vendredi 4 avril 2025
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[Music & Cinéma] Nos jours sauvages : Sur la route

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Nos jours sauvages

C’est dans une station service que se produit pour Chloé une rencontre qui va changer sa vie dans le film de Vasilis Kekatos : un lieu que le cinéaste doit apprécier : le même que dans son court métrage, La distance entre le ciel et nous, Palme d’Or du court métrage à Cannes en 2019. Chloe (lumineuse Daphné Patakia)  la vingtaine, quitte la maison, de nuit, après une grave dispute familiale. Elle décide d’aller voir sa sœur à Evros  Elle est prise en voiture par un homme qui ne lui veut pas vraiment du bien. Enfermée dans le véhicule, lors d’une pause, elle est sauvée par Sofia  (Eva Samioti) et ses amis qui vivent dans un mobil home.

Elle s’embarque avec eux le long des routes grecques. Ils sont jeunes, font la fête, boivent, dansent. Ils sont libres et au fil des villages traversés, lavent le linge des pauvres dans les machines qu’ils ont installées dans leur camping-car. Chloé apprend peu à peu les rituels de cette tribu qui devient la sienne : faire les loups dans la forêt, subtiliser des objets dans des maisons inhabitées, se baigner nus. Tombée amoureuse de l’un des garçons, Aris (Nikolakis Zegkinoglou) elle va vivre un premier chagrin d’amour. Sa sœur, enceinte, qu’elle retrouve à Evros, désapprouve complètement la vie qu’elle s’est choisie.

Un film à la fois joyeux grâce aux images remplies de couleurs, à la chaleur du groupe, à la force de l’amitié, à la musique de Kostis Maraveyas mais aussi plein de la mélancolie d’un road movie qui va se terminer un jour.

Annie  Gava

[Music & Cinema] « Cassandre »,  échappée belle

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Cassandre, dans la mythologie grecque, reçoit d’Apollon le don de prédire l’avenir si elle s’offre à lui. Elle refuse ce marché et ses prédictions ne seront crues de personne. Cassandre ou la mécanique des ombres est le titre du premier long métrage d’Hélène Merlin, inspiré par sa propre histoire. Cassandre est aussi le nom de son personnage principal, une jeune fille de quatorze ans. On est en 1998. C’est l’été et, après une année scolaire dans une école militaire, Cassandre revient dans la grande maison familiale, à la campagne, dont l’escalier est orné des portraits et photos de plusieurs générations.

Elle y retrouve son père (Eric Ru) un colonel psychorigide, tyrannique, sa mère (Zabou Breitman) qui se dit libérée de tous les tabous et un frère, Philippe, (Florian Lesieur), écrasé par son père « un mâle alpha ! », sur couvé par sa mère, mal dans sa peau et malsain. Une chance pour la jeune fille: le père fâché avec le moniteur du centre militaire d’équitation où elle s’entraine, l’inscrit dans un centre équestre aux méthodes très différentes, où l’énergie de vie circule librement aussi bien pour les humains que pour les chevaux.

Le moniteur (Guillaume Gouix) lui semble le père idéal. Elle va ainsi pouvoir, peu à peu, échapper à sa famille fusionnelle et  toxique, à l’autorité du père, à la « folie » de la mère et surtout à son frère qui ayant constaté que le corps de sa sœur a changé, va peu à peu en profiter. Lors qu’elle aborde le sujet, « Il ne faut pas en faire un plat ! La promiscuité c’est normal en famille ! » s’entend-elle répondre.  Heureusement, elle a nouvelle amie au centre équestre, Laetitia, (Laika Blanc Francard) qui lui redonne le sourire et un peu de légèreté.

Hélène Merlin a mis plus de dix ans pour écrire et réaliser ce film sur l’inceste et surtout sur la résilience, sur la joie de vivre retrouvée. Si certaines séquences sont dures, la cinéaste a réussi à montrer par sa mise en scène, ralentis, plongées et contre plongées, plans conçus comme des tableaux et par ses choix de format d’images qu’on peut sortir de cette situation. 

Les marionnettes que manipule Cassandre adulte (Agathe Rousselle), belles séquences récurrentes, jeu qui permet de mettre à distance les traumatismes, offrent aussi au spectateur une respiration. Cassandre a échappé à la « mécanique des ombres » et a su concilier en elle le loup blanc et le loup noir du conte amérindien. Billie Blain incarne à merveille ce personnage qui change et découvre la liberté. La musique de la compositrice Delphine Malaussena contribue à la réussite de ce film nécessaire qui aborde un problème toujours d’actualité.                

A découvrir absolument ! 

ANNIE GAVA

Cassandre ou la mécanique des ombres faisait partie des films en compétition à Music & Cinema.

« Deux Sœurs » : Entre rires et larmes

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54 ans après Bleak Moment (Léopard d’or en 1971), plus de 30 ans après Naked (prix de la mise en scène à Cannes en 1993) et Secrets et mensonges (Palme d’or 1996), Mike Leigh fait l’actualité. Rétrospective à la Cinémathèque et sortie de son dernier film : Deux Sœurs (Hard Truths) dans lequel, une fois de plus, le réalisateur octogénaire explore ce que la spécialiste du cinéma britannique, Anne-Lise Marin-Lamellet, appelle « la psychopathologie de la vie quotidienne ».

Le film nous transporte en banlieue pavillonnaire, dans une famille noire londonienne, et la durée de l’action n’excèdera pas quelques jours. Pansy (Marianne Jean-Baptiste) vit dans une petite maison « moderne » aseptisée : petit carré nu de pelouse rase entouré de palissades, intérieur briqué, à la déco formatée. Un ordre domestique contre le chaos intérieur de Pansy qui a la phobie de la saleté et ne cesse d’éructer sur le monde et les gens. En premier lieu sur son fils Moses (Tuwaine Barett), obèse, désœuvré, triste, mutique, et sur Curtley (David Webber) son mari plombier qui la laisse crier sans jamais rien lui opposer. Pansy est en colère. Toujours. Contre tout, contre tous·tes. Elle hurle sa rage et sa douleur. L’univers lui semble hostile et, si elle ne rit jamais, son agressivité nourrie par un verbe imagé, génère des scènes hilarantes.

Une histoire de profondeur

Chantelle (Michele Austin) est sa sœur cadette et son contraire. Rieuse, empathique, dynamique, patiente. Elle vit seule avec ses deux filles, dans un appartement chaleureux qui s’ouvre sur le parc et le chant des oiseaux. Elle est coiffeuse, à l’écoute de ses clientes et de Pansy qu’elle aime mais ne comprend pas. Ces deux-là vont se retrouver à l’occasion de la fête des mères sur la tombe de la leur, malgré les tergiversations de Pansy. On comprend en quelques mots que l’enfance sans père n’a pas été simple, que Pansy s’est sentie malaimée, s’est occupée de Chantelle la « préférée » après le décès de la mère, qu’il y a eu un traumatisme. Mais rien ne sera ni exposé, ni résolu. Si Pansy finit par éclater de rire lors du repas familial organisé par Chantelle, ce sera un rire-sanglots, de ceux dont on ne sait plus ce qu’ils signifient, ni sur quoi ils se fondent. « Ce qui importe, dit Mike Leigh, c’est la profondeur de ce qui se joue », qui trouve écho dans la sonorité feutrée de la viole d’amour choisie pour la BO par Gary Yershon.

Film court, à budget limité, Deux Sœurs est encore une fois un exemple réussi de la méthode Leigh : les personnages se créent en amont du scénario en collaboration avec les acteurs·rices, les répétitions nombreuses débutent bien avant le tournage qui repose sur un rapport « organique » entre le personnage et son environnement. Marianne Jean-Baptiste, qui incarnait Hortense Cumberbatch dans Secrets et Mensonges, est prodigieuse.

ELISE PADOVANI

Deux sœurs, de Mike Leigh

En salles le 2 avril

Comme un chant de Victoires

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régis campo
© X-DR

Le 5 mars dernier, le petit monde la musique était en effervescence. Beaucoup d’artistes étaient derrière leurs écrans pour suivre les Victoires de la musique classiqueÀ Marseille, la fébrilité est montée d’un cran au moment de la remise de la distinction au meilleur compositeur de l’année. Le Marseillais Régis Campo était en lice pour son œuvre orchestrale Dancefloor with pulsing, hommage à la musique de Daft Punk et de Björk dont il est friand

Tout à fait originale, cette création utilise le thérémine, tout premier instrument de musique électronique, inventé en 1920 par le physicien russe Leon Theremin, et dont le son produit ne nécessite aucun contact avec l’instrument. Campo concourrait face à deux autres grands noms : l’italien Francesco Flidei pour Squeak Boum ! spectacle absurde basé sur des poésiesmusicales composées durant le confinement et le talentueux Benoît Menut pour La nuit obscure, inspirée du poème mystique La noche oscura écrit au XVIe siècle par Jean de la Croix .

L’enfant de Marseille

Fierté donc pour Marseille et en particulier pour le Conservatoire où Régis Campo a étudié la composition auprès du fécond Georges Boeuf. « Monté » à Paris, celui qui est considéré comme l’un des créateurs les plus doués de sa génération multiplie les compositions et les prix. Des centaines d’artistes comme Chamayou, Casadesus, Equilbey, Escaich ou Petitgirardet les plus grands orchestres ont joué sa musique, adeptes du style Campo qui fait la part belle à l’humour, la gaité, la lumière et la joie.

Fidèle à sa ville d’origine qui le lui rend bien, ses compositions sont régulièrement jouées dans la cité phocéenne comme son dernier opéra, La Petite Sirène, conte d’Andersen revisité,dont il a écrit la musique et le livret. Par-delà la terrible cruauté de cette histoire, c’est une odeà l’amour, à l’accueil de l’autre dans sa différence. La mise en scène réalisée par Bérénice Collet plonge le spectateur dans un univers fantastique à la Tim Burton. Certaines scènes, trèsdrôles, sont dignes d’Offenbach. La musique, fait appel à des registres multiples. 

On touche à la comédie musicale avec des ritournelles, d’autres morceaux font penser au Maurice Ravel de l’Enfant et les sortilègesL’air de la mélancolie que le public adore est d’inspiration baroque. Quant à la chanson d’amour de la petite sirène, c’est un morceau pop, très simple. Donné le 11 janvier dernier par l’Ensemble Télémaque au Théâtre des Salins (Martigues)la petite sirène revient à l’Odéon (Marseille) pour la plus grande joie des petits et des grands. 

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le 3 et 5 avril, Théâtre de l’Odéon (Marseille).

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Face à l’urgence, une Passion bleue

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passion bleue
© L.B.F.

Le collectif Eskandar, porté par l’écrivain et metteur en scène Samuel Gallet, navigue entre théâtre, écrits, musiques et performances pour interroger les enjeux existentiels d’un monde en crise. Leur cheminement créatif se déroule en trois temps : une phase de rencontre et d’observation, une phase d’écriture et une restitution, intitulée Conjuration. Ce 19 mars, au Théâtre Liberté, était donné leur travail effectué dans la rade de Toulon quelques jours plus tôt, où Zébuline était.  

Embarquement 

19 mars, 9 h30. C’est l’heure d’embarquer sur la navette, et l’équipage s’appelle Samuel GalletPierre Morice et Julie Aminthe, tous du collectif Eskandar. Leur cap, les chantiers navals de la Seyne-sur-Mer. L’objectif est de rencontrer les anciens ouvriers de ces chantiers fermés depuis 1989. Une douzaine d’entre eux attendent déjà sur le quai quand le bateau arrive, et très vite l’échange se fait. En un instant, les trois artistes se fondent dans le public, s’immergent dans leurs récits, captent les émotions. Une émotion omniprésente tant l’histoire de cette industrie reste gravée dans les corps et les cœurs des ex-ouvriers.

© L.B.F.

Il y a les problèmes de santé liés l’amiante, omniprésente à l’époque, qui a déclenché des cancers chez certains. Les conditions de travail aussi, très difficiles : charges lourdes qui cassent les dos, absence de casques sur les oreilles malgré le bruit omniprésent – beaucoup sont aujourd’hui sourds ou malentendants. Et il y a la fermeture des chantiers, d’une telle brutalité qu’elle a causée nombre de dépressions nerveuses, divorces, ou suicides.  

Les artistes, d’une écoute attentive, se sont contentés de poser des questions, et de prendre des notes. Assez pour écrire un spectacle et rendre hommage à ces cabossés de la vie et du capitalisme. Injustement oubliés. 

LILLI BERTON FOUCHET

Cet échange entre l’équipe artistique de Samuel Gallet et les anciens des chantiers navals de La-Seyne-sur-Mer a eu lieu le mercredi 19 mars, dans le cadre de Passion bleue.

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Batsheva : boycotter l’art israélien ?

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BATSHEVA
Naharin’s virus © Ascaf

Naharin virus est programmé au Théâtre Liberté de Toulon, et au Grand Théâtre de Provence. Anafaza, autre reprise d’un chef d’œuvre historique, ouvrira le festival Montpellier danse avant de rejoindre un autre temple, le Théâtre National de Chaillot. 

Ce retour est attendu : la tournée européenne prévue en 2024 avait été annulée par le chorégraphe qui craignait pour la sécurité de ses danseurs. Des appels au boycott sont régulièrement lancés par le BNC palestinien (Boycott National Committee), relayé en France en particulier par le BDS-France (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) et l’UJFP (Union des Juifs Français pour la Paix). 

Ceux-ci disent cibler les institutions israéliennes, et non les artistes. Ohad Naharin se défend et explique qu’il prend les subventions mais reste un opposant du régime. Ses œuvres, et en particulier ce Naharin virus, qui fait danser sur des musiques en arabe et devant un mur où l’anagramme « Plastelina » s’inscrit à la craie, sont peu susceptibles d’être interprétées comme défendant lesuprémacisme juif, ou faisant la promotion d’un gouvernement piloté par un criminel de guerre sous mandat d’arrêt international. 

Elles sont aussi (surtout ?) des chefs d’œuvres, et Naharin un des plus grands chorégraphes du monde, qui a fait des émules à la Batsheva Dance Company, comme Emanuel Gat et Hofesh Shechter. Pourtant… 

Un lourd héritage

Ceux-ci ont quitté Israël et travaillent en France et en Angleterre, en conservant la technique GAGA mise au point par Naharin, la force d’une danse très musicale, calligraphique et terrienne, mais en refusant de travailler au « culture-washing » du gouvernement israélien. Qui régulièrement se targue de l’excellence artistique d’un ballet national qui porte le nom de Batsheva de Rothschild, sa fondatrice. Une grande philanthrope des arts, dans la tradition des milliardaires anglais puis américains qui ont érigé le mécénat artistique en concours de générosité, de Rockefeller à Carnegy (qui préférait l’opéra) en passant par Bill Gates et Jeff Bezos.

Une lourde histoire pour la Batsheva Dance Company, qui reste une des compagnies chorégraphiques les plus fascinantes du monde, et le Virus de Naharin une œuvre de résistance. Efficace ? 

AGNÈS FRESCHEL

Naharin virus
Du 27 au 29 mars
Théâtre Liberté, Scène nationale de Toulon
1er et 2 avril
Grand théâtre de Provence, Aix-en-Provence

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Un Candide au pays de Brassens 

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Tout comme L’amour des choses invisibles, également publié aux éditions Grasset, le nouveau roman de Zied Bakir est très largement inspiré de la vie de l’auteur, né en Tunisie et résidant désormais à Anduze, dans les Cévennes. 

Ce récit suit le parcours d’Elyas, jeune tunisien francophile rêvant de Paris, de sa littérature et « de ses femmes ». D’abord hébergé chez son oncle, il se retrouve ensuite à la rue, fait un court séjour dans une communauté Emmaüs avant d’être interné dans un hôpital psychiatrique, où il rencontre Adeline, avec qui il vit une brève histoire d’amour. Sorte de Candide moderne, Elyas Z’Beybi, « le solitaire », avance d’échecs en déboires, ne perdant pourtant jamais sa foi naïve dans la langue et la culture françaises. 

Shéhérazade et Quasimodo 

Quelque peu haché dans les premiers chapitres, le roman prend au fil des pages de plus en plus d’ampleur et rend hommage à la curiosité d’esprit et, avant tout, à la puissance du récit. Telle Shéhérazade retardant sa mise à mort grâce aux mille et une histoires qu’elle conte au sultan, Elyas se souvient et invente des récits se déroulant dans son pays natal pour échapper au désir semble-t-il effrayant de sa femme. La découverte de la sexualité constitue de fait une des thématiques importantes de ce roman d’apprentissage et est évoquée elle aussi avec humour et autodérision, comme lorsqu’Elyas s’adresse à son « Quasimodo », sobriquet qu’il donne à son sexe. 

Elyas raconte, écoute, écrit, comme ces « notes pour se débarrasser de soi » (« sur le papier, seulement sur le papier », précise-t-il à sa psychiatre inquiète), qui évoquent sa petite enfance et brossent le portrait de ses parents. La narration intègre des références musicales et littéraires disparates, et use fréquemment de l’ironie, montrant l’admiration d’Elyas pour une certaine culture française parfois considérée comme vieillotte par ses ressortissants. Le récit s’achève avant l’événement qui donne son titre au roman, comme si le processus amenant à la possibilité d’une naturalisation avait plus de valeur que cette dernière. 

GABRIELLE BONNET

La Naturalisation, de Zied Bakir
Grasset – 19,50 €

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Parfums d’exil

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Le narrateur n’a pas de nom mais c’est un « arabe qui sourit ». Syrien réfugié à La Rochelle, il est « nez ». Il fabrique des parfums aux flagrances d’exil et de nostalgie, celles de musc, de rose et de jasmin qui lui rappelle les effluves de Damas, sa ville qu’il a quittée en 2011 pour échapper au régime d’Assad.

Il est d’abord hébergé à Beyrouth par son ami Naji, « deux enfants étrangers dans un pays étranger ». Comme des millions de réfugiés, ils partagent « le même mode de vie, la même cuisine, la même crise économique et les mêmes malheurs » que les Libanais. Les deux jeunes hommes gravitent dans les milieux d’opposition au « raïs ». Puis « celui qui sourit » décided’effectuer le grand saut vers la France « abandonnant » Naji et la Résistance. 

À l’aéroport, leurs derniers mots sont pleins de tendresse et d’affection : « Tu ne veux pas venir en France chez les capitalistes ? Alors je viendrai au Liban te revoir comme un colonialiste », déclare celui qui part. « Rappelle-toi que ton esprit gardera pour toujours les catastrophes, les paradoxes et la magie du Proche Orient » prédit celui qui reste.

Enquête de vérité 

© Flammarion

Dix ans ont passé. Les amis ne se sont pas revus. Un jour, le « Français » reçoit un message de Delia, une Italienne rencontrée lors d’une manifestation anti Assad. Naji est décédé, il s’est suicidé. En finir, quitter la scène, le combat, voilà qui ne ressemble pas à son vieil ami engagé, rebelle, déterminé, croyant en la résistance internationale contre l’impérialisme. Le narrateur triste et troublé repart au Liban sur les traces de Naji, qui avec sa mort le ramène au pays et l’entraîne dans une aventure rocambolesque.

Avec ce nouveau roman, le journaliste, poète et écrivain Omar Youssef Souleimane continue d’explorer la thématique de l’exil. Exil qu’il a lui-même vécu. Journaliste traqué par les services secrets du régime syrien il quitte clandestinement son pays pour la Jordanie puis la France dont il ignore tout. « Je me suis réfugié dans la langue d’Éluard » écrit-t-il. C’est désormais en français qu’il publie des récits imagés et sensibles d’inspiration principalement autobiographique.

ANNE-MARIE THOMAZEAU 

L’Arabe qui sourit, de Omar Youssef Souleimane 
Flammarion - 20 €

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Perdus hors du servage

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PHOTO LA CERISAIE - TDC © Gilles Layet

Janvier 1904. Tchekhov, atteint de tuberculose, sur le point de mourir, écrit La Cerisaie. Le servage, esclavage à la russe, est aboli depuis 40 ans à peine et la Révolution de 1905, qui dotera le pays de sa première Constitution, se prépare. Depuis un an les Mencheviks, qui défendent un Parti communiste populaire et rural, s’opposent aux Bolcheviks. Tchekhov écrit une comédie depuis sa campagne, et s’étonne que Stanislavski mette en scène comme un drame ce qu’il a conçu comme la caricature d’un vieux monde en train de sombrer, sans la tendresse de ses drames précédents.

Car on y retrouve les personnages typiques des grandes pièces que Tchekhov a écrites depuis 10 ans. Comme dans Oncle VaniaLa Mouette et Les Trois Sœurs, des aristocrates désargentéset esthètes se repaissent dans l’inactivité, un oncle sans sexualité (homosexuel ?) aime ses nièces, entouré d’anciens serfs devenus moujiks puis marchands enrichis, de serviteurs plus ou moins zélés ou ridicules, et d’un intellectuel, docteur ou précepteur, qui porte l’idéal révolutionnaire, féministe et écologiste. 

On y trouve aussi la jeune aristocrate idéaliste et sa sœur adoptée, terre à terre, qui gère le domaine. Et Lioubov, centre et cœur de la Cerisaie, femme « libre » pétrie de contradictions et de charme, jouée sans concession par Marion Coutris qui laisse éclater sa douleur mais aussi son mépris de classe.

Bien finir

Ainsi la fin de la Cerisaie est bien celle d’une comédie : elle s’ouvre sur un départ, un monde nouveau qui s’ouvre, une promesse explicite : « Pour commencer une vie au présent, nous devrons d’abord expier notre passé, en finir avec lui » explique le précepteur à la jeune héritière d’un servage aboli qui rode encore en coulisses. Lopakhine le capitaliste coupera les arbres, Trofimov le précepteur emmènera tout le monde à Moscou, loin de l’esclavage.

Serge Noyelle a fait le même pari de la jeunesse, confiant à de jeunes acteurs l’essentiel des rôles. Deux mondes coexistent, l’un baroque, fantaisiste et décadent, l’autre plein d’énergie et d’espoir, classique et raisonnable. Renonçant aux costumes, maquillages, décors loufoques et jeux macabres qui ont fait le succès des Nono, cette Cerisaie affirme qu’une génération nouvelle arrive, adepte du texte, sans amplification ni vidéo, sans adresse au public, confiante dans la puissance du répertoire théâtral, et la force du jeu. 

AGNES FRESCHEL

La Cerisaie
Jusqu’au 29 mars
Théâtre des Calanques, Marseille

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Résistances insulaires

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© Marie-Clémence Andriamonta-Paes : Laterit Productions : Cobra Films : Silvão Produções

Martinique, Guadeloupe, Réunion, Madagascar, Zanzibar, Maurice, Comores… Ces noms sonnent encore parfois comme des paradis exotiques mais africaines, océaniennes ou caribéennes, ces îles partagent le souvenir cuisant de l’esclavage et de la colonisation française ou britannique, qu’elles soient ou non, aujourd’hui, indépendantes.

Pour la première édition d’un festival aux objectifs ambitieux, l’association TaniMena propose  d’emblée une programmation qui fait converger les luttes féministes et postcoloniales, en organisant des projections de documentaires et fictions historiques, des débats féministes, des concerts militants. 

En ouverture le 29 mars, au cinéma La Baleine, le film Fahavalo de Marie-Clémence Andriamonta-Paes sur les insurgés de Madagascar en 1947 confronte témoignage des survivants et images d’archives de la répression sanglante (certainement 100 000 morts). Une projection suivie d’un débat avec la réalisatrice.

Le 31 mars, à la Cité de l’agriculture, une table ronde posera les fondements politiques du festival : il sera question de « Femmes, pensées décoloniales, mythes et spiritualités » dans le contexte des Caraïbes et de l’océan Indien avec une réalisatrice Anne Sophie Nanki, une poète Estelle Coppolaniet une romancière Marie Ranjanoro, modérées par une journaliste Maïne Alloui.

Une rencontre suivie par un concert de maloya en créole réunionnais de Sandra Richard, accompagnée par Audrey Attama et Luc Moindranzé. Étapes ensuite à Zanzibar, puis aux Caraïbes et aux Comores. Avec toujours, des œuvres et des paroles de femmes. Îliennes, en lutte. 

AGNÈS FRESCHEL

Îliennes
Du 29 mars au 13 avril
Divers lieux, Marseille

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