mardi 20 février 2024
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Dans les coulisses du tourisme de masse

Présenté au cinéma La Baleine à Marseille le 10 janvier, Animal de Sofia Exarchou sort en salles ce 17 janvier

En 2016, dans son premier long métrage, Park, la réalisatrice grecque Sofia Exarchou avait tracé un portrait amer de son pays en nous faisant partager l’été de jeunes désœuvrés, d’athlètes à la retraite et de chiens parmi les ruines et les sites sportifs à l’abandon du village olympique d’Athènes, dix ans après les Jeux. Pour son deuxième film, Animal, c’est dans le microcosme d’un hôtel all inclusive d’une île grecque qu’elle nous emmène suivre le travail  quotidien des animateurs. De ceux qui sont chargés de fabriquer aux touristes des moments dont ils se souviendront, les incitant à revenir l’été suivant. « Je voulais faire un film sur le travail en Europe occidentale et dans les sociétés capitalistes. J’ai très rapidement décidé que l’histoire se déroulerait dans l’industrie du tourisme. »

Parmi cette troupe d’employés, trois figures féminines : Kalia (Dimitra Vlagopoulou), la trentaine qui a déjà fait un grand nombre de saisons, Eva (Flomaria Papadaki), 18 ans dont c’est le premier été et la petite Mary 6 ans – ou peut-être un seul personnage à différents moments de sa vie. Kalia à qui la scène, le travail, ont volé les rêves. Kalia que la caméra de la directrice de la photo Monika Lenczewska suit partout, sur scène, dans les coulisses, sous la douche, s’attardant sur une plaie qu’elle tente de réparer… avec une agrafeuse. Car the show must go on ! Le  loisir est garanti à longueur de journée : pour les enfants, les adultes, à la piscine, au bar, à la plage…

Précarité, noirceur, fatigue

Avec ce film, Sofia Exarchou s’est beaucoup documentée sur le travail des animateurs de ces hôtels et les coulisses de ce tourisme de masse, elle a crée son propre univers, une sorte de cirque moderne imaginant avec le chorégraphe Christos Papadopoulos des ballets originaux, une troupe aussi, presque une famille car ces animateurs vivent ensemble dans des logements à la périphérie du complexe hôtelier, comme pris au piège. Tels ces poissons dans un aquarium qu’on voit dés les premiers plans et qui reviennent. Leitmotiv comme le tube des années 1970 Yes Sir, I Can Boogie de Baccara qu’on réentend à la fin, moment bouleversant où Kalia va affronter son destin et sans doute le changer. Ce film à l’esthétique soignée, à la mise en scène fluide met les corps au centre et nous fait réfléchir sur ceux qui les usent en travaillant : « Je voulais surtout parler de ceux qui connaissent la précarité, la noirceur, la fatigue induites par ces conditions. Pour moi, Animal devait être une allégorie pour n’importe quel autre secteur d’activité », précise la réalisatrice. C’est réussi !

ANNIE GAVA

Anima, de Sofia Exarchou
En salles le 17 janvier
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