mercredi 26 août 2026
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Les Suds, à Arles : Girls, girls, girls 

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Illustration par Mona Lobert

En début de cette chaude soirée d’été, le festival Les Suds, à Arles accueillait au Théâtre antique la chanteuse malienne Fatoumata Diawara, avec en première partie la jeune chanteuse brésilienne Mari Froes, aux compos bossa et salsa pour faire se déhancher la foule. 

L’artiste de 23 ans, popularisée sur les réseaux sociaux au printemps avec son titre Vaitimbora, n’a laissé personne indifférent. Sur scène, le groupe, porté par la voix profonde et élégante de Mariana, dans la lignée de la Música Popular Brasileira, et l’énergie communicative du trompettiste Diogo Duque, ont réchauffé un peu plus l’atmosphère. Puis, place à la tête d’affiche de la soirée, Fatoumata Diawara. La chanteuse fait une arrivée sur scène magistrale, enfilant sa guitare électrique vêtue d’une impressionnante jupe en tulle blanche et un haut rouge aux larges épaulettes. La chanteuse entame un de ses titres phares. Sa voix puissante et son grain rauque caractéristique résonnent sur les remparts de pierres taillées, sur des rythmes maliens rock. Elle prend ensuite la parole et explique comment la musique l’a aidée à s’exprimer. « Parfois, il faut croire au destin pour avancer dans ce monde ». Le concert s’enchaîne avec des titres principalement issus de son dernier album, Massa, sorti en juin dernier, qui parle de sujets engagés contre les violences faites aux femmes, notamment sur la question du viol et de l’excision, ou encore en l’honneur des enfants atteints de handicap. Pour clôturer le concert, une reprise du titre Imagine de John Lennon, dans une version anglais-malien scandée par la foule, pour terminer sur une note émouvante d’espoir.  

Pile électrique 

En deuxième partie de soirée, place à l’énergie débordante d’Uzi Freyja, dans la cour de l’Archevêché. Une personnalité aussi indomptable que sensible, qui tient son nom du flow rapide d’une arme, Uzi, et de la déesse nordique de l’amour et de la guerre, Freyja. La chanteuse franco-camerounaise joue avec son public pour des moments d’interaction souvent très drôles, mais toujours porteurs de messages. Un véritable show en compagnie d’une des boss ladies de sa génération. 

Ses titres originaux abordent l’amour, la séparation, le racisme, le féminisme, dans un mélange cohérent et débordant de vérité. Uzi Freyja, c’est une authenticité sur scène, une envie de flirter avec les limites, de secouer les conventions. Et ça fait du bien. Pour finir en beauté, la DJ franco-mexicaine Sabor A Mi, passionnée par l’histoire des musiques latines et afro-descendantes, a mixé des sons incandescents pour faire se déhancher la foule. Quatre talents féminins aux styles variés, qui touchent à l’universel.

MONA LOBERT 

Découvrir les Suds 

À côté des têtes d’affiche, Les Suds, à Arles, c’est aussi une programmation gratuite qui met en lumière des groupes internationaux peu connus du grand public 

Au cœur de l’après-midi, sous la chaleur arlésienne, il est bon de s’installer sous un grand arbre pour écouter des live planant. La cour du cloître Saint-Césaire, c’est l’endroit choisi par le festival pour ces écoutes en accès libre, toutes en douceur. Des chaises longues sont installées en arc de cercle, mais les visiteurs, plus nombreux, s’installent à même le sol pour profiter de la programmation. À l’instar de cette belle découverte venue de Colombie : la chanteuse Tattiana Angel (en illustration), accompagnée par France Duclairoir à la contrebasse. Sur la petite scène à l’ombre du platane, avec en toile de fond d’anciennes fondations en pierre et des arbres fleuris, les deux artistes interprètent des morceaux originaux en espagnol. Des textes qui parlent de sororité, de féminité et de paix, entrecoupés de moments d’échanges, et d’anecdotes personnelles. C’est calme, trop calme ? Au loin, des bruits commencent à se faire entendre, allons y jeter un œil. 

Caliente ! 

De curieux personnages vêtus de bonnets à tentacules et maquillés de faux yeux entament un morceau endiablé en japonais, sur la scène de la place Voltaire. Les voix mélodieuses des deux chanteuses se mêlent aux cris stridents du contrebassiste, qui rappelle parfois une transe collective. Cet ovni musical, c’est le groupe Mitsune, basé à Berlin mais dont les membres sont originaires du Japon, de Grèce et d’Australie. Un joyeux mélange, qui donne un son inspiré de la folk-song japonaise, revisité sur des sons psychédéliques et électro. 

Les passants s’agglutinent autour de la scène, l’air aussi intrigué qu’interloqué. Sur l’estrade, deux instruments à cordes que l’on n’entend peu : des tsugaru, instrument traditionnel japonais à trois cordes qui ressemble à un luth et se joue avec une corne taillée pour faire office de mediator. 

Du Japon au Vénézuela, à Arles, il n’y a qu’un pas. Le lendemain, sur la même place Voltaire, une centaine de personne étaient réunies devant le concert de Raúl Monsalve y Los Forajidos, aux sonorités afro-vénézuéliennes, pour danser ensemble sur des chansons traditionnelles et des morceaux plus jazz, avec toujours le rythme des percussions pour garder le tempo. Une semaine aussi chaude que cette programmation électrisante. 

MONA LOBERT


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L’Intraitable beauté du monde : « Rien n’est vrai, tout est vivant »

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L'Intraitable Beauté du monde, Étienne Minoungou, 2026© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

Le dispositif est minimal, le comédien burkinabé dit un montage de textes, d’abord de Sony Labou Tansi, puis d’Édouard Glissant. La performance tient autant du stand-up que du conte africain, de la palabre que de la conférence, du théâtre que du concert. Car l’apparente simplicité du dispositif construit un cheminement dans des pensées complexes qui se rejoignent et qui, au bout de 2h30, ouvrent une voie jusqu’alors cachée, un moyen de sortir de la caverne platonicienne pour découvrir le vrai soleil. 

Sur la tombe de Glissant, la célèbre épitaphe « Rien n’est vrai, tout est vivant », rappelle, ironie pour la pierre tombale d’un philosophe, que le monde se comprend dans la relation, l’évolution, et l’émerveillement. En commençant son spectacle par un montage des textes de Sony Labou Tansi, Étienne Minoungou part de la critique politique, celle du capitalisme, du colonialisme, de l’impérialisme. Un constat d’échec civilisationnel, et de nécessité d’emprunter d’autres voies, de construire d’autres relations. Empreint de la pensée de Glissant, Labou Tansi décrit les douleurs de l’Afrique, de la Palestine, de la pauvreté, dans un discours marxiste qui fustige les relations néocoloniales, mais n’oublie pas L’Intraitable beauté du monde.

C’est après être descendu dans le public, après avoir partagé de l’eau, des mots, des sourires avec des spectateurices accablé·es par la canicule, après avoir chanté avec ses musicien·nes, que le comédien reprend le spectacle, quittant son micro sur pied pour occuper davantage la scène, s’assoir sur une chaise, laisser place aux belles mélodies du saxophone de Katrine Suwalski et des flûtes, au rythme de la kora et des percussions de Simon Winsé

Le monde est pluriversel

Malgré la nuit et le silence des cigales les problèmes de son, de visibilité de la scène, s’accentuent : le dispositif scénique du jardin du Musée Calvet est prévu pour des lectures et débats, pas pour des spectacles. Mais le public, avec qui une relation de proximité s’est installée, reste et écoute. La cale négrière, l’intraitable traite, les plantations, l’origine traumatique de la société capitaliste, fondée sur l’innommable, le crime, l’esclavage. 250 années de traite humaine. 

Mais un lien s’est tissé. Entre le public, le conteur et les musiciens, entre l’Afrique et la Caraïbe, entre les luttes et les traumatismes. Et surgit, intacte, la beauté du monde et du vivant. La possibilité de créoliser, de s’emparer des langues disparues, des langues de l’exil, des langues du colon et de l’esclavagiste, pour modeler des relations nouvelles, hospitalières, réparatrices, évolutives, vivantes. 

La possibilité d’un avenir apparait comme une évidence. Comme l’expliquent Glissant, Chamoiseau, Minoungou, c’est l’Afrique qui le porte. Non le continent, mais l’histoire vivante de peuples déportés, exploités, abandonnés (Labou Taznsi est mort du Sida en 1995 faute d’accès aux soins), qui savent que le capitalisme doit finir, pour qu’advienne une mondialité de la relation.

 AGNÈS FRESCHEL

 L’Intraitable beauté du monde a été créé au Jardin du Musée Calvet du 16 au 19 juillet dans le délicieux jardin du musée Calvet

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How Romantic : Le couple en option

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How Romantic, Katerina Andreou & Carte Blanche, 2026 © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

How Romantic se présente comme une relecture d’On achève bien les chevaux, le film de Sydney Pollack inspiré des marathons de danse organisés aux États-Unis pendant la Grande Dépression. Pourtant, on peinera à reconnaître au fil du récit les danses de couple, le bal ou même le lindy hop, revenu en force depuis quelques années. La référence agit moins comme un répertoire de gestes que comme une question lancée au présent : que reste-t-il, un siècle plus tard, de la danse à deux ?

La danse à plusieurs, semble répondre Katerina Andreou. Les quatorze interprètes de la compagnie norvégienne Carte Blanche entrent un à un, le même temps que les spectateurs, s’installent sur une longue estrade, puis se laissent gagner par une pulsation sourde. Un bras frémit, un pied bat le sol, les corps se soulèvent, se rejoignent et se contaminent. Les lèvres, teintées de rouge, s’animent au rythme des vibrations.

Le couple n’a pas disparu : il devient une option parmi d’autres. Plusieurs duos se dessinent, de tous les genres : beaux, sensuels, violents, parfois fragiles. Des bras enlacent soudain le vide ; des partenaires se soutiennent, s’abandonnent ou se perdent dans le groupe.

L’univers du bal a laissé place à la culture rave et à l’imaginaire des free parties, que la chorégraphe ré-esthétise sans les mettre sous cloche. Sous les rangées de projecteurs jaunes et roses, la fête devient un paysage composé, traversé d’éclats, de ruptures et de réminiscences. 

Tenir la cadence

Cette heure de danse, très intense, est travaillée dans ses moindres inflexions. Les motifs se répètent, s’amplifient, passent d’un corps à l’autre ; le mouvement collectif laisse émerger une solitude, puis la résorbe. Le goût de l’éclat et de l’impression fugitive n’est jamais entaché par l’évidente minutie de l’écriture. Les interprètes de Carte Blanche, superbes, font de l’épuisement une énergie et de la virtuosité une manière de tenir ensemble.

Le souvenir des marathons demeure alors dans cette injonction à continuer, au-delà de la fatigue. Mais la compétition recule au profit d’une transe partagée. Même l’irruption du Sacre du printemps, avec ce qu’elle charrie de peur du collectif et de goût de l’abjuration, ne suffit pas à assombrir durablement ces élans. 

Le romantisme annoncé par le titre n’est ainsi ni un véritable horizon ni tout à fait une ironie. Il flotte comme une possibilité parmi d’autres dans un futur laissé ouvert. Les derniers sauts, frontalement adressés au public, ont la violence joyeuse de celles et ceux qui refusent de s’arrêter. On tient peut-être là le spectacle le plus optimiste de cette édition.

SUZANNE CANESSA

How Romantic, de Katerina Andreou, avec la compagnie Carte Blanche, a été joué du 13 au 16 juillet à La FabricA du Festival d’Avignon

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Garçon : L’adolescence sans jugement 

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Dans un commissariat, un homme nerveux, raide comme un piquet, est auditionné par une gendarme. Quelque chose est arrivé à son fils, confié depuis quelques mois à sa sœur. « Avec mes horaires à l’hôpital, je n’avais pas le temps de m’en occuper » dit-il. 

Le commissariat s’efface, un salon apparaît sous les projecteurs. Les deux acteur·ices (Joseph Lemarignier et Sophie Claret) se lèvent, altèrent leurs costumes, deviennent le fils et sa tante, Camille. Tête baissée et bonnet rouge enfoncé jusqu’aux yeux, l’adolescent apparaît pour la première fois comme une caricature. Sa tante lui demande s’il se fait harceler au collège quand elle voit son visage tuméfié. Il dit que non, s’énerve. 

Spirale autodestructrice

Après cette entrée en matière, Garçon gagne en subtilité une fois le décor planté, et déroule dès lors l’histoire douce-amère de ce garçon – qui ne sera jamais appelé autrement que « Garçon » – dont on comprend qu’il vient de perdre sa mère. En plein deuil, il est pris d’accès de colère, de violence à l’égard de ses camarades, et s’essaye à la drogue et l’alcool. Il repousse toute forme d’attention, en particulier féminine, de la part de sa tante ou de sa camarade de classe qui lui apporte ses devoirs : elles ne sont pas sa mère, comme il le leur répète dès qu’elles cherchent à l’aider. 

La pièce suit, en parallèle, l’audition du père et le quotidien de Camille et son neveu, qui peu à peu s’ouvre aux autres, sort un peu la tête de l’eau. Puis replonge encore plus profond. La double narration, qui donne à la pièce un rythme enlevé, remet perpétuellement en question la version donnée par le père à la gendarme, et le père lui-même, qui est absent de la vie de son fils et plein d’idées reçues sur lui. Au contraire, l’affection entre le neveu et la tante éclot, délicate, au fur et à mesure que le garçon s’ouvre à Camille et l’accepte, non pas comme une nouvelle mère, mais comme une figure de confiance. 

CHLOÉ MACAIRE 

Garçon a été donné du 9 au 13 juillet au Théâtre l’Entrepôt, Avignon

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Everything must go : L’IA violente Avignon

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Everything Must Go, Forced Entertainment, 2026 © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Sur un plateau noir et blanc, semblable à un grand échiquier, des corps se meuvent sans but. S’allongent, prennent la pause, se marrent, changent de costumes et de perruques. En boucle, une bande son faite de rires faux et d’applaudissements. En arrière scène, de petits écrans diffusent en continu des extraits de télévision, dessins animés, clips vidéo accélérés Avant même que la parole ne fasse irruption, tout annonce déjà une spirale de répétition insensée.

Et puis elle fait irruption, la parole. Générée par une intelligence artificielle, comme dans les deux pièces précédentes du collectif Forced Entertainment – qui porte ici parfaitement son nom – mises en scène par Tim Etchells. Le dispositif de Everything must go est simple : les six acteur·ices y sont soumis·es à ces voix artificielles. Iels ne font pas simplement du playback, mais sont complètement désincarné·es par ces mots qui les traversent. 

Burlesque inquiétant

Les sujets varient, bien qu’ils soient souvent sombres (mort, torture, dégâts en tous genres…), mais ne mènent jamais nulle part. Des phrases sans réels débuts, commençant le plus souvent par « et là, le gars… » et ne se terminant presque jamais, sont répétées deux, trois, quatre fois… au point où les comédien·nes semblent parfois soulagé·es quand le débit de mot cesse. Les voix sont interchangeables, prenant aléatoirement possession d’un corps ou d’un autre. Et la parole se fait aussi performative : si le verbe « tomber » est prononcé, tous tombent, quelle que soit le sens de la phrase prononcée. L’ensemble forme une sorte de ballet burlesque des plus inquiétants. 

Bien que portée par de brillants acteurices, Everything must go stagne au stade d’exercice formel. En écho au contenu produit par IA qui fleurit sur les réseaux sociaux, la pièce mobilise l’attention en vain, et épuise et hébète le public… démontrant parfaitement l’argument de la pièce, mais révoltant plus d’un spectateur. 

CHLOÉ MACAIRE 

Everything must go a été donné du 16 au 22 juillet au Lycée Saint-Joseph, Avignon

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Empreintes Africaines : Un héritage à célébrer 

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Eau Vive du collectif Entourage © X-DR

Entre le cours Julien, la Friche la Belle de Mai et les Ateliers Jeanne Barret, le festival Empreintes Africaines fête la Journée de la Femme Africaine et des minorités de genre (JIFA) jusqu’au 2 août. Plus qu’une simple proposition qui mêle musique, danse, mode et littérature, cette manifestation, portée par l’association TaniMena, se présente comme un espace de rencontre entre traditions et identités panafricaines féminines, deux semaines durant.

Si l’événement s’est déjà ouvert le week-end du 18 juillet – avec une mise en lumière de récits cinématographiques de réalisatrices sénégalaise, haïtienne, brésilienne et britano-nigériane –, le prochain rendez-vous du festival se tient ce 31 juillet, sur les toits de la Friche. Au programme, un défilé de pièces de designers afrodescendantes de la scène locale, accompagnées de danseuses de voguing. La deuxième partie de soirée est consacrée aux artistes algériennes, Nadia Ammour et Souad Asla. Elles dévoileront une création musicale inédite, à la croisée des héritages gnawa et de la poésie amazighe, avec en invité le mandoliste Malik Ziad – seule présence masculine de la quinzaine.

Enfin N0L4.44 et Eau Vive, du collectif Entourage, clôtureront la soirée avec un DJ set en forme de melting-pot sonore. Une invitation pour les corps à se libérer grâce aux rythmes dancehall, baile funk, kuduro et autres pépites musicales dénichés dans les clubs des diasporas africaines, afro-créoles et latines.

De Dar es Salam à Marseille

La suite se passe le 1er août, aux Ateliers Jeanne Barret. Loélia y propose un atelier d’écriture, voix et corps, en non-mixité choisie. L’artiste danseuse, autrice et circassienne dont le travail est très ancré dans son héritage afro-descendant, interrogera le rapport au corps. Comment se situe-t-on par rapport à lui ? Et comment se situe-t-il face aux discriminations et aux questions d’intersectionnalités ? Pour cela, elle convie, entre autres, les hanches à raconter les héritages, les résistances, et bien sûr aussi les joies. « Une forme de thérapie politique » qui présente l’une des multiples manières d’exister en tant que femme afrodescendante. Des discussions, ateliers et une chorale sont également attendus le lendemain à La Friche. 

Du 6e au 15e arrondissement de Marseille, Empreintes Africaines entend « mettre en lumière les histoires et les imaginaires que les femmes africaines ou afro-descendantes ont envie de raconter », explique une des organisatrices du rendez-vous, Mialy Razakarivony Ratsifehera. Avant d’ajouter que « si les femmes en 1974, en Tanzanie, ont réussi à monter la JIFA, à notre échelle à Marseille, on peut réussir à mettre en lumière toutes les diversités ».

AMANDINE EL ALLAUI

JIFA : une date pour l’émancipation des femmes africaines 
Des femmes venues de tout le continent se sont réunies le 31 juillet 1962 à Dar es Salam, en Tanzanie, pour créer la première Organisation Panafricaine des Femmes. Malgré les barrières linguistiques et les différences culturelles et ethniques, elles allient leurs forces pour dessiner de nouveaux imaginaires qui visent à améliorer leurs conditions de vie et s’émanciper. La Journée Internationale de la Femme Africaine est promulguée la même année par les Nations unies, et il faudra attendre le 31 juillet 1974 pour qu’elle soit officiellement consacrée à l’occasion du premier congrès de l’Organisation panafricaine des femmes au Sénégal. A.E.-A.

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Festival d’Aix : L’Histoire à contre-chant

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El Cimarron, Festival d'Aix-en-Provence 2026 © Jean-Louis Fernandez

Quelques spectateurs quittent la salle lorsqu’ils comprennent qu’El Cimarrón ne sera pas l’opéra académique et propret qu’ils attendaient. On ne saurait, pour notre part, qu’être ravis. Hans Werner Henze nomme d’ailleurs « récital pour quatre musiciens » cette œuvre créée en 1970 : un récit chanté, parlé, crié, soufflé, frappé, où la musique naît autant des corps que des instruments.

Né esclave à Cuba, Esteban Montejo tente très jeune de s’enfuir, vit caché dans la forêt, connaît l’abolition, combat pendant la guerre d’indépendance, puis traverse jusqu’à plus de cent ans les bouleversements de l’île. À partir du témoignage recueilli par Miguel Barnet, Hans Magnus Enzensberger compose le texte de quinze tableaux. Henze, qui écrit l’œuvre à Cuba en 1969 et 1970, leur donne une partition libre, âpre, inventive : la flûte devient souffle de la forêt ou alarme du fugitif, les percussions font surgir la plantation et la bataille, la guitare laisse affleurer des rythmes cubains avant de les briser.

Une vie à voix haute

Appelé au dernier moment à remplacer Eric Greene, empêché, Iván García connaît intimement le rôle. Sa présence est sidérante. Baryton profond mais doté d’aigus presque martin, acteur, danseur, conteur, il fait passer Montejo de la peur à l’ironie, de la douleur à une étrange joie. Jamais réduit à sa souffrance, l’homme demeure puissant, astucieux, drôle, parfois cynique : vivant. Daniel Shao aux flûtes, Jean-Marc Zvellenreuther à la guitare et Minh-Tâm Nguyen aux percussions deviennent à ses côtés personnages et forces agissantes d’une partition admirablement défendue.

La mise en scène d’Elayce Ismail s’imbrique dans le dispositif instrumental. Formée au théâtre physique issu de Jacques Lecoq, passée récemment par l’Académie d’Aix, elle offre au public un plateau nu, mobile, traversé d’images puissantes. Peut-être est-elle, dans cette édition encore marquée par Pierre Audi, celle qui porte le plus nettement l’identité souhaitée par Ted Huffmann : un opéra pensé comme théâtre, politiquement vif, ouvert à d’autres formes et directement adressé au public.

Lorsque Montejo brandit enfin sa machette, elle n’est pas un symbole décoratif mais l’outil d’une liberté toujours à reprendre. El Cimarrón rappelle combien Henze, compositeur encore trop peu joué, mérite d’être entendu : sa modernité furieuse n’exclut ni le récit, ni l’émotion, ni le désir de toucher à l’universel et à l’Histoire.

SUZANNE CANESSA

El Cimarrón a été joué les 17, 18 et 20 juillet au Théâtre du Jeu de Paume, dans le cadre du Festival d’Aix-en-Provence

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Capra : Fuir par l’imaginaire 

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Capra (une chèvre), Jeanne Candel, 2026 © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

« Une chèvre passe 23 heures de sa journée à chercher comment s’enfuir de son enclos, et la dernière à le faire ». Cette expression inventée est la raison pour laquelle Capra, autrice qui déteste écrire et protagoniste de la nouvelle création de Jeanne Candel, a choisi ce nom de plume. Elle trouve que cela décrit bien l’acte d’écrire. 

Un jour, une amie lui a offert un livre de François Le Lionnais, La Peinture à Dora, dans lequel l’auteur raconte comment, pour survivre à l’horreur des camps, il décrivait à un ami des tableaux de maîtres, et s’enfuyait dedans. Parfois, il faisait aussi s’entrechoquer les toiles, les fusionnait, invitait son ami à se saisir d’une pomme dans une nature morte pour aller pique-niquer dans un Vermeer. 

« Cette toute petite chose »

La mémoire, celle qui permet de retenir des choses et celle qui permet de donner une existence aux morts et aux choses disparues, est au cœur de la pièce, CAPRA (une chèvre). Candel et ses acteurices y explorent, tout en fantaisie, le lien qui unit mémoire et cette « toute petite chose » qu’est l’imagination. 

À partir de ces questionnements de départ, Candel enchaîne les saynètes plus ou moins absurdes, parfois mélancoliques, toujours délicieuses. Capra travaille aussi sur un recueil de poème autour d’un mystérieux suicide collectif de nonnes grecques, au XIVe siècle. Mais se suivent aussi le récit du mythe d’Œdipe par un conteur aveugle et sa fille muette, un étonnant cours de batterie, une session de ventre-et-glisse, une histoire d’amour entre un troubadour et une nonne – une de celle qui s’est suicidée… 

Le lien entre ces vignettes déjantées et le récit cadre n’est pas toujours évident, il faut juste se laisser porter, s’abandonner à l’univers drôle et décousu qui se révèle devant les yeux du public dans un joyeux bazar d’accessoires, de musique et de manipulation à vue. La chèvre cherche à s’enfuir par l’imaginaire, et on est heureux d’être de la partie. 

CHLOÉ MACAIRE

CAPRA (une chèvre) 
Jusqu’au 25 juillet 
Lycée Mistral, Avignon

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Léon, marchand de rêves

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© A.-M.T.

Henri Mariel façonne un personnage attachant, héros de son seul-en-scène Léon le libraire, marchand de rêves. Sous la forme d’une fausse conférence aussi drôle qu’absurde, l’auteur, metteur en scène et comédien nantais livre une réflexion sur un métier trop souvent réduit à son seul aspect commercial.

Fondateur du Théâtre de l’Entr’Acte en 1993 puis de La Ruche, qu’il dirige jusqu’en 2025 avant de se consacrer à sa maison d’édition, La Fabrique du Livre, Mariel construit un personnage insolite : Léon n’écrit pas, ne lit pas, il guide. Il ne vend pas des livres, il provoque des rencontres. Chaque conseil, énoncé avec un sourire malicieux, cache une vraie philosophie du métier, écouter avant de conseiller, ne jamais imposer ses goûts, s’effacer devant les auteurs et les lecteurs.

Le spectacle mêle humour fin, anecdotes truculentes et tendresse littéraire. On y croise, au détour d’un rayon imaginaire, Colette, Proust ou Aragon, embarqués dans des dialogues improbables. Zazie dans le métro engage une conversation cocasse avec le Grand Meaulnes du Domaine sans nom comme si les personnages échappaient à leurs pages pour se répondre d’un rayon à l’autre, signe que, chez Léon, les classiques et leurs héros ne sont jamais figés mais continuent leur vie, autonomes et en liberté. Le ton oscille entre satire douce et poésie, porté par la voix grave et posée d’un Henri Mariel particulièrement émouvant qui incarne un Léon parfois exaspérant avec ses certitudes et ses règles dogmatiques.

À une époque où les librairies ferment et où la lecture recule, cet hommage vivant au livre, aux imaginaires et à ceux qui le font circuler fait du bien. Un petit moment de bonheur, hors du temps au petit goût de madeleine.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Léon le libraire, marchand de rêves
Jusqu’au 25 juillet, au Figuier Pourpre
Maison de la Poésie d'Avignon

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Avignon, mémoire vive

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© Margot Laurens - Association Jean Vilar

Les Clés du Festival
Comment faire exposition d’un art fugace par excellence ? Les Clés du Festival relève brillamment le défi. Près de mille documents composent un parcours savant et limpide, conçu par Antoine de Baecque et scénographié par Claudine Bertomeu. Des origines vilariennes au Off, l’histoire se raconte par ses œuvres, ses métiers et ses publics. L’exposition ressuscite  les spectacles le temps d’archives écrites et vidéos, et donne à comprendre ce qu’ils ont su accompagner, et aussi ce qu’ils ont su déplacer.

L’Itinéraire bis de Julien Gosselin accompagne ce parcours avec tendresse et bienveillance au fil de cartels jaune canari. Son regard est drôle – « Même Avignon a essayé d’être cyberpunk » – mais surtout éclairant sur la manière dont l’héritage récent du Festival a nourri son théâtre dès ses jeunes années. À quoi ressemblera cette exposition dans vingt ans ? Que retiendra-t-elle de notre présent ? 

Belles heures bouillonnantes
Parmi la soixantaine de rencontres de la Maison Jean Vilar durant le Festival, les journées d’Artcena induisent un bouillonnement plus intense encore. Place y est faite aux auteurices dramatiques pour des lectures et des rencontres simultanées dans toute la Maison. Les 10 et 11 juillet, Stanislas Nordey est venu parler d’Espaces 34 [Litre notre entretien avec Stanislas Nordey ici], Actes Sud des livres audio, Léonore Confino du jeune public, Baptiste Amann de son écriture… 

On retiendra surtout la lecture de Claudine Galea, qui a dirigé le service culture de La Marseillaise dans les années 1990. Lear for real actualise l’histoire du roi fou et de sa fille : Daddy Lear perd la mémoire, devient sénile, veut sortir de la maison de retraite et appelle sa fille toutes les minutes pour dire sa douleur… Un texte bouleversant, touchant au plus juste la détresse de ceux qui se perdent et de ceux qui les regardent partir. Interprété par Laurent Ziserman et Sophie Lahayville, il devrait être créé lors du Festival 2027.

Pour toujours Novarina
La Maison Jean Vilar a rendu hommage au poète disparu avec des rencontres, le Dictionnaire Valère Novarina et une installation présentant ses œuvres plastiques, en particulier le néon bleu La lumière nuit. On y retrouve les images de ses onze spectacles donnés au Festival jusqu’en 2020. De L’Origine rouge à Personnages de la pensée, reste l’électrochoc d’une langue inimitable, qui cherche le sens dans des recoins inusités et passe par le corps et la voix. 

André Marcon, novarinien en chef, a lu – à peine, joué plutôt – la première partie du Discours aux animaux. Moment exceptionnel de maîtrise, d’invention, de restitution fine de chaque virage, chaque caillou du texte. Aussi précis, incisif, drôle, harangueur et digressif qu’il y a presque quarante ans, quand il l’a créé et laissé Avignon bouche bée… 

Feuilleton de l’été
En écho aux Clés du Festival, Mon Festival, nos festivals confie chaque matin les archives à deux voix. Jean-Louis Martinelli et Charles Berling offrent un épisode émouvant, porté par leur vieille complicité. Ils évoquent leur Avignon commun, l’édition 1998 – assez épique – et cet Œdipe le tyran mis en scène dans la Cour d’honneur, avec Berling dans le rôle-titre. Jean Eustache surgit le temps d’un joli détour, Jean Vilar reste la boussole. Derrière les souvenirs affleure leur goût du théâtre politique et du service public, jusqu’au rappel de la menace que le gouvernement Sarkozy avait fait peser sur le spectacle vivant. 

Stanislas Nordey et Virginie Colemyn © Margot Laurens – Association Jean Vilar

Stanislas Nordey, accompagné de Virginie Colemyn, livre un épisode à la mesure, démesurée, de son talent d’acteur. Il raconte son premier Off en 1988, dans un Marivaux qui fut d’emblée un triomphe, puis sa Cour d’honneur dans Architecture de Pascal Rambert. Il cite Peter Handke, Falk Richter, les lit, les dit, les joue, rendant chaque passage essentiel. De son père réel, Jean-Pierre Mocky, à Jacques Weber qui le représente, il va jusqu’à Munition d’amour, texte de Claudine Galea qu’il créera l’an prochain. Elle y parle de la découverte tardive de son cancer : « j’ai préféré écrire à voir ». La vie, la mort, l’amour font vibrer la calade, tandis que Virginie Colemyn lit Avignon à vie, de Pascal Rambert, et ses mythiques « Je n’ai pas vu ».

Le Off entre en scène
Le lendemain, place au Off avec Alain Timár, directeur du Théâtre des Halles, qui ne parlera pourtant que du In, interrogé par Michel Flandrin, notre collaborateur, qui l’aiguillonne et contextualise. Ce pionnier évoque les spectacles qui ont changé sa vie : Aperghis, Beckett dans la Cour avec un arbre sans feuilles – « on n’a pas besoin de remplir l’espace pour l’occuper » -, Georges Wilson, Rufus, Michel Bouquet et Fabrice Luchini enfant. Des marionnettes géantes sur roulettes traversent, incontrôlables dans le vent, le cloître des Célestins : « ce qu’on a vécu comme un psychodrame devient, par la force du souvenir, une belle histoire à vous raconter ». Et puis May B de Maguy Marin, Nelken de Pina Bausch, ces chorégraphes qui ont fait de la danse un « art total », dans l’esprit du « service public du théâtre » voulu par Jean Vilar.

Pour clore le feuilleton, Justine Heynemann, accompagnée de Rachel Arditi, apporte une vision plus récente du Off, qu’elle fréquentait dès l’adolescence, toujours à la recherche d’un théâtre féministe. Marivaux pour ses premières armes, puis ses propres textes : Les Petites Reines, PUNK.E.S, Culottées et Olympe(s) rappellent, dans un festival dont l’histoire reste dominée par les hommes, que le théâtre ne s’écrira plus sans les femmes. 

Delphine de Vigan © Margot Laurens – Association Jean Vilar

Les figurants au premier plan
Lors d’une rencontre menée avec finesse par le journaliste et écrivain Matthieu Mével, Delphine de Vigan est revenue sur l’adaptation, qui permet parfois de découvrir une part intime, personnelle, insoupçonnée de son propre texte. Les Figurants est pourtant sa première pièce directement écrite pour la scène, mise en scène par Valérie Donzelli, venue du cinéma. 

Cécile, Orso, Bruno, Joyce et Nora attendent sur un tournage. Invisibles mais indispensables, ils sont, selon Cécile, la vieille dame jouée par Béatrice de Staël, les « prolétaires du cinéma ». La pièce leur offre enfin le cadre et la parole. Les comédien·nes jouent avec naturel, solidement ancré·es dans le théâtre, tandis que la mise en scène convoque surtout le cinéma : voix hors champ, attente, ordres donnés par ceux que l’on ne voit pas. Une jolie ode aux oubliés des plateaux. Le texte, évocateur et attentif aux êtres, demeure pourtant plus littéraire que véritablement dramaturgique : les confidences dessinent les personnages sans toujours produire la tension que réclame la scène. Comme quoi écrire pour le théâtre n’abolit pas le mystérieux travail de l’adaptation.

SUZANNE CANESSA

Les Clés du Festival, exposition permanente ouverte toute l’année, 
Maison Jean Vilar, Avignon
Itinéraire bis — Le Festival vu par Julien Gosselin et Viva Novarina !
Jusqu'au 25 juillet

Les Belles Heures
Les 10 et 11 juillet

Mon Festival, nos festivals
Du 12 au 17 juillet

Du livre à la scène
Les 13 et 14 juillet
Maison Jean Vilar
Les Figurants, de Delphine de Vigan, mis en scène par Valérie Donzelli, 
Jusqu'au 25 juillet à 19h, La Scala Provence
Rencontres, conférences et lectures sont enregistrées par L’Écho des planches et disponibles gratuitement sur maisonjeanvilar.org

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