Julien Florens – d’une sensibilité musicale rare. La productrice Hélène Dumez s’apprêtait à produire un album solo pour sa série Paradis Improvisé. Où que soit Henri Florens, sa profondeur artistique ne sera pas oubliée. La terre lui sera assurément légère, comme l’une de ces phrases musicales à la fois évanescente et présente, dont il avait le secret.

LAURENT DUSSUTOUR 

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Radio Maniok à La Seyne-sur-Mer

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Radio Maniok
Radio Maniok © Romain Philippon

L’histoire des territoires français ultramarins pendant la Seconde Guerre mondiale est bien souvent méconnue. Avec son spectacle Radio Maniok, la compagnie réunionnaise CirquonsFlex aide à comprendre cette période trouble de son île. Administrée par Vichy pendant deux ans, puis libérée par les forces françaises libres, l’île de La Réunion est restée très isolée du reste du monde pendant toutes les années de guerre – ne comptant même aucun ravitaillement pendant deux ans. 

C’est cette histoire d’isolement, et d’autosuffisance, que viennent jouer, et raconter, les circassiens de la compagnie. Car une île isolée, aux lendemains incertains, est-elle pour autant malheureuse ? Radio Maniok donne la parole à un vieil homme qui a connu ces années-là, entre égoïsme, lâcheté mais aussi générosité et courage ; dans un spectacle mêlant acrobaties, danse, musique et narration. 

NICOLAS SANTUCCI

Du 26 au 29 mars
Chapiteaux de la mer, La Seyne-sur-Mer
Un spectacle proposé par Le Pôle, arts en circulation 

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