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Protéger le rapport au vivant

Au Mucem, un revigorant Procès du siècle consacré aux luttes écologistes

19 février 2024 : les agriculteurs en colère, tendance FNSEA, envahissent l’esplanade du Mucem, avant d’aller déverser du fumier devant la DREAL. Le soir venu, le musée accueille Alessandro Pignocchi, auteur de bandes dessinées et membre des Soulèvements de la Terre, et Irène Bellier, anthropologue, pour parler d’Écologie et cultures traditionnelles. Le premier rêve « d’un monde où le Mucem leur aurait ouvert ses portes pour nouer un dialogue ». 

Dans une société où la fascisation augmente, avec le durcissement du capitalisme, « il va y avoir de plus en plus d’alliances improbables » pour conserver un avenir désirable, prédit-il. La seconde opine : « La dépendance au marché s’étend partout. Et quand il se retire, la terre est morte, les rivières et les forêts meurent. » 

Les luttes des peuples autochtones, pour défendre leurs territoires, sont cruciales. Comme le rappelait l’animatrice de ce Procès du siècle, Paloma Moritz, ils représentent 6,2 % de la population mondiale, mais protègent 82 % de la biodiversité, dont l’hémorragie menace l’ensemble de nos sociétés et, au-delà, les conditions de la vie sur Terre. Pour Irène Bellier, qui a travaillé en Amazonie, avant de se pencher sur… les énarques, les autochtones sont porteur d’une mémoire, d’une adaptation au monde incroyablement riche. « Ils ne protègent pas que la matérialité, mais le rapport au vivant, et travaillent pour l’humanité entière », précise-t-elle.

Zads partout

Pendant ce temps les nantis, largement responsables de ces catastrophes, « essaient de maintenir leur domination, pour subir les effets des crises environnementales un peu plus tard que les autres » estime Alessandro Pignocchi. Dans ce contexte, apprendre à vivre en bonne entente avec les non-humains donne une perspective aux luttes. Il relève des traces d’un équilibre perdurant dans notre culture occidentale : « n’importe quel éleveur a un rapport animiste avec ses bêtes ; il n’apprend à les traiter comme des objets que pris dans la contrainte économique ». S’appuyer sur ces rapports non-marchands, alors que les enjeux se sont dramatisés, lui semble maintenir un espoir. 

Tout comme la multiplication des Zad, en premier lieu celle de Notre-Dame-des-Landes, à laquelle il a consacré un nombre considérable de planches brûlantes, peuplées de mésanges révolutionnaires. Des alternatives locales à l’agro-industrie et au béton, qui s’appuient sur un lien fort aux lieux de vie, ne sont pas une façon de se retirer du monde : elles permettent d’ouvrir le champ des possibles, des aspirations et des imaginaires, comme « l’histoire, l’anthropologie et l’archéologie le favorisent aussi ». Reste à ne pas se contenter du « dérangement intellectuel » en restant dans le discours !

GAËLLE CLOAREC 

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