mercredi 26 août 2026
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Festival de Châteauvallon : Théâtre en résistantes

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© C.LP

Le dispositif à l’intersection des genres a été initié avec la mise en scène de Léon Blum, une vie héroïque, qui était à l’origine un podcast sur France Inter de Face à l’Histoire. Avec l’apport de Charles Berling, à la fois à la conception scénique et sur le plateau comme acteur, la radio avait pris corps. Pour ce deuxième volet il est question de résistance durant la Seconde Guerre mondiale, en France, au féminin. Les trois résistantes sont incarnées par des actrices amateures, Charles Berling passe au rôle de narrateur en compagnie de Bérangère Warlouzé.

Confronter amateurs et professionnels est le principe de ces pièces radiophoniques théâtralisées : les trois actrices lisent des témoignages de et sur Geneviève de Gaulle, Lucie Aubrac et Mila Racine, et le spectacle est accompagné du Chœur de préparation militaire marine d’Hyères et de l’Orchestre d’harmonie d’Ollioules, ponctué de deux débats ouverts aux questions du public, animé de chansons connues reprises en chœur par les spectateurs, illustré par les dessins réalisés en direct par Sébastien Goethals. Le magnifique amphithéâtre de plein air de Châteauvallon, offre un cadre idéal à ce déploiement, qui dure cinq trop courtes heures… 

Le récit est découpé en huit chapitres et un épilogue, structurés par périodes. Résister en 1940 n’est pas la même chose qu’en 1944. Philippe Collin en maitre de cérémonie prévient : la Résistance a trop longtemps été assimilée au maquis, au maniement des armes, d’où une invisibilisation des femmes peu nombreuses dans ce rôle. L’historien Fabien Archambault apporte des précisions lors des débats : la résistance armée était menée par ceux qui savaient se servir d’une arme, donc plutôt des militaires, anciens ou démobilisés. Ce qui caractérise l’engagement des femmes est la précocité affirme Philippe Collin : ainsi Geneviève de Gaulle entre en résistance en arrachant un drapeau allemand, ou en allant fleurir la tombe délaissée de sa grand-mère, la mère de Charles.

Collectif et individu·es

Les retours du public démontrent que les questionnements sont toujours là. Qui a résisté ? Quel nombre ? Qu’est-ce que résister ? Collin souligne qu’entrer en résistance n’est pas un acte de courage individuel, qu’il est lié à des engagements d’avant-guerre dans un réseau d’amitiés, de liens sociaux, susceptibles de se transformer en action collective et souterraine de renseignements, d’aide aux victimes et aux persécutés, de presse clandestine, voire de la prise d’armes comme a pu le faire avec son incroyable témérité Lucie Aubrac.

De son côté, Geneviève de Gaulle ne se contente pas de fleurir des tombes, elle rejoint le premier réseau de résistance français, celui du Musée de l’Homme. Et Lucie Aubrac, militante et proche du parti communiste, participe de ce fait à la création du journal clandestin lyonnais « Libération ». Mila Racine, la troisième protagoniste de la pièce, appartient avant-guerre à des mouvements clandestins qui lui permettent d’organiser la fuite de juifs et juives, victimes de pogroms, vers la Suisse. C’est pour ces faits qu’elle sera arrêtée et déportée.

Mais ces femmes apparaissent aussi dans la différence de leurs histories intimes. L’engagement très jeune de Geneviève de Gaulle au service des autres, dans le cadre d’une éducation catholique traditionnelle, répond à celui de Lucie Aubrac dans les mouvements d’éclaireuses. 

Ces deux figures célèbres représentent les deux grandes tendances qui structurent la résistance : gaullisme et communisme. Mila Racine une inconnue parmi les 800 000 résistant·es recensé·es après-guerre, apporte cette part d’héroïsme des invisibles. À leur courage, on peut associer la fougue de la jeunesse. Nos trois protagonistes avaient 20 ans en 1940, tout comme les actrices amateures qui les « incarnent » aujourd’hui.

CAMILLE LE PAT

Les Résistantes a été créé le 4 juillet à Châteauvallon, Scène nationale d’Ollioules
Charles Berling, bientôt sur le départ 
Comme annoncé il y a quelques mois, Charles Berling quittera ses fonctions de directeur de la Scène nationale Châteauvallon-Liberté ce 31 août. Une décision liée à « une certaine fatigue », mais certainement pas à un désir de retrait.
Sarah Behar, actuelle administratrice, assurera la transition jusqu’en janvier. Cinq candidatures restent en lice et la succession devrait être tranchée à la fin du mois de septembre. Charles Berling précise qu’il n’intervient pas dans le choix. « Cela ne relève plus de mes compétences ».
De passage à Avignon le 14 juillet, il insistait surtout sur la nécessité de réfléchir à l’avenir de ces lieux, « d’autant plus que les financements risquent de s’y raréfier ». Le comédien et metteur en scène reviendra dès octobre au Liberté dans Lost and Found de Lars Norén, avant de retrouver L’Histoire du soldat de Stravinski et Ramuz à l’Opéra de Toulon. S’il cesse ses activités de direction, il dit avoir « hâte de continuer à diriger et à jouer ».
SUZANNE CANESSA

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Ainsi va la Vague Classique

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Petibon © sixfoursvagueclassique

Ce soir-là, rien ne va. Déplacé à l’Espace André-Malraux en raison de la chaleur et des impératifs de sécurité, après avoir déjà changé de date quelques mois plus tôt, le concert commence avec un léger retard. Patricia Petibon paraît trop tôt : « Je me suis trompée d’entrée. » Dès L’Arrivée de la reine de Saba, une corde de violon cède. Jean-Christophe Spinosi meuble, raconte une anecdote, fait rire sans peine une salle complète et manifestement ravie d’être là.

L’amplification légère ne dénature guère les instruments, mais complique la tâche des voix. Très peu augmentée, Patricia Petibon souffre parfois de la trop grande présence des graves, tandis que les micros saisissent jusqu’au moindre soupir de Jean-Christophe Spinosi. Heureusement, sa ligne de violon ne tremble jamais. L’Ensemble Matheus part à l’assaut de Haendel : le continuo fuse, les attaques claquent, la musique avance avec une énergie à toute épreuve.

Remanié pour s’accorder à l’acoustique, le programme devient un voyage plus libre encore que la succession d’airs annoncée. La Music for the Funeral of Queen Mary de Purcell répond à la Médée de Charpentier ; le Cum dederit de Vivaldi, transcrit pour violon et continuo, glisse vers la Sarabande de Haendel, avant le Concerto rustico et les folies de Platée. Les pages espagnoles de José de Nebra et de Haendel, puis les airs de tradition orale, déplacent encore les frontières. Tonalités parentes, traits semblables, mêmes élans de danse ou de plainte : ici, la musique classique n’est ni corsetée ni morte. Elle circule, vibre et se partage.

Vers l’horizon

Cette liberté tient beaucoup à l’amitié ancienne et à la complicité réelle entre la soprano et le violoniste. Elle joue, ose, passe de la tragédie au sourire ; il relance, accompagne, provoque. Même les accidents deviennent matière de concert.

Mais la fête ne dissipe pas tout. Depuis mars, la commune est dirigée par le RN, vainqueur par vingt et une voix d’avance. Le nouveau maire a promis de conserver l’édition 2026, tout en annonçant qu’en 2027 le festival « prendra une nouvelle forme » [Lire ici]. Une formule assez vague pour nourrir les craintes exprimées par Jean-Christophe Spinosi et les musiciens en fin de soirée.

Patricia Petibon prend alors le micro pour évoquer sa famille de La Seyne-sur-Mer, les ouvriers des chantiers navals, artistes et musiciens en puissance qui auraient peut-être pu le devenir pleinement si les circonstances le leur avaient permis. Elle se dit chanceuse. L’émotion la gagne. Soutenir un festival, rappelle-t-elle en creux, c’est aussi empêcher que des vocations demeurent des vies inaccomplies.

En bis, Danny Boy suspend la salle. Le navire tangue, mais la musique tient bon.

SUZANNE CANESSA

Le concert a été donné le 19 juillet à l’Espace André-Malraux de Six-Fours-les-Plages dans le cadre du festival La Vague Classique

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De 10 à 13 : Tribulations d’une adolescente du XXIe siècle

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© Pierre Daendliker

Camille a 10 ans en 2006. Dans la cour de récréation, les amitiés se nouent, se déchirent, se rabibochent. Les rêves frétillent puis s’effritent. La vraie Camille, la metteuse en scène Camille Dordoigne, a retrouvé son journal intime en mettant de l’ordre dans ses affaires. Dans ces mots rédigés quinze ans auparavant, elle trouve, inquiétude ou rage, une vérité pure. Brute, l’écriture s’est faite sans calcul n’étant pas destinée à être lue. Avec le recul, elle voit se dessiner sa trajectoire et porte son regard de jeune adulte sur son parcours. 

Turbulences de l’adolescence

Elle a choisi une amie comédienne qui a la même énergie : Chloé Zufferey possède une voix aux modulations étonnantes dans les graves qui ouvre d’ailleurs le spectacle. Descendant du fond de la salle, elle saute sur la scène dans un hurlement. S’ensuivent les récits alternés de victoires amoureuses, de défaites et de trahisons. Car le sujet est bien celui des amours de jeunesse, du désir de plaire, du corps qui change, des premières règles…

La scénographie est sobre. Un grand tableau noir occupe le fond. Camille y écrit et dessine, note les dates. Les épisodes se succèdent avec cocasserie, recherche de vêtements sexy, jeux de lèvres et de hanches dans le miroir. Épisode enthousiasmant : la comédienne va s’assoir sur les genoux d’un spectateur qu’elle appelle papa et lui donne à lire des répliques imprimées. Tout cela a un charme fou, c’est inventif et léger !

Le spectacle se fait plus sobre et plus sérieux quand Camille est confrontée au décès de sa grand-mère, découvrant à la fois la douleur de la perte et la crainte de sa propre disparition. Surgissent alors les questionnements sur ce que l’on devient après la mort avec l’angoisse de grandir trop vite. Un spectacle très équilibré et des artistes pleines de promesses.

CHRIS BOURGUE

De 10 à 13 écrit et mis en scène par Camille Dordoigne se joue au Train Bleu jusqu’au 23 juillet

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Évangile de la nature : Remélanger les atomes

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Evangile de la nature © Christophe Perton

Christophe Perton met en scène une nouvelle traduction de De rerum natura de Lucrèce, ode à la nature et à la vie, qu’il a retraduite avec Marie NDiaye. Il confie que c’est le bouleversement du confinement qui l’a conduit à cette relecture. 

Cette traduction-adaptation du philosophe-poète Lucrèce (98-55 av.J.C) s’adresse à un disciple et lui donne des règles de vie, évoquant la misère et les souffrances du monde pendant une pandémie dont les survivants sont morts de chagrin. Selon Lucrèce, Épicure a compris que c’est le ciel et la terre qui ont construit l’univers : il n’y a pas de dieu créateur et immortel, la nature est constituée d’atomes, tout retourne à la terre ; et le cycle recommence. La mort inévitable rentre dans le mouvement universel. « Nous n’avons que l’usufruit de la vie ».

L’immense acteur, Stanislas Nordey est totalement habité par cette parole poétique. Vêtu d’un costume noir et transparent, pieds nus, il arpente le plateau comme habité du feu intérieur d’une révélation matérialiste, et cosmique. 

Au centre du plateau, le ciel, avec nuages ou étoiles. Sur les trois murs, des panneaux où circulent incessamment des images en mouvement : minéraux, espaces déserts, mer et ruisseaux, ciels encore. L’espace scénique prend une dimension cosmique soulignée continûment par la musique organique d’Emmanuel Jessua. On est emporté par ce mélange de mots, de notes et de motifs, dans ce flot d’une modernité étonnante. Qui ne s’interdit pas l’humour, et invite à regarder au-delà de soi et de la possession, vers les étoiles

CHRIS BOURGUE

Évangile de la nature de Christophe Perron se joue au Théâtre des Halles jusqu’au 25 juillet à 16h40 

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Home Stories : quelque chose de très spécial

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@Meteore Film distribution

On est à Greiz, en Thuringe. La ville du grand père de la réalisatrice. En ancienne RDA. Léa (Frida Hornemann) a seize ans. Elle a un petit frère adorable. Se rebelle contre sa mère Reike (Gina Henkel), récemment divorcée de son père Matze (Max Riemelt), et qui attend un enfant de son nouveau compagnon Arthur (Florian Lukas), le directeur du lycée où la jeune fille étudie. Ses grands-parents paternels, Friedrich et Christel (Peter René Lüdicke et Rahel Ohm) peu adaptés au nouveau régime capitaliste, ont bien du mal à tenir à flot leur hôtel restaurant. Ce domaine, au cœur de la forêt, qui accueille conférences, colloques et chevaux, périclite. Sa tante Kati (Eva Löbau) qu’elle admire, travaille à la création d’un musée d’histoire locale dans le château de la région, fleuron de la monarchie passée, divisé en logements populaires et flanqué d’une usine sous le régime communiste. Projet patrimonial financé par les capitaux de l’Ouest au grand dam de la grand-mère qui trouve cette dépense scandaleuse au vu des difficultés économiques des entreprises locales. Léa fait du théâtre avec ses camarades de classe, de la musique avec Bonnie, sa meilleure amie et la fête avec son cousin Edgar en pétard contre la société et la montée des idées nazies.

Matze a inscrit Léa en cachette de son ex-femme à une émission de télécrochet, The Voice of Germany. Elle vient d’être retenue. C’est ce concours, de la sélection initiale aux auditions et étapes éliminatoires à Cologne, qui réunira la famille et servira de trame narrative. Une trame ténue brodée de fils de traverse, qui se croisent, se nouent, remontent le temps ou dessinent délicatement des motifs inachevés. Les traces des fractures est-ouest, le sentiment de dévalorisation des Allemands de l’Est après la réunification, l’individualisme face au collectif, la société du spectacle triomphante, la place de chacun parmi les siens. Et la quête d’identité. Le titre allemand Quelque chose de très spécial reprend la question d’un journaliste à Léa : Qui es-tu ? qu’est-ce qui fait de toi quelqu’un de spécial ? L’adolescente ne saura quoi répondre.

Home, c’est la maison mais aussi la patrie. Stories est au pluriel : ce sont les histoires bidonnées pour les shows télévisés, celles toujours un peu opaque des romans familiaux, celles plus secrète d’une intimité qu’on ne partage pas, celles du récit national qui se modèle au gré des politiques, et enfin celle parcellaire, sans narrateur principal que nous propose ici la réalisatrice.

Le film, tout à la fois, fragmente et tisse des liens. Un bestiaire le jalonne : le paon, le cheval malade, le chat, les oiseaux tués, les massacres aux murs de la salle à manger, les rats morts dans les assiettes d’hôtes indésirables. « Ce n’est pas dans mes habitudes de prendre les spectateurs par la main de manière paternaliste, et de faire comme si j’avais une réponse à leurs questions. » dit Eva Trobisch.

Servi par un casting impeccable, Home story n’est pas un film confortable. Il travaille sur les tensions, le malaise, le mal être mais n’exclut jamais ni la tendresse, ni l’espoir. Un enfant naît et le chant bouleversant de la lumineuse Léa fait presque l’unanimité du jury.

ELISE PADOVANI

Home Stories d’Eva Trobisch

Sortie le 29 juillet 2026

Météore Film Distribution

Les Matins merveilleux : les fantômes qui dansent en nous

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@Arizona Distribution

Charlie (India Hair) emmitouflée dans son manteau, une boîte de gâteaux à la main sur le balcon d’un appartement parisien, enjambe maladroitement la rambarde pour atteindre le balcon voisin et entrer chez sa grand-mère qui ne répond plus. La vieille dame, qui l’a élevée après le décès de sa mère, est morte dans son lit -ou presque. Gesticulation burlesque et ironie d’un Printemps de Vivaldi en boucle sur le répondeur des Pompes funèbres. La scène initiale donne le ton : on gardera cet équilibre fragile entre le sourire et les larmes.

Quelques ellipses plus tard, voilà notre héroïne trentenaire au cimetière : « pas de thune, pas de mec, pas d’enfant, mais une tombe » et une mission : exécuter les dernières volontés de la défunte pour distribuer ses icônes religieuses et ses vinyles disco. Les disques sont destinés à un certain Titou résidant à Cavalaire. S’en suit un road trip en Twingo vers le sud.

Dans la petite ville de la Côte d’Azur, Charlie rencontre Marina (Raya Martigny), une barmaid trans, un peu cabossée par la vie, qui l’héberge et la prend sous son aile. Un copain d’école de Marina. Une ado rebelle et amoureuse. Un vieil homme mourant et le fameux Titou (Eric Cantona, toujours improbablement juste, en professeur de danse dans une cave ou sur la piste d’une boîte de nuit, vêtu d’une veste rose à paillettes). Titou, fan de disco, a connu autrefois Florence la mère de Charlie sur le dance floor. L’orpheline Charlie entre dans cette famille « élective », dénoue la raideur de son corps. Pour elle, c’est un voyage libérateur et intime. Elle retrouve via d’anciennes cassettes vidéo, les chorés de sa mère, belle et jeune, en robe à sequins. Les générations se télescopent. La mort, la vie, l’amour aussi. En contrepoint, les chansons populaires -qui disent toujours la vérité, comme écrivait Truffaut.

Feel good music

« Les matins merveilleux » du titre pour un clin d’œil à « Notre histoire » de Dalida, « Ah que la vie est belle » de Brigitte Fontaine en épilogue et comme une moralité à ce conte. Et puis « Piensa en mi » de Luz Casal pour un clin d’œil peut-être au mélo almodovarien. Sans oublier le bouleversant karaoké de Charlie interprétant « Mon amie la Rose ».

India Hair confirme ici son incroyable talent pour incarner toutes les facettes d’un personnage : candide ou audacieuse, forte ou fragile, engoncée ou libérée, enfantine ou sensuelle, désarmante de sincérité, ouverte à la vie qui vient, et attentive aux blessures des autres.  

Le film d’Avril Besson, dédié « à tous les fantômes qui dansent en nous »,est un feel good movie. Il n’y a pas de méchants. Les gens y sont bienveillants pour peu qu’on s’ouvre à eux. Les relations se tissent fil à fil, sans grand discours à travers des petits riens. On accepte la maladresse ou la réserve de l’autre. Et si à la fin de cette comédie romantique tendre et attachante, les amant.e.s ne se marient pas et n’ont pas d’enfants, ils-elles essaieront de vivre ensemble pour le meilleur !

ELISE PADOVANI

Les Matins merveilleux d’Avril Besson

En salle le 29 juillet 2026

Avignon Off : « Badjens», le souffle de la liberté

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Badjens © Marie Tihon

Badjens, le très remarqué roman de Delphine Menoui sorti en 2024, a été adapté pour le théâtre par son autrice. Récit d’une émancipation, il met en scène Zahra qui manifeste avec d’autres femmes après la mort de Mahsa Amini en 2022, arrêtée pour tenue vestimentaire non conforme à la loi islamiste, et décédée peu après. Les manifestantes enlèvent leur hidjab ou se coupent les cheveux. C’est ainsi qu’est né le slogan « Femmes, Vie, Liberté. » 

Le spectacle commence avec Zahrah, interprétée par Alice Rahimi ; elle veut brûler son foulard. En fond de scène, un écran fait défiler des images de Ralph Moussa sur les manifestations bruyantes de klaxons et de slogans. Avec ce geste de révolte, elle revit des événements marquants, souvent douloureux : à sa naissance les hommes s’en sont désintéressés puisqu’elle était fille, à 4 ans son père l’oublie dans la maison lors d’un incendie, plus tard un garçon l’oblige à une fellation… Sa mère l’a surnommée Badjens, qui veut dire effrontée ou mauvais genre et la soutient secrètement dans sa résistance à la soumission. Elle s’est construite sur ces blessures et à 12 ans s’habille en garçon pour contourner les interdits. La peur l’habite constamment, mais quand elle est à cette première manifestation, elle se sent « au bon endroit. »

Projet multidisciplinaire

Delphine Menoui a choisi un plateau dépouillé, uniquement occupé de trois cubes rouges, un grand tissu, rouge également, sert de drapeau ou de costume. La musique en live de Renaud Sastre accompagne les textes d’archives et les images, tandis que les chants (en alternance Hura Mirshekari et Fiona Sanjabi) évoquent la voix intérieure de la jeune fille. On s’émeut à cette évocation des femmes sacrifiées qui entonnent le chant de la colère pour libérer enfin la parole et le corps.

CHRIS BOURGUE

Badjens mis en scène par Delphine Menoui s’est donné au *11 Avignon durant tout le festival 2026

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Avignon off : « L’étrangère », Camus revisité

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© X-DR

C’est une idée originale qu’a eue Jean-Baptiste Barbuscia : revoir l’histoire de Meursault à travers le regard de son amoureuse, Marie Cardona. Une contre-enquête commence : une étudiante, Marie, va voir son professeur pour lui exposer sa vision du roman. Au début, celui-ci y est totalement opposé mais, s’identifiant à l’amoureuse, elle le convaint peu à peu en reconstituant l’enchainement des événements. Marion Bajot joue son personnage avec passion, sincérité ; on la suit et on adhère peu à peu à son regard.

Le metteur en scène cherche à valoriser le rôle de l’enseignant campé par Fabrice Lebert dans un parcours scolaire : à travers lui il rend hommage à un de ses professeurs comme Camus lui-même l’avait fait pour son instituteur. Ainsi le rôle de la lecture dans l’ouverture sur le monde et la construction de la personnalité, est valorisé, inventant un nouveau rapport enseignant/enseigné.

Peu à peu, Marie endosse le rôle de Marie Cardona et lui donne un relief qu’il n’a pas dans le roman. Elle réinvente des moments du procès, accompagne Meursault sur la plage, s’affronte à Raymond Sintès, celui dont le comportement violent a déclenché le drame. Nous assistons au déroulement d’une enquête, dont les résultats sont notés sur un grand tableau comme ceux que l’on voit dans les bureaux de la police. Face à elle Fabrice Lebert joue tous les rôles masculins avec précision. Le spectacle, convaincant et maîtrisé, amène à réfléchir sur l’évolution des mentalités et la place de la femme. Gageons qu’il déclenchera encore des discussions autour de ce grand roman de Camus.

CHRIS BOURGUE

L’étrangère de Jean-Baptiste Barbuscia, primé en 2025, s’est joué au Théâtre du Balcon durant le Festival d’Avignon Off

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Avignon off : « Rumba », la fête des pauvres

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RUMBA © Théâtre National Wallonie-Bruxelles

Imaginez un plateau nu et sombre. Le comédien David Murgia, qui appartient au Raoul collectif, célèbre compagnie belge fondée en 2009, plante oralement le décor : un parking vide, un supermarché fermé, un bistro de quartier. Il paraît que des pèlerins vont y venir pour fêter Noël sous les étoiles. Le narrateur veut leur proposer un spectacle pour se faire quelques sous. Il est en compagnie d’un accordéoniste, Philippe Orivel, qui ponctue le récit écrit et mis en scène par l’auteur italien Ascanio Celestini.Ce spectacle est la troisième partie d’un triptyque qui évoque les pauvres d’aujourd’hui : les immigrés sans papiers et sans boulot, les sans famille, les invisibles. David Murgia prend à peine le temps de respirer et c’est dans un débit époustouflant qu’il évoque Joseph, le fossoyeur, Job qui fait le café pour son patron et qui ne sait pas lire, la vieille femme à la tête embrouillée. Puis apparaît le personnage de François d’Assise (1182-1226), fils de bourgeois. Pas le saint, le pauvre, celui qui a choisi la pauvreté.

Social et politique

Avec une mise en scène sobre et statique, le propos avance par ricochets. Un personnage fait naître une image, puis un autre personnage… À travers des anecdotes amusantes, émouvantes ou tendres se pose la question de la précarité et de l’exclusion sociale. Ascanio Celestini se demande ce que serait François s’il vivait à notre époque et en profite pour égratigner notre société et ses dirigeants, le désintérêt pour les nécessiteux, la poursuite du profit… Un spectacle percutant et poétique, un comédien excellent.

CHRIS BOURGUE

Rumba de la Cie Kukaracha s’est joué au Théâtre des Doms, Festival Off Avignon

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The Last Hamlet : Être ou ne pas être sur scène 

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The Last Hamlet, Ben Duke, 2026 © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

D’un petit poste de radio posé à même le sol, s’élève la voix de la metteuse en scène Katie Mitchells. Elle appelle à ce que Hamlet cesse d’être autant monté sur scène. « J’en ai marre de voir des pièces à propos d’hommes dépressifs, violents et misogynes », dit-elle. Ben Duke, harnaché à un mur de cartons, se contorsionne pour éteindre le poste. Il est Hamlet, monument de la culture britannique, ce qu’il prouve en récitant à froid le fameux « Être ou ne pas être »… « comme ça c’est fait », dit-il. 

Il est, explique-t-il, dans une situation compliquée, car les institutions ont décidé de ne plus financer de mise en scène d’Hamlet, à l’exception de celle-ci, qui devra se monter avec un budget restreint. C’est donc sa dernière chance de prouver sa supposée « pertinence actuelle ». 

Petit budget oblige, il ne partage pas la scène avec d’autres comédiens, mais avec des peluches qu’il sort une à une des cartons empilés derrière lui : une grosse oie pour Gertrude, un serpent pour Claudius, une loutre pour Ophélie. Il sera demandé à certain·es spectateurices de lire le texte à la place de ce casting peu loquace…

Il y a quelque chose

Duke se balade de version en adaptation, vêtu d’une grenouillère du Roi Lion (sans doute une des œuvres les plus célèbres inspirées d’Hamlet) auquel il fait de nombreuses références sous le rire du public. Plusieurs cadres spatio-temporels cohabitent ; la famille du Danemark est à la fois royauté et famille moderne qui dansent sur Only you et font des retraites spirituelles. Tout cela sans jamais briser la mise en abime initiale. La crédibilité de l’univers ainsi créé est plus que ténue, mais tient  grâce à une écriture à l’humour pince-sans-rire qui embrasse l’absurde, et à la possible folie d’Hamlet. 

The Last Hamlet est autant une lettre d’amour à Hamlet et à la beauté de la langue shakespearienne, qu’une concession aux critiques contemporaines faites à la pièce, un hommage à son caractère universel et une satire de celui-ci. Sans que cela ne soit réellement contradictoire… jusqu’à la fin alternative.

CHLOÉ MACAIRE 

The Last Hamlet 
Jusqu’au 24 juillet
Cloître des Célestins, Avignon

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